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La Lettre de Galilée

« Ma sécu » en librairie, ou la frustation du débat politique

Au secours, les journalistes s’intéressent à nouveau à la Sécu : les rayons des libraires se sont enrichis cette semaine d’un bouquin qui peut, sans autre préjudice que quelques moments d’irritation, accompagner un aller-retour en TGV pour un week-end « à rallonge ».
Sobrement titré « Ma Sécu », il est signé de deux journalistes « d’investigation », Éric Merlen, free-lance et Frédéric Ploquin, grand reporter à Marianne. Les deux, qui avaient déjà cosigné le même type d’enquête sur la DST, le fisc et le trafic de drogue, ont donc exploré pendant 3 ans les arcanes de l’assurance maladie. Disons-le ici tout net : il n’y a pas de scoop dans ce pavé de 400 pages sinon quelques confidences distillées par des interlocuteurs généralement méconnus du grand public comme Jean-Marc Aubert, le « Dir Cab » de Frédéric Van Roekhegem ou les prédictions d’un Pascal Beau, éditeur de presse et homme d’influence, convoqué à la barre des experts en futurologie sociale...
A défaut de révélation, on se laissera donc porter par le rythme imposé par les auteurs. Il ont été de toute évidence –et c’est plutôt sympathique– frustrés du débat politique qui, à l’instar de l’actualité américaine, aurait pu animer la campagne électorale de l’an passé ; alors ils se vengent et nous concoctent un colloque impossible. En trois ans, ils ont vu, lu, entendu du monde, et du beau : Jean-Marie Spaeth et Michel Régereau, Bruno Palier (économiste), Gaby Bonnand et William Gardet (CFDT), Maryse Dumas (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO), Philippe Bas, Bruno Durieux, Claude Évin (anciens ministres), Yves Bur, Jean-Luc Préel, Claude Huriet, Gérard Bapt ou Jean-Marie Le Guen (députés familiers du dossier) ... Une foultitude de professionnels de santé du département de l’Isère et les incontournables  « grands témoins » : Jean-Pierre Davant, Michel Yahiel, Didier Tabuteau, Jean de Kervasdoué, Gérard Vincent, Édouard Couty, Claude Le Pen, Étienne Caniard, Christian Lajoux, Dinorino Cabrera, Michel Chassang, Bertrand Fragonard, Dominique Coudreau, Gilles Johanet  ... Mais pas Frédéric Van Roekhegem qui les a éconduit pendant 3 ans.
Quel organisateur de congrès pourrait néanmoins se vanter d’un tel plateau ?
S’en suit une galerie de portraits assez bien troussés –c’est le côté agréable de l’enquête journalistique– assortis, coté pile (irritant quand on ne méconnaît pas trop le sujet) d’approximations, d’erreurs, de confusions. Jean-Claude Mailly est ainsi pris pour Jean-Claude Mallet, ce qui mécontentera sans doute les deux hommes. Aucune distance n’est prise avec les (nombreuses) réécritures de l’histoire.
On ne saurait tenir grief aux deux limiers de ces manquements à l’orthodoxie historique mais enfin on ne peut prétendre faire œuvre didactique –construire un ouvrage d’« instruction civique » sur la sécurité sociale était, semble-t-il, la  commande implicite de Michel Régereau– sans documentation préalable. Ou alors il s’agit d’un périple de « Candide », exercice littéraire évidemment respectable, mais qui se doit d’afficher la couleur : en d’autres temps, le journaliste Jean-Marc Sylvestre (France Inter) s’y était plié avec talent dans un émouvant témoignage.
On chercherait en vain une conclusion, un pronostic, ou même un espoir des auteurs au moment de refermer leur opus. Trois personnalités sont appelées à la rescousse : Bernard Brunhes rêvant tout haut à « un de Gaulle imposant ses choix à la population », Michel-Moïse Mijon (CFTC) qui réinvente le paradigme du petit et du gros risque, Gaby Bonnand encore lui, un peu seul à réfléchir à haute voix à « l’après-paritarisme ». Sous forme d’une Agence nationale de la santé [...] regroupant « l’ensemble des acteurs de la santé : syndicats, usagers, caisse nationale d’assurance maladie, complémentaires et représentants des professions médicales– avec un exécutif chargé de conduire une politique ».
Entamé sur une citation de Coluche « Le Premier ministre s’inquiète de l’augmentation des dépenses de sécurité sociale. Pourquoi ? Il est malade ? », le bouquin se termine sur une morale à quatre sous : « La marque de fabrique de la France a toujours consisté à offrir le progrès médical au plus grand nombre [...] Pour maintenir un tel niveau, il faudra forcément accepter d’abonder au pot plus qu’on ne le fait aujourd’hui. Et mettre un mouchoir sur cette attitude passablement schizophrène qui consiste à vouloir payer moins pour être soigné plus (et gratuitement). »
Diagnostic assurément de bon sens dont on voudrait qu’il inspire l’opinion publique au-delà des lecteurs de l’ouvrage et de ses commentateurs invités à s’exprimer sur le blog du Figaro.
Mais décidément qu’il est long le chemin de la réforme. Et de sa nécessaire pédagogie ! A cet égard, il faut signaler l’intéressante initiative de l’URCAM de la région Centre qui a décidé de vouer ses prochaines rencontres, le 12 juin à Orléans, au même thème de « l’Assurance Maladie et l’information ».

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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