Petit marquis et grand maquis

Éditorial de la 255

C’est reparti. Les révélations de Mediapart sur les conflits d’intérêts d’Aquilino Morelle, la plume d’Hollande virée la semaine dernière, alimentent une gouaille stérile ; Le Point donne à l’article de Jérôme Béglé le titre de « honte et déshonneur » – n’exagérons rien – et l’ancien président de l’assemblée nationale, Bernard Accoyer, va jusqu’à demander dans Le Journal du Dimanche l’audition par les parlementaires de l’ancien conseiller du président. L’affaire Cahuzac exhale ses remugles ; la politique du moment n’a pas besoin de ses relents.
Au moment où l’industrie pharmaceutique s’évertue à redorer son blason et réussit presque à faire oublier ses frasques anciennes, voici qu’un ancien dirigeant de Lundbeck, probablement dégagé de lien contractuel, en d’autres termes, viré depuis du laboratoire danois, étale sur la place publique des méthodes qui, en réalité, échappaient en 2007 aux obligations de transparence… puisqu’elles n’existaient pas encore. Le labo visé, depuis la loi de 2011, s’y est évidemment conformé.

Si lamentables fussent les habitudes prises par le « petit marquis » du Palais où « il abuse des privilèges de la République » selon le titre du journal d’Edwy Plenel, le plus grave est la décrédibilisation des institutions, le doute, la méfiance, le détournement du regard des citoyens des réels problèmes à résoudre.
Or, sans doute stimulés par le plan d’économie de Manuel Valls, les cerveaux fumants de l’intelligentsia sanitaire tournent à plein régime. Un cinquième des économies attendues (50 milliards) vise en effet la santé. Les sauve-qui-peut retentissent sur l’étambot du navire public un tantinet à la dérive, dans la santé comme ailleurs.
Le porte-voix de la FHF couvre assez bruyamment les autres. L’hôpital, rien que l’hôpital. On note cependant quelques curieux points communs avec … le MEDEF. La corne de brume du conseil d’analyse économique (CAE) emmenée par l’économiste Brigitte Dormont, s’entend aussi entre deux vagues morellesques. On perçoit lointainement aussi quelques élus : Martin Malvy et Alain Lambert à la tête respectivement de la région Midi-Pyrénées et du conseil général de l’Orne dont le rapport ne manque pas de bon sens pour des territoires dont la gestion appelle les mêmes réformes de simplification que celle de la santé.
Bref ! Les acteurs de la santé prennent le maquis.

Crédits photos : waitscm.

À propos Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.