La Lettre de Galilée

Normalitude

Jusqu’ici, tout va bien », titrait malicieusement l’hebdomadaire Marianne de la semaine dernière sur un arrière plan de bombe à la mêche quasi-consumée…
Il est vrai que les premiers pas du tandem Hollande-Ayrault se déroulent spectaculairement bien, ce qui est assez remarquable en terrain miné. Au moins sur le front de la politique extérieure : Obama ou Merkel n’ont pas eu beaucoup de mal à faire, avec ce novice, le deuil de leur amitié pour son expérimenté prédécesseur… La vie politique est décidément cynique !
Au plan communautaire et intérieur, les bombes allumées sont en revanche légions !

Ce mardi va être consacré à désamorcer celle des 45 000 victimes annoncées de plans sociaux sans que personne ne songe, à la table des accords de Matignon, à en imputer une seule au nouvel exécutif ; le sauvetage de la Grèce est largement entre les mains des Grecs eux-mêmes qui éliront (peut-être) le 17 juin, un Parlement opérationnel. A moins que l’Espagne ne s’embrase juste avant, à moins que les banques ne se remettent « en vrille », à moins que l’euro, à moins que… En tout état de cause l’état de grâce finira bien par se terminer. Et c’est dans la tempête qu’on jugera vraiment l’équipage.

Au moins, le coup de vent est-il prévisible !  Personne ne s’attend à des lendemains qui chantent et le respect des promesses ne fait pas forcément partie du cahier des charges sur lequel sera évaluée l’alternance. Un seul exemple dans le thème qui nous intéresse ordinairement : la TVA sociale, ou « anti-délocalisation » selon la sémantique alambiquée inventée pour la cause.
Très clairement une bonne mesure ! Dont on se demande pourquoi la majorité sortante avait d’ailleurs attendu la fin de son mandat pour la mettre (timidement) en oeuvre. Un cautère sur la plaie du déficit mais une amorce de solution structurelle dont le maintien peut parfaitement passer au registre des « pertes et profits de l’héritage ». L’audit des finances publiques demandé jeudi dernier à la Cour des Comptes sera tout à fait pertinent pour justifier cette entorse au protocole habituel des dividendes électoraux.

Au moment d’hésiter, François Hollande pourra opportunément se souvenir que Nicolas Sarkozy a porté pendant cinq ans le fardeau du bouclier fiscal qu’à vrai dire, personne ne lui facturait in extenso en 2007. Et c’est à ce type de posture qu’on pourra juger du nouveau réalisme de la gauche « normale ».
Il est, à ce propos, un évènement qui n’a pas été assez commenté dans la foulée de la composition du gouvernement : la définition des périmètres respectifs des ministres « de tutelle ». Le quotidien Les Échos a, comme souvent, produit la meilleure analyse du dispositif qui a fait, on l’imagine, l’objet de négociations  de coulisses, mais « au couteau »… Avec pour résultat un tableau sans vraiment de nuances : c’est Bercy qui hérite du dossier comptable de l’assurance maladie avec la charge de préparer le prochain PLFSS. Mme Touraine partage même la tutelle de la Direction de la Sécurité Sociale avec Pierre Moscovici à Bercy.

Depuis sa vigie du Budget, le grand manitou Jérome Cahuzac a dû ne rien céder ! L’ancien chirurgien, spécialiste de l’allopécie, s’est mué en grand argentier à la faveur d’un apprentissage express à la Commission des Finances de la dernière assemblée. Il était un conseiller « musclé » –son caractère « entier » est connu de tous ceux qui ont eu à fréquenter le cabinet de Claude Evin, titulaire du maroquin mais qui lui abandonnait volontiers les manettes– et il est devenu un patron exigeant. Et parce qu’il a lui-même besoin d’un bras armé, c’est celui d’un comparse de l’époque qu’il a choisi en la personne de Pierre-Louis Bras, dont le contact était qualifié de « rugueux » par les directeurs de CPAM. Les mêmes parlant encore de « désaccord passionné » lorsque l’intéressé fut nommé à la tête de la Direction de la Sécurité Sociale (2000-2002).
Ceux qui veulent mieux aborder le personnage feront leur miel du « Que sais-je ? » récemment consacré à l’institution. Plus rapide, et moins cher (5 euros quand même !), les lecteurs pressés se contenteront d’un autre écrit, révélateur de son inspiration parmi la production éditoriale de sa traversée du désert à l’IGAS. Mais Pierre-Louis Bras est aussi l’homme qui a converti la gauche bien-pensante aux vertus du Disease Management.

Deux autres conseillers valent qu’on leur prête également attention parce que tout, finalement, passera par eux : Christophe Devys à Matignon et Michel Yahiel, à l’Élysée, tous deux préposés aux affaires sociales. Aucun des deux n'est une « jeune pousse ». Le second, notamment,  avait été le challenger malheureux de Daniel Lenoir lors de la (seconde) succession de Gilles Johanet en 2002 à la tête de la Cnamts, et on peut imaginer qu’il aura, sur l’assurance maladie, un regard aiguisé.

Les nouveaux ne se bousculent finalement pas au portillon et cette génération, qui cumule, en définitive, les heures de vol, n’aura pas l’excuse de l’inexpérience.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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