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Minima sociaux : “pas question de faire des économies sur le dos des pauvres”

Éditorial de la 453ème

Accusée par le Canard Enchaîné du 6 juin dernier de devoir réaliser "7 Md€ d’économies sur les aides sociales" pour le compte de Bercy ou de Matignon, Agnès Buzyn se défend. Interrogé le mois dernier sur les aides sociales par RTL, Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, estimait "qu'il y en avait trop". Quant à Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, le journal Le Monde révélait l'existence d'une note interne à Bercy appelant à réduire le coût prépondérant des aides sociales. Il n'y a certainement pas de fumée sans feu.

Toutefois, dimanche dernier dans le JDD, Agnès Buzyn répond à Gérald Darmanin et Bruno Le Maire : "ils sont dans leur rôle", concède la ministre, chacun travaillant "avec son prisme". Pas question donc de faire des économies "sur le dos des pauvres".

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En même temps, "on a le droit de s'interroger sur un dispositif s'il ne produit pas les résultats attendus. Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité. (...) Aujourd'hui, les minima sociaux constituent encore un "filet de sécurité indispensable" mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté". 

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On l'aura donc compris : à toute réforme délicate correspondent des éléments de langage particuliers. On ne dit plus que la réforme a du retard mais qu'elle s'insère dans un nouveau calendrier. On ne dit pas non plus qu'on va faire des économies en prenant aux pauvres mais qu'on va rendre les dispositifs d'aides plus efficaces. (Re)lire sur le sujet l'excellent ouvrage de Cécile Alduy "Ce qu’ils disent vraiment : les politiques pris aux mots"...

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Olivier Véran, député LREM de l'Isère et rapporteur général de la Commission des affaires sociales, revient dans l'Opinion sur les propos d'Agnès Buzyn. "Nous nous interrogeons sur la manière de rendre plus lisibles ces aides sociales. Par exemple, il y a actuellement 23 prestations familiales différentes, allouées en fonction des revenus de l’année n-2, d’autres en fonction des revenus de l’année n-1 et d’autres en fonction des revenus de l’année n… On s’y perd. La preuve en est un taux important de non-recours. Ensuite, comment rendre notre politique sociale plus efficace pour la population, avec en ligne de mire le retour à l’emploi ou à la formation professionnelle. Pensez seulement que la moitié des bénéficiaires du RSA n’ont toujours aucun accompagnement après 6 mois ! C’est cela, le sens de la réflexion."

Dans les Échos, Etienne Lefebvre revient sur ce "serpent de mer" des minima sociaux qui devrait accoucher d'une souris : "Le projet Macron prévoyait en effet un versement social unique regroupant toutes les allocations. Mais ce projet serpent de mer est très compliqué : soit l'alignement se fait par le haut, et coûte des milliards ; soit il se fait par le bas et entraîne des baisses de ressources pour des personnes démunies... Voilà pourquoi l'exécutif va se contenter d'une première rationalisation : les prestations seront calculées sur la base des ressources de l'année en cours, et non plus les années antérieures. Avec quelques économies à la clef, mais d'une ampleur limitée" conclut l'éditorialiste.

Deux chantiers donc : l'un en 2019, qui permettra de réduire les dépenses (environ 1Md€) en calculant les droits sur l'année en cours (et non plus sur l'année antérieure), l'autre en 2020 qui permettra d'automatiser le versement des minima sociaux, grâce à un échange de données renforcé entre les administrations. Mais si ce "versement social unique", promesse de campagne de Macron, contribuera à réduire le non-recours aux droits, il en augmentera mécaniquement les dépenses...

On attend de voir ce qui se cache derrière ces beaux éléments de langage...

Crédits photos : flrnt.

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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