La Lettre de Galilée

Pelote de laine

Il y a plusieurs façons d’aborder une rentrée dont la plus familière aux gazettes en mal d’inspiration est de considérer qu’elle sera forcément « chaude » ... Comme si la somme des motifs de mécontentement ou simplement d’inquiétude était génératrice de dynamique, fut-elle revendicatrice ... Cette rentrée-ci s’accommode mal du cliché tant elle échappe aux pronostics ... Sa principale caractéristique est d’être d’abord peu lisible.Inventaire : il y a donc d’abord cette fameuse loi SPT (Santé Patients Territoire) dont on sent, confusément, qu’elle a du mal à s’organiser. On était partis en vacances avec la conviction que les cabinets allaient s’y vouer corps et âmes ... Quitte à bousculer quelques forteresses, foi de Ritter et Larcher réunis ... Et l’on revient avec l’impression désagréable que l’affaire est loin d’être bouclée, les arbitrages rendus. C’est M. Pascal Forcioli, un des DAHR les plus actifs sur le terrain, qui vient de vendre la mèche dans son éditorial de rentrée : deux séminaires de travail sont encore programmés, le 26 septembre à Nancy sur l’offre de soins d’une part et le 29 du même mois à Lyon sur les ARS d'autre part ... Si on en est toujours à la phase concertation, alors les députés ont du souci à se faire car il y a de l’Ordonnance dans l’air ...Il y a aussi la reprise du « feuilleton conventionnel » : les partenaires, caisses et syndicats médicaux se sont quittés cet été sans formellement prendre date mais on a peine à imaginer que Roselyne Bachelot et Frédéric Van Roekhegem se rendront l’un et l’autre aux Universités d’été du SML d’abord (14 septembre) et de la CSMF ensuite (21 septembre) sans un minimum de « grain à moudre »... Pour autant, les discussions préliminaires (dont on rappellera qu’elles surviennent avec ... 8 mois de retard sur un calendrier théorique soigneusement balisé par la réforme de 2004) ont un peu défriché le terrain. Il semble que le « C à 23 euros » se paiera au prix d’une révolution conceptuelle inimaginable il y a quelques années : des contrats d’objectifs individuels soumis aux médecins disposés à s’engager vraiment dans les objectifs de maîtrise... Mine de rien une sacrée révolution dans la tradition syndicale française. Et, deuxième concession syndicale : le déblocage du dossier « secteur optionnel » encalminé depuis 4 ans dans une ridicule question de sémantique. En consentant à en réserver le bénéfice (du moins dans un premier temps) aux spécialistes opérant sur plateau technique, les médecins ont aussi sauvé provisoirement ... le secteur 2.Enfin, et sans doute l’événement le plus structurant de l’été : l’arrivée des complémentaires dans le ménage à trois - Etat, caisses, médecins - qui monopolisait la cogestion du système depuis le « Yalta social » de la Libération. Jean-Pierre Davant, président de la FNMF, a ressenti le besoin de s’en expliquer auprès de ses troupes dans une livraison de sa propre agence de presse. Mais enfin, au delà de l’argument selon lequel la taxation de 1 milliard au titre du plan Woerth-Bachelot (*) était « non négociable », on peut aussi considérer que le droit d’entrée à la table des négociations n’est pas très chèrement payé pour des acteurs qui ont largement profité des réformes cumulées (parcours de soins, génériques, premiers résultats de la maîtrise) !L’engagement des complémentaires dans la négociation du secteur optionnel est donc plutôt de bon augure même si l’on s’interroge encore sur les critères de qualité qu’elles seront en mesure d’exiger des chirurgiens pour solvabiliser leurs dépassements. On attend maintenant leur contribution aux thèmes récurrents du dossier: quels leviers pour garantir l’accès universel aux soins, pour contenir les velléités des fonds d’investissement dans les plateaux techniques, pour redynamiser le pilotage de « la gestion du risque » ...Dernier sujet - en fait récurrent depuis l’an passé -  on aimerait un message gouvernemental enfin clair sur la gouvernance du système : le « quatrième larron » est un classique dans le « ménage à trois » du théâtre de boulevard mais il ne suffit pas à fonder une politique. Les ARS auraient pu constituer une formidable opportunité de déconcentrer (un peu) le pilotage du système, au lieu de quoi elles apparaissent, dans ce cas de figure, comme un très hypocrite levier de reprise en main étatique sous couvert de déconcentration.Cette pelote de la rentrée 2008 laisse heureusement dépasser quelques bouts de laine ... La Lettre Galilée s’efforcera, cette année encore, d’en tirer quelques uns pour chercher la vérité.

(*) L’IRDES, qui tient soigneusement le décompte des plans des réformes successifs depuis le Plan Durafour (1975) en comptabilise désormais 40 !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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