La Lettre de Galilée

Mages, hommage, chantage

La première Lettre de Galilée de 2009, forte des centaines d’encouragements et de commentaires que vous lui adressez régulièrement (coup de chapeau au passage à Claude Bronner et à Gérard Bieth pour leur aimable relais dans « EG zapping » et « annuaire sécu »), ne résiste décidément pas à puiser dans une actualité riche en hypocrisies.
On eut pu imaginer benoitement que nos Chaldéens modernes, devenus plus exégètes qu’astrologues, se fussent davantage précipités vers la nouvelle petite étoile blanche, née le 2 janvier dans une proprette étable du 16ème arrondissement. Histoire d’amuser le petit peuple de France, à peine remis de ses agapes, avec des contes très bibliques de conception sans géniteur, en tout cas identifié comme tel par nos tabloïdes habituels.
Nos mages de la presse, dans l’entre-deux fêtes, ont choisi le noir. Une succession d’accidents, dans les hôpitaux d’Ile de France –loi des séries sans doute– a déclenché une tempête de contrevérités. Même nos honorables quotidiens Le Monde et Le Figaro y sont allés de leurs imprécations.
Certes, chaque accident est un accident de trop et reste intolérable. Mais enfin, y aurait-il eu plus d’accidents qu’à d’autres moments ? Comment ne pas tenir compte des lois des grands nombres ? Plus de 16 millions d’admissions par an dans les services d’urgence répartis sur un peu plus de 600 sites : 30 admissions par seconde !
Toutes les études confirment que 85% des admissions ne sont pas justifiées, et, qui plus est, 5% d’hypocondriaques s’en retourneraient chez eux sans soins.
Les mesures prises par les pouvoirs publics et l’assurance maladie pour lutter contre les accidents iatrogènes, ont, petit à petit, fait diminuer la mortalité. En 2002, il y avait, en moyenne, plus d’un décès iatrogène par heure sur le territoire français. La menace du moindre incident est aujourd’hui surveillée comme le lait sur le feu par les ARH.
Quant à la médecine de ville, cessons de grâce, par Saint Luc, Saint Côme, Saint Damien et par Avicenne pour faire bonne mesure, de tempêter sur son désengagement dans le service public. Avec 2 200 consultations et 24 électrocardiogrammes toutes les secondes, les mailles du filet seraient au contraire au goût des caisses un tantinet trop serrées.
Roselyne Bachelot a eu raison de rendre hommage aux personnels médicaux, blessés par les conclusions hâtives proférées sur leur conscience professionnelle. « Ne tirons pas sur l’hôpital public » a renchéri le président du Sénat, Gérard Larcher, qui s’y connaît.
Soyons clairs, l’occasion était rêvée pour les syndicalistes de relancer la machine contestataire qui commençait à se gripper. Le mouvement de grève déclenché par Patrick Pelloux, chef de file de l’AMUF (association des médecins urgentistes de France ; cf. interview dans le Quotidien du Médecin du 1er décembre) qui portait à l’origine sur une revendication uniquement salariale avait fini par sentir le rance au nez d’une opinion publique peu rassurée par le contexte de crise et d’augmentation du chômage. Les regrettables accidents de la fin de l’année ne pouvaient tomber mieux. On est alors passé du registre cynique « travailler plus pour gagner plus » à celui du sécuritaire et du manque d’effectifs. Triste chantage sur les moyens, auquel s’est pourtant rallié Jean-Claude Mailly (FO), avec armes et bagages, probablement déçu par ses piètres résultats aux prudhommales, et surtout vexé d’avoir vu les anesthésistes-réanimateurs rejoindre les médecins CGT dans l’éphémère fédération de la permanence des soins hospitalières. C’était l’occasion pour la ministre de rappeler que dans ce monde de surenchère permanente, les pouvoirs publics avaient déjà mis un milliard d’euros sur la table et que plus de 5 000 emplois avaient été créés en deux ans dans les services d’urgence.

Un vœu pour 2009 ? Que la discussion du projet de loi « Hôpital, santé, patients et territoires », théoriquement soumis aux parlementaires ce mois de janvier, nous épargne une nouvelle salve d’hypocrisies !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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