La Lettre de Galilée

Médecins-Majorité: vrai divorce ou simple crise passagère?

Mais quelle mouche a donc piqué les députés de la majorité qui font désormais preuve de cette même imagination à contrarier le lobby médical qu’ils déployaient jadis à lui complaire ?
Légitimement inquiets à la perspective de voir les routes de leur circonscription plus facilement empruntées par les vétérinaires que par les médecins, nos édiles ont été fort marris de voir le gouvernement déserter le dossier au motif que les partenaires conventionnels ont, eux-mêmes, refusé « la patate chaude ».
Et l’on aboutit à cette disposition qui cumule à peu près tous les défauts en renvoyant à l’horizon 2012 le principe d’un concours obligatoire au « service médical commun » sous peine d’amende.
Du même coup :
– Les promoteurs de la formule sont irrités du « sursis » à statuer ;
– Les détracteurs sont courroucés de la voir retenue malgré leur opposition ;
– Les observateurs « neutres » s’inquiètent de ne la voir jamais appliquée, 2012 étant une année électorale, par nature assez peu propice aux mesures drastiques, autres que celle adoptées pendant l’« état de grâce ». Les poubelles de l’histoire sont déjà pleines de ces mesures oubliées sur le chemin de la mise en œuvre…
Voilà en tout cas une disposition qui additionne parfaitement les mécontentements au lieu de les … annuler. Toujours éligibles à l’addition, les mesures inutilement provocantes cumulées par nos parlementaires dont on se demande où est la source d’inspiration : légalisation du « testing » anti-ségrégationniste, remise en cause de la liberté contractuelle établissements/praticiens, … déclaration des absences au directeur d’ARS … L’impression domine, sans autre explication qu’une forme de catharsis expiatoire, que la représentation nationale s’acharne sur les derniers oripeaux du libéralisme médical.

On aurait pu comprendre ce mouvement sous couvert d’un simple retournement d’alliance : après tout, la nouvelle alliance qui se dessine entre les autonomistes tendance « Espace Généraliste » et les tenants de l’hyper-libéralisme tendance FMF, est assurément de nature à contribuer à la reconfiguration massive du syndicalisme médical que la représentation nationale aurait pu vouloir soutenir après les « ratés » des lendemains du Plan Juppé. Mais même ces alliés objectifs de la réforme trouvent aujourd’hui des motifs de se plaindre  également du sort que leur réserve HPST.

A moins –mais la tactique signerait alors un jeu assez subtil de « billard à trois bandes »– que tout cela n’ait eu pour objectif que de ramener les signataires à de meilleures intentions et à une posture plus constructive. Cible complètement ratée du côté de la CSMF, surtout attelée aujourd’hui à construire un front du refus autour d’un hypothétique axe hospitaliers/libéraux. Mais pas forcément du côté du SML dont le départ de son président-fondateur n’a, semble-t-il, pas altéré la fécondité conceptuelle.

Son projet de « nouvelle approche de la rémunération de toutes les spécialités cliniques » ne constitue certes pas une rupture doctrinale dans la primauté du paiement à l’acte mais il a au moins le mérite de « faire bouger les lignes », démarche utile par les temps qui courent. Ainsi, pour ce qui concerne la prise en charge des ALD, suggère-t-il « une part forfaitaire prévisible » permettant au médecin d’assurer le suivi de ses patients chroniques (on avait cru comprendre que tel était justement l’objet du forfait de 40€ défini par le parcours de soins justement négocié par le SML) et, plus intéressant, une part à la performance « orientée vers des objectifs de santé publique et de prévention »

Autre proposition, un acte « à valeur médicale ajoutée » dit TEP (Thérapeutique, Éducation, Prévention) qui ne fait guère qu’anticiper sur un futur acte « lourd » de suivi protocolisé dans la réforme des actes cliniques. Et, ultime « ouverture » : un Contrat d’Incitation à l’Amélioration de la Qualité … engageant son « optant » sur une forme de dissociation de la valeur de l’acte entre la partie « intellectuelle » et le nécessaire investissement requis … Mais que lui arrive-t-il donc ? Encore un effort, et le SML se retrouvera sur la ligne « originelle » du médecin référent dont il avait obtenu la mort en 2004 !

Si l’on range dans « l’investissement » le nécessaire « coup de main » à l’embauche d’un auxiliaire d’exercice professionnel, –pourquoi pas ?– l’on s’apercevra vite qu’il s’agit sans doute du seul levier à même de provoquer les regroupements volontaires en maisons ou en « pôles » pluridisciplinaires.
Quelques chiffres valent d’être rapportés ici : 33 364 GP’s (General Practionners, soit, littéralement, médecins généralistes) étaient recensés par le NHS britannique fin 2007, pour desservir les besoins de 60 millions de patients, soit à peu près l’effectif dont nous créditent les augures en 2020.

Mais le taux d’emplois « induits » par généraliste y est de 2,2 quand il est de … 0,3 chez nous !… Deux emplois de différence. Gageons qu’avec un seul, le patient serait mieux pris en charge … sans verser dans la bureaucratie britannique ni dans les travers (listes d’attente) généralement versés au débit du NHS. Il est encore temps aux Sénateurs d’infléchir cette loi-cadre qu’ils ne discuteront donc qu’une seule fois (déclaration d’urgence oblige).On ne saurait trop leur recommander la lecture, assez instructive, du témoignage d’un jeune médecin … installé et qui, ouf
! n’en manifeste aucun regret.

PS : On fera peu de cas ici du récent sondage attestant du désamour de Nicolas Sarkozy dans l’électorat médical. Rien n’est plus volatil qu’une intention de vote car ce sont les mêmes médecins qui avaient défilé en 1995 contre Alain Juppé qui ont massivement contribué à redonner une majorité à Jacques Chirac en 2002, après que l’ancien Premier ministre a fait amende honorable.

À propos Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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