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La Lettre de Galilée

Mission Flajolet : bienvenue chez les ch’tis

Après le rapport de Philippe Ritter sur l’organisation territoriale, celui du tandem constitué de François Berland et Annie Podeur sur l’organisation de la santé et enfin celui de Gérard Larcher sur l’hôpital, voilà le quatrième évangile, qui donne à l’avènement de l’ARS (agence régionale de l’hospitalisation) sa dimension véritablement messianique.
Le rapport du député du Pas de Calais, André Flajolet, au moment où la quasi-totalité des Français se découvre une sympathie pour les Ch’timis, a l’avantage de puiser directement son inspiration dans une région qui réunit tristement les difficultés sanitaires les plus criantes du pays.
La mission qui a été confiée à ce parlementaire, professeur de philosophie de son état et connu dans le microcosme des questions environnementales pour avoir déjà commis un projet de loi sur l’eau, passe en revue sans concession les disparités régionales des politiques de prévention sanitaire.
Une fois n’est pas coutume, le rapport s’équilibre assez bien entre des constats formulés sans pitié par une cohorte d’experts de tous poils essentiellement choisis dans la diaspora sanitaire locale et une liste de recommandations dont l’ambition est, pour l’instant, probablement hors d’atteinte.
Le déséquilibre de la démographie médicale, aggravé dans peu de temps par le départ à la retraite d’une partie de la génération du baby-boom constitue, pour l’auteur, une opportunité exceptionnelle de renouvellement des concepts de la politique de santé. Au frontispice des recommandations apparaît la nécessité d’organiser une véritable politique de prévention pour « redonner leur sens de cohésion sociale aux métiers des professionnels de santé » et « réconcilier, par le territoire de proximité et ses acteurs, les logiques géographiques et populationnelles des disparités de santé ». Voilà qui est bien dit.
Au-delà de la dimension culturelle, voire philosophique (on ne saurait être mieux servi) que le rapport instille dans chacune de ses pages, on relève une audace –venant d’un parlementaire libéral– à faire pâlir de jalousie les thuriféraires de gauche de l’abandon du paiement à l’acte, de la concentration des systèmes d’information et, disons-le, d’une certaine vision étatique dans le processus décisionnel. On en veut pour preuve cette référence, aussi curieuse qu’appuyée, aux vertus du régime de protection social minier, cité en exemple pour sa restriction à la liberté de choix des patients et pour le « salariat des professionnels ».
Au passage, on notera le petit coup de griffe du président de l’URML (Union régionale des médecins libéraux) du Nord-Pas de Calais aux DAM (Délégués de l’assurance maladie) coupables d’avoir incité sans discernement et dangereusement les médecins généralistes à réduire leurs prescriptions de statines et concurrencé le travail de ses propres « attachés d’information de santé publique » pointés par le rapport comme un exemple à suivre.
Malgré la séduction qu’exerce sur le lecteur le concept, certes un peu utopique, de « prévention globale », l’ensemble des propositions laisse un goût un peu amer en frappant encore et toujours sur les initiatives passées. À peine sortis de l’œuf (loi du 9 août 2004 concoctée bien longtemps avant par Jean-François Mattéi dont on avait salué le courage) les PRSP (programmes régionaux de santé publique) qui avaient requinqué les DRASS à peine remises du Plan Juppé, sont voués aux gémonies, comme est fustigée la logique de l’assurance maladie, soupçonnée, encore une fois, de faire cavalier seul.
La recommandation numérotée comme un digicode « Aii2b », est probablement la plus décapante dans l’inventaire des pistes à suivre. Elle arrache la médecine du travail aux employeurs pour la confier aux CRAM (caisses régionales d’assurance maladie) en lien avec la santé environnementale. Le tout, bien sûr, sous l’autorité de la future ARS.
En dépit d’un tableau assez sombre, le rapport se défend cependant de faire table rase et de préparer le lit de la future ARS. « La mission a constaté une richesse foisonnante des initiatives en faveur de la prévention » insiste-t-il, aussi « il convient d’échapper à la tentation planificatrice qui bride l’action ».
En recourant au concept de « communauté de santé » l’auteur du rapport mise sur la proximité mais se heurte à l’inéluctable difficulté à définir un territoire pertinent. Le « complexe pathogène » cher au géographe Henri Picheral, est le territoire de l’observation. Mais, dans la perspective d’une approche globale de la santé, quelle est la bonne échelle d’un territoire pour l’action ? Cette interrogation renvoie aux travaux menés en 2003 pour la DATAR par Dominique Polton, aujourd’hui directrice des études statistiques à la CNAMTS ou à ceux du géographe Emmanuel Vigneron inventeur du « bassin de santé ».
En attendant, et probablement pour répondre aux questions restées sans réponse, l’auteur du rapport propose une expérimentation, dont les conclusions seront les bienvenues, dans la région Nord-Pas de Calais.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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