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La Lettre de Galilée

La météo des plages : des universités d’été si banales

Le tour des Universités d'été nous renseigne sur les préoccupations du moment. Rien de bien original, ou presque, sur les questions de santé (quand elles figurent au programme !). Quelques bonnes idées cependant...

Les universités d'été sont avant tout des événements médiatiques. On soigne la forme, le fond reste secondaire. L'arrivée des stars répond à une mise en scène millimétrée, chrono en main, pas trop tôt, pas trop tard, pour passer au JT de 20 heures. Les hommes ont tombé la veste, chemise blanche ouverte jusqu'au 2ème bouton; les femmes en robe d'été, lunettes de soleil élégamment calées dans les cheveux, le regard circulaire à l'affût des photographes...

Les politiques en maillot

Le Front de Gauche a choisi Grenoble, il est vrai un peu loin des embruns. Le ténor charismatique de la dissidence socialiste avait préféré le terme "estivales" ("festivales" ?) pour son tour de chant pour étriller son camarade communiste.
Au Front de Gauche, on ne parle pas de santé... mais de révolution.

Une semaine plus tard c'était le tour de son "allié, le P.C.F., qui avait porté son dévolu sur les cimes alpines pour parler de rien sur presque tout. Pas moins de 100 ateliers sur 2 jours pour un programme roboratif digne d'un discours de Georges Marchais. La Bible en format de poche. Avec une loupe, on y découvre néanmoins un atelier sur la santé avec un docteur et une élue toulousaine : "comment conduire une politique territoriale ?". Sujet dans la tonalité du moment.

Au même moment, le N.P.A. était à Port-Leucate, au milieu des kitesurfs et pas loin des nudistes. Deux symboles : prendre la vague quand elle est là et s'exhiber sans atours.
On a beaucoup causé du réveil social au Brésil, de l'Espagne, du Chili, de la Grèce, de Chavez... mais pas de l'accès aux soins.

Aux mêmes dates que le rassemblement des trublions de l'extrême gauche, le Parti Socialiste avait choisi La Rochelle. Un menu hypocalorique qui servait d'alibi au défilé des guests-stars de la distribution hollandienne. Toutes les caméras étaient braquées sur le petit Valls qui venait reconstruire, avec sa petite pelle et son petit seau, le château de sable de la petite Taubira que son vilain petit camarade avait piétiné.

La Lettre de Galilée

Il fallait patiemment repasser le samedi pour assister au seul atelier consacré à "santé et territoire" avec, comme intervenants, notamment un certain Pierre De Haas devenu l'un des référents des questions de médecine de proximité.
Il faudra bien qu'on vous raconte un jour comment, justement, on fabrique des châteaux avec du sable.

Dans une synchronisation bien calculée, les verts d'Europe Ecologie faisaient trempette à Marseille. Programme un peu casse-croûte il est vrai, aussi bourratif que ce lui du PCF (82 ateliers et forums). On aura noté cependant, entre deux pastagas, une attention pour "politiques municipales et santé à tous les âges", "Après l'ANI, quelle place pour la démocratie sociales ?" et enfin "les conflits d'intérêt, le cancer des politiques publiques". A suivre...

Début septembre, l'U.M.P. avait besoin de s'oxygéner. On la comprend. Les vaincus de 2012 se sont contentés d'une "université des jeunes populaires" au Touquet avec un programme très "aéré". Séances plénières dont les sujets sont sûrement réservés aux initiés. On aura remarqué une longue séance "d'activités de plein air", le samedi. Travaux pratiques de prévention primaire sans doute ?

Pour finir avec un front, après avoir commencé avec un autre, c'est encore près du Vieux Port, à la mi-septembre, que le F.N. avait planté son poste de commandement en guise d'université d'été. Car un seul sujet était inscrit à l'ordre du jour : la conquête des municipales. Les 7 ateliers n'avaient qu'un seul objectif : équiper les troupes, des rangers au casque lourd, en passant par les grenades offensives pré-dégoupillées.

Syndicats au pré

Beaucoup de costards-cravates à l'université du M.E.D.E.F.. Normal, on était sur le campus d'H.E.C.. On pouvait seulement remarquer quelques chandails nonchalamment posés sur les épaules pour se rappeler qu'on n'était que le 24 août.
On se souvient de la visite du Premier Ministre à Laurence Parizot à l'université d'été de l'année dernière venu rassurer son auditoire, "dans un esprit d'ouverture et de confiance" avait-il claironné à des patrons ébaudis (voir Le Monde de cette époque)
Cette année, Gattaz II faisait sa première grande apparition publique. La TV du Medef, BFM Business, a sélectionné les "moments forts" d'une université "très studieuse", dira l'un des 5098 congressistes. On y voit un Moscovici s'évertuer à dire "nous ne sommes pas dans un combat les uns contre les autres, nous sommes dans le même combat"; un Montebourg serrer furtivement des louches; un Barnier parler dans un micro sans la bande son. On y trouve aussi, en cherchant bien, l'intervention de Denis Kessler, sur le nécessaire "alignement des régimes spéciaux sur le régime général", intervention saluée par une salve d'applaudissements d'une salle apparemment tout acquise à l'universalisme et à la déconnexion complète entre l'entreprise et la protection sociale.

La C.F.D.T. s'est contentée de poser ses tréteaux à Dourdan dans l'Essonne pour phosphorer sur des sujets plutôt intellos : "je, tu, nous : donnons une vie à demain", avec un casting d'initiés et des sujets totalement inaptes à exciter l'intérêt des grand médias. Le thème choisi par son chef, Laurent Berger, pour son premier happening, "un nouveau modèle de développement",  a été éclipsé par le raffut fait autour du devoir de vacances imposé par Hollande à ses ministres.

La révolution de velours de la médecine libérale

Les universités d'été du SML et de la CSMF auront lieu en même temps, les 27, 28 et 29 septembre, la première à Marseille, la seconde aux antipodes de la Canebière, à Lille. N'y voyez aucun symbole.

Pour sa première apparition depuis son élection à la tête du S.M.L., son nouveau président, Roger Rua, a opté pour un programme plutôt terne, rien d'emballant, des sujets fourre-tout, un peu "bateau" (et encore ! seulement de quoi traverser le Vieux Port, entre la place de l'Huile et l'Hôtel de Ville)
Il y a peu de chances qu'on apprenne grand-chose sur le D.M.P. ou sur "la place de la médecine libérale dans la prévention primaire" le week-end prochain.

En revanche, le programme de C.S.M.F. est plutôt prometteur. Chassang, pour la première fois en 12 ans de règne, laisse ses tongues sur la Côte d'Azur pour migrer vers le grand Nord. Il y a dans le programme des réjouissances du millésime, le côté testamentaire des empereurs sur le départ.
Il se dit que le Ministre de la santé sera là vendredi dès l'ouverture, en chair et en os.
Et puis se succèderont des ateliers où il sera question de "connexions" : "du médecin isolé au médecin connecté", "du patient connecté au patient expert"...bref, de la médecine avec de la technologie, de l'ambition... et des idées.

Ouf ! Il était temps.

Crédits photo : William Chevillon

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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