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Médicaments déremboursés : quand les associations de patients sont sous perfusion idéologique

Éditorial de la 379

Le 21 octobre dernier, la Commission de Transparence de la Haute Autorité de Santé a rendu son verdict sur quatre médicaments utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer : Ebixa (Lundbeck), Aricept (Eisai), Exelon (Novartis Pharma) et Reminyl (Janssen Cilag). "Aujourd’hui, avec le recul, compte tenu de la confirmation de la faible efficacité de ces médicaments, de l’existence d’effets indésirables potentiellement graves et sachant que la prise en charge des personnes touchées doit être globale, la Commission de la Transparence conclut à un service médical rendu insuffisant pour justifier leur remboursement." Les avis de la Commission de la Transparence de la HAS sont consultatifs et c'est le Ministère qui décidera. Déjà en 2011, la Commission avait rendu un verdict, serré -à un vote près-, statuant sur un service médical rendu limité, conduisant à une baisse du taux de leur remboursement de 65 % à 15 %.

Ces 4 traitements -uniques- représentent une dépense annuelle de 700M€ par an, selon une étude publiée en septembre 2015 par la Fondation Médéric Alzheimer (p.23). De quoi susciter l'appât du gain... malgré une inefficacité des médicaments... Dès novembre 1986, c'est W.Summers qui publie dans la prestigieuse revue New England Journal of Medicine une étude sur la tacrine. L'administration américaine de contrôle des médicaments critique ouvertement les biais méthodologiques, mais ce sont les associations de patients qui se mobilisent pour lancer la commercialisation du médicament. La tacrine a été retirée de la vente en 2004 à cause de graves effets secondaires. Mais la saga est lancée. C'es trop tard...

Malgré qu'aucune étude n'arrive à prouver scientifiquement les bénéfices des médicaments, on continue de prescrire pour maintenir un "lien thérapeutique avec le patient". En 2007, en Grande-Bretagne, l'Institut pour la santé (NICE), parvenant aux mêmes conclusions, avait statué pour un déremboursement des médicaments. Mais les protestations des associations de patients qui avaient saisi la justice ont eu raison de cette décision. En 2009, c'était l’autorité d’évaluation indépendante allemande, l'IQWIG qui recommandait que la mémantine, l'une des 4 molécules en question, ne soit plus remboursée en Allemagne. "il n'y a aucune preuve d'utilité en monothérapie ni en association, que la maladie d'Alzheimer soit modérément sévère ou sévère". Mais quelques temps après elle était revenue sur sa décision.

En février dernier, le Monde Diplo consacrait un article sur cette maladie politique : "Dès l’apparition des anticholinestérasiques, la revue médicale indépendante Prescrire démontrait leur peu d’efficacité, leurs nombreux effets indésirables, leur dangerosité en cas de prescription durant plus d’un an, et dénonçait leur coût excessif. Elle mettait aussi en garde contre les interactions avec d’autres médicaments qui augmentaient les effets secondaires et les risques de décès. Malgré les critiques, la Haute Autorité de santé (HAS) publiait en 2008 une recommandation qui maintenait leur remboursement, avec un service médical rendu jugé important. Le Formindep, une association de médecins « pour une formation et une information médicales indépendantes », déposait alors un recours devant le Conseil d’Etat en soulignant la partialité des membres du groupe de travail de la HAS. L’association avait découvert des conflits d’intérêts majeurs touchant la moitié des 24 experts, ceux-ci entretenant des liens avec les laboratoires qui produisaient les médicaments anti-Alzheimer. (...) La recherche d’un traitement contre la maladie d’Alzheimer est aujourd’hui en crise. Entre 2000 et 2012, 1 031 essais ont été menés dans le monde, et 244 molécules ont été testées, avec un taux d’échec de 99,6 % (...) Malgré les énormes sommes englouties, il n’existe aujourd’hui aucun traitement efficace."

Mais en attendant l'association France Alzheimer monte au créneau et sollicite une entrevue avec la Ministre. On se demande pour qui roule France Alzheimer ?

Déjà en 2011, Xavier Bertrand avait joué l'équilibriste en prétextant un maintien du remboursement  à 100% pour les patients en affection de longue durée (ALD),  malgré la dégradation du SMR par la même Commission... Comment Marisol Touraine ne pourrait pas suivre les recommandations si limpides de la HAS ?

Les conflits d'intérêts, hélas, ne concernent pas que les molécules "anti-Alzheimer". On pourrait parler du Truvada...

Crédits photos : S.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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