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La Lettre de Galilée

Petites flèches, boomerangs et occasions manquées

Las d’une campagne atone, les électeurs pensent maintenant aux vacances et se donnent le temps de voir surgir à l’automne les problèmes laissés en suspens dans la ouate rassurante des discours de campagne.
Muni d’un blanc seing du peuple qui vient de donner la majorité absolue au parti du président, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault va prendre le programme socialiste (« projet », dirait Marisol Touraine encore attachée à la réthorique des primaires) avec méthode.
Dans les dix casse-tête annoncés par Les Echos d’hier inscrits sur sa feuille de route figure la sempiternelle question des dépassements d’honoraires sur laquelle la mutualité française a donné l’assaut vendredi lors d’une assemblée générale extraordinaire.


Sortie d’une réserve de près d’un an pour cause de mauvaise ingestion de la taxe Fillon, la mutualité sort le grand jeu et son président, Etienne Caniard, interpelle la ministre : tarifs opposables, suppression des restes à charge, revalorisation des honoraires du secteur 1, droit pour la mutualité de négocier les tarifs, et, en prime, dispense d’avance des frais pour ce même secteur 1.
Aura-t-il fallu ce changement politique pour que la mutualité retrouve la voix.

Le deuxième pétard à méche longue est celui de la liberté d’installation. Le conseil national de l’ordre des médecins a dû rectifier le tir après sa recommandation iconoclaste d’encadrer l’installation des jeunes médecins (Le Quotidien du Médecin du 11 juin).
Poussés par la perpective d’une écoute nouvelle, plusieurs groupes de pression se sentent soudainement obligés de lancer quelques flèches : nous connaissions celle de la fédération hospitalière de France (voir vidéo de mars 2012 de Gérard Vincent), celle aussi de la fédération nationale des centres de santé pris en exemple par certaines ARS ; celle de la Conférence des doyens vient à son tour se planter dans le cœur de la cible (Le Quotidien du Médecin du 14 juin).
Installé depuis quelques jours, voilà un énième groupe de travail sur les « déserts médicaux » piloté par deux sénateurs Jean-Luc Fichet et Hervé Maurey, entamant sans tarder un cycle d’auditions et nous promettant des solutions pour la fin de l’année.

Mais soyons-en persuadés, quelques dossiers s’inviteront au débat sans qu’on les y attende. L’audit prudemment commandé à la Cour des Comptes par le premier ministre pour analyser la situation des finances publiques attendu pour la fin juin, sera à la fois bien commode et générateur de fâcheries supplémentaires.
Commode pour éconduire quelques importuns et reporter sine die quelques promesses intenables.

Quant aux difficultés inattendues évacuées pendant la campagne électorale avec un art partagé de l’esquive, elles reviendront comme des boomerangs.
Le Point de cette semaine consacre justement 12 pages au « scandale des hôpitaux » avec un hit parade des 100 établissements les plus endettés et quelques exemples de gabegies administratives.
Le mot d’ordre sera à l’économie. Il y a fort à parier que la Cnamts, aussi silencieuse pendant les joutes électorales qu’absente des discours des impétrants, trouvera grâce aux yeux de l’Élysée, dont le conseiller social, Michel Yahiel connaît tous les rouages.
Passé sous silence, le rapport de la Cnamts sur la politique anti-fraude menée en 2010 par des caisses en ordre de marche donne la mesure de la force de frappe dont dispose la puissance publique pour gratter dans les fonds de tiroir d’une assurance maladie dont la santé financière est mal en point. Etait-il inconvenant de publier les résultats de l’exercice 2011 alors que les résultats n’ont jamais été aussi performants dans la maîtrise des dépenses et que pour la deuxième fois depuis sa naissance en 1997, l’ONDAM a été tenu ?

Une communication des conclusions dudit rapport eut été profitable à plus d’un titre.
D’abord, dépossédé par le législateur de la gestion du risque au profit d’ARS toujours à la recherche de leur premier souffle, le patron de la Cnamts eut fait rétrospectivement la démonstration d’un bug juridique : la maîtrise reste par construction l’affaire des caisses.
Secondairement, sait-on, alors que les contrôles ont plus que doublé en 4 ans, que la part des fraudes imputables aux assurés ne représentent que 9% de l’ensemble ?
On y redécouvre aussi que seulement 41 fraudes à la carte Vitale ont été dénombrées. Sur 50 millions de cartes !
De quoi anéantir les sottises xénophobes relayées par les médias pendant la campagne.

Occasions manquées…

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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