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Petit manuel de Macron-économie à l’hôpital

Un article du projet de loi Macron permettra aux hôpitaux d'exporter leur savoir faire. Signe d'un changement de regard sur le système de santé français ?

Depuis que l'Organisation mondiale de la santé en 2000 a érigé la France au premier rang pour son système de santé -score régulièrement contredit par nos déclinologues assermentés- la médecine française jouit d'une réelle réputation dans la plupart des pays dans le monde. Les mesures proposées par Emmanuel Macron ne sont cependant pas suffisantes pour faire de la santé un secteur exportateur de richesses.

Le sport de l'export

La France peut-elle vendre sa médecine ? L'article paru dans Les Echos de mercredi dernier montre à quel point tout est toujours compliqué dans notre pays. Alors qu'on exporte le musée du Louvre et les grandes écoles, le "plat de spaghettis" réglementaire du code de la santé publique interdit aux établissements hospitaliers français de vendre leur savoir-faire à l'étranger. L'enquête, fouillée, de Richard Hiault vise essentiellement la vente à l'international de services et de biens de santé "made in France". De la formation par l'APHP pour un million de dollars du staff médical dans un grand hôpital au Brésil, la construction d'un hôpital clefs en mains en Algérie par l'AP de Marseille,  pour ne reprendre que ces deux exemples cités par l'article, les appels d'offres sont nombreux mais passent sous le nez des Français pour des raisons réglementaires. Et ce, au profit des Américains, des Allemands, des Italiens et même des Turcs et des Coréens, malgré les efforts des organismes d'aide au développement français (l'AFD notamment). Un monde !

Lire : la santé en panne d'innovation ?

L'autre manière de faire rentrer des devises est d'attirer les malades dans nos services de pointe. On ne parle pas ici des petits malins européens qui s'appuient sur les accords de libre circulation pour bénéficier des droits français. Il s'agit des nouveaux riches, cousus de lingots, en provenance de pays émergents, Russes, Chinois, Pays du Golfe, Argentins, Colombiens, payant rubis sur l'ongle la médecine française... sauf à ce que ces patients argentés lui préfère la Mayo Clinic américaine, ou l'hôpital San Raffaele italien. Sait-on par exemple que tout citoyen koweïtien bénéficie d'un check-up annuel pour lui et sa famille dans le pays de son choix ? Paris a des atouts (en l'occurrence, pas seulement de nature médicale pour ce type de besoin) mais ne fournit pas une réponse à la hauteur de sa réputation. Car la concurrence est rude, et la France n'a pas "le service après vente" suffisamment structuré.

Marche à l'envers

La chaloupe de la santé tourne en rond. Comme aurait dit Montaigne, une rame bat les flots tandis que l'autre reste accrochée au rivage.
Tant que la santé sera appréhendée en France comme un système dépensier (et l'activité médicale comme un péché d'argent), la médecine entrepreneuriale n'a aucune chance de réussir à exporter son ingénierie, ou à capter une demande de plus en plus grande puisqu'on estime la croissance du marché mondial de la santé à plus de 10% par an sur les 10 prochaines années.
Les bricolages juridiques proposés par Emmanuel Macron vont ainsi probablement faciliter les démarches administratives des hôpitaux publics français pour concourir, avec les grands du bâtiment et de l'équipement médical, dans les appels d'offres internationaux. Et permettre par exemple à l'hôpital Necker, comme le musée du Louvre, d'installer son clone à Abu Dhabi.
Plus complexe est d'attirer sur le sol français les classes aisées et les classes moyennes des pays émergents désireux de bénéficier du savoir-faire des meilleures équipes médicales françaises. Ce privilège n'est réservé qu'aux têtes couronnées de la planète dans la plus grande discrétion.

Difficultés insolubles dans notre pays dès lors que l'offre de soins n'est calibrée par les services de l’État que sur une demande potentielle intérieure. Par principe bannie du bréviaire des autorités de tutelle par une ordonnance clairvoyante de 2003 la planification sanitaire reste inscrite dans le patrimoine génétique des crânes d’œufs du ministère de la santé. Les autorisations d'activité ne sont accordées que sur des données de populations considérées comme immobiles puisque ce sont les caisses de remboursement du domicile qui les enregistrent. A fortiori, l'attraction qu'exercent les équipes médicales sur la demande étrangère sort des écrans radars de la sécurité sociale, les devises recueillies n'apparaissant que dans la comptabilité de l'établissement. Autant dire que la politique de développement d'un CHU ne dépend pas de ses ambitions internationales mais du calcul des chargés de mission de l'ARS de son activité.

Si l'ONDAM apparaît bien comme une plaie dans l'administration des hôpitaux, les activités induites par une hospitalisation subissent le même sort. Don't step over the line. Les soins de suites, les soins infirmiers à domicile, le relais par la médecine de ville, connaissent les mêmes contingentements.
On sait aujourd'hui que les pays émergents découvrent à leur tour les maladies chroniques aux prises en charge longues et complexes. La réputation d'excellence des équipes de nos centres anti-cancéreux par exemple attire une clientèle vite déçue par la faiblesse et le compartimentage de l'environnement. Le mot "filière" reste chargé d'émotions anciennes alors qu'il correspond à ce qu'il conviendrait de réaliser sur le terrain : des services hospitaliers de pointe (publics ou privés, pas d'ostracisme), reliés à une activité médicale de ville efficace et une infrastructure hôtelière digne de ce nom. Du club-med en quelque sorte, med comme... médecine.

Il n'est pas alors illégitime de se demander si le sursaut libéral de "Macron, l'homme qui dérange", qui "exaspère beaucoup à gauche et gêne la droite", comme le souligne Le Point de cette semaine, ne va pas se heurter frontalement à l'idéologie de sa rivale Touraine, dont le projet de loi de santé est à mille lieues de ces considérations mercantiles.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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