La Lettre de Galilée

Moïse, Harris et les 10 commandements

L’annonce de la relance du DMP par la ministre de la santé est prévue pour cette semaine. Le danger pour Roselyne Bachelot, est qu’à force de remettre au lendemain sa communication officielle, elle n’a plus rien à annoncer ; les apôtres chargés, autour de leur chef, de porter la bonne parole, s’en occupent.
C’est ce que font Michel Gagneux et Jacques Sauret (respectivement auteur du « rapport de relance » et directeur du GIP-DMP) venus à Montpellier, le vendredi 30 mai, tâter le pouls des 17 URML (unions régionales des médecins libéraux) qui avaient répondu spontanément à l’invitation de Dominique Jeulin-Flamme, présidente de l’URML du Languedoc-Roussillon et rare rescapée SML de la tornade des dernières élections de ces turbulentes institutions régionales.

Après des exposés roboratifs sur les expériences de messagerie (expériences si peu différenciées que chacun pouvait se demander si on n’assistait pas plutôt à une assemblée générale « d’apicrypteurs »[1], Michel Gagneux, clair, brillant, remarquable, a sorti l’assemblée de sa torpeur vespérale.
Jeu facile, direz-vous. Le prophète de la relance, après avoir assombri lui-même le ciel de la mer morte à l’automne, apparaît au printemps comme l’auteur du miracle. Passer de Torquemada à Moïse, le cheminement est cocasse. Mais quand même ! Le rapport de la mission Gagneux, admirablement écrit et plein de bon sens (même si l’on peut douter de la perspicacité du chapitre sur la gouvernance -cf. lettre Galilée n° 27), reste la pierre sur laquelle se bâtira l’édifice.

Le précepte majeur sur lequel se dessine l’architecture du projet est la nécessaire réappropriation par les médecins du dossier médical et le passage d’une fonction de mémoire à une dynamique de partage. Il y aura -d’abord- un dossier « partagé ». Le dossier « personnel » viendra après, le « moment venu », comme on dit dans l’énarchie. Pour Michel Gagneux, et il n’est pas le seul à le dire, l’informatisation de la médecine est inéluctable et les médecins doivent apprendre à partager l’information médicale. Mais avant de partager, il faut savoir échanger.
En cela, le développement des messageries sécurisées est vu d’un bon œil. Le GIP-DMP (groupement d’intérêt public) contribue largement au financement et Jean-Paul Hamon, le tonitruant évangélisateur de la FMF le sait et vitupère à qui mieux mieux qu’« il faut commencer par la messagerie, le reste suivra ».

Le Livre Blanc du Conseil national de l’Ordre des médecins sur « l’informatisation de la santé », présenté à la presse la semaine dernière, va dans ce sens. Parmi les cinq propositions de ce noble aréopage, on y découvre quelques dépoussiérantes références à la fois aux conclusions du rapport de la mission Gagneux et, plus surprenant, au communiqué du CISS (collectif interassociatif sur la santé).
Le conseil de l’Ordre reprend à son compte le principe selon lequel « le DMP conçu pour améliorer la coordination et la qualité des soins, doit d’abord être un outil utilisé par les professionnels de santé ». Exit l’armoire de rangement électronique. Le DMP ne sera utile que lorsque les données seront structurées et indexées pour être facilement accessibles. Alors l’institution ordinale entonne elle aussi le cantique de la messagerie. « La messagerie électronique professionnelle sécurisée constitue une des premières étapes facilitant la généralisation des dossiers médicaux informatisés. »
Et le DMP dans tout ça ?
Dans cette politique des petits pas, le dossier médical partagé reste quand même un objectif majeur. Et sur ce sujet, probablement émoustillé par le succès du Dossier Pharmaceutique (DP) qui tient une large part de sa réussite à l’engagement du Conseil de l’Ordre des Pharmaciens, l’Ordre des Médecins emboîte le pas du CISS pour réclamer une place significative dans la nouvelle gouvernance du projet.

Le DMP renaît au moment où Google lance, à grands frais, aux Etats-Unis, sa plateforme santé, propulsée par un certain docteur Harris, de la clinique de Cleveland dans l’Ohio.
Mais, ce qu’on devine au travers des dithyrambes rapportés par les expérimentateurs, Google Health présente quand même deux défauts rédhibitoires : l’absence de structuration des données et une sécurité défaillante.
Les « 10 commandements » parus il y a un an dans les actes du colloque du HIT[2] auquel ont participé les représentants patentés du CISS, avaient, décidément eux aussi, une dimension prophétique en réclamant un renforcement du rôle régalien de l’Etat face à la menace internationale.
S’il n’y a pas lieu de craindre que le diable se cache dans Google et si le dossier en ligne américain n’est finalement qu’un remuant petit diablotin, la traversée du désert de notre DMP aura eu au moins le mérite de resserrer les rangs entre des acteurs devenus incontournables.

[1] Apicrypteur : utilisateur du logiciel de messagerie Apicrypt.
[2] Health Information Technologies organisées dans le cadre de « hôpital expo » à la porte de Versailles

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Lois bioéthiques : que dit vraiment le rapport Touraine ?

[Article de 2700 mots] Les réactions n'ont pas manqué autour de la ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer