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La Lettre de Galilée

Mais pour qui roule donc l’artificier Yves Bur ?

Avec un art consommé de la mise en scène, les parties signataires de la Convention, rejointes pour la circonstance par les complémentaires réunies sous la bannière de l’UNOCAM, ont donc conclu la semaine passée sur le fameux « secteur optionnel », à quelques minutes de l’échéance que leur avaient consentie les Parlementaires !

Avec un art tout aussi travaillé de la provocation, les députés se sont empressés d’en combler les lacunes ! Et d’organiser le strict encadrement du secteur 2 que les négociateurs avaient justement écarté car trop politiquement « inflammable ». Et voilà Michel Chassang dépité qui s’en va solliciter l’arbitrage suprême de l’Élysée sur le mode « A quoi ca sert qu’on se mette enfin d’accord ? »

En d’autres termes : A quoi sert encore la Convention médicale ? Et il est rejoint sur ce terrain par son meilleur ennemi, le Dr Jean-Claude Régi, président de la FMF… C’est le député Yves Bur qui a allumé cette mèche dont il faut se demander si le gouvernement la laissera se consumer jusqu’au bout. En voilà un au moins qui n’encourt pas l’accusation de « corporatisme ». Chirurgien-dentiste de son état, il n’a que peu d’égards pour les médecins adeptes des dépassements abusifs ; on peut se demander pourquoi –et peut-être conviendrait-il d’aller en chercher la raison dans son histoire personnelle– mais le résultat est là, qui fait passer pour d’aimables substituts les détracteurs habituels de la médecine libérale. Lui cultive jusqu’à la caricature, son rôle de procureur implacable mais sectaire, d’« ayatollah » peut-on même lire ici ou là.

Le problème est que cette posture s’avérera sans doute contreproductive : comme d’autres dispositions humiliantes –l’obligation, par exemple, faite aux médecins de déposer leur déclaration d’absence auprès de l’instance ordinale– elle contribue à alimenter la « théorie du complot » chère aux défaitistes de tout poil. Alors même que le succès du secteur optionnel devrait les mobiliser :

1/ parce qu’il inaugure un trilogue, innovant et prometteur, entre la profession, l’assurance maladie obligatoire et la protection complémentaire. Permettant de cheminer en toute lucidité sur le chemin d’une gestion du risque conjointement partagée par l’ensemble des acteurs ;

2/ parce que, pour les médecins, il ouvre la perspective d’une réunification tarifaire tardive mais urgente. Et le syndicalisme médical « conventionniste » aurait été mieux inspiré de traiter lui-même le sort des honoraires libres plutôt que de le laisser faire par le Dr Bur ! Mais enfin l’architecture globale de ce secteur optionnel est assez cohérente avec la perspective d’un secteur 1-bis universel.

Il n’empêche, c’est bien à l’Assemblée avec le débat du PLFSS-2010 pendant la semaine à venir que se joue largement l’issue du round conventionnel en cours : à trop laisser s’exprimer leur impatience devant l’inertie conventionnelle, ce gouvernement prend aussi le risque de désespérer les réformistes. Pendant des années, ceux-ci avaient appris à s’accommoder de l’espèce de « main invisible » que l’État faisait peser sur leurs discussions. Aujourd’hui, on a le sentiment que l’État finit par abandonner ce rôle ingrat à ses chevau-légers du Palais Bourbon… Comme si lui-même abdiquait ce rôle d’inspirateur.
Tenus à l’immobilisme sur l’ampleur de la catastrophe financière annoncée, les députés se vengent dans les habits de Gnafron, gendarme-marionnette du théâtre conventionnel.

Le risque de ce scénario catastrophe est de contraindre les acteurs à la démission, à l’inertie, voire à l’exil de la table de négociation. A l’immobilisme passif, débouchant à terme sur une solution inéluctable justement décrite par un observateur engagé du système, M. Jean-Claude Seys, fondateur de Covéa dont il faut lire l’analyse lucide et sans complaisance dans un numéro récent de La Tribune.

L’inertie est depuis trop longtemps l’alliée du corps médical pour ne pas, aujourd’hui, l’y contraindre !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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