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Lois bioéthiques : de la controverse aux chimères

Éditorial de la 474ème

Le 15 octobre dernier, dans une "atmosphère constructive et respectueuse" selon les termes du communiqué du Ministère de la Santé, le projet de loi relatif à la bioéthique a été adopté en première lecture à une large majorité : 359 pour, 114 contre et 72 abstentions.

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Pourtant, selon l'analyse du scrutin, derrière le vote majoritaire se cache une grande diversité des votes. Sur les 304 députés de la majorité La République en Marche, 25 se sont abstenus et 8 ont voté contre. Pour les députés du groupe Les Républicains, sur les 104 membres, 15 se sont abstenus et 12 ont voté pour le texte. Dans ces partisans, derrière Maxime Minot, ouvertement à contre-courant des bancs LR, comme le souligne un portrait dans Libé, se comptaient Pierre Vatin, Frédérique Meunier, Nadia Ramassamy et Laurence Trastour-Isnart, signataires d’une tribune pro-PMA publiée en octobre dans Le Monde intitulée : "Nous sommes députés de droite et favorables à la PMA ! ". Mais également Olivier Dassault (le patron du Figaro) et Marine Brenier, proche du maire LR de Nice Christian Estrosi, défenseur de l’extension de la PMA.

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En 2013, lors du vote de la Loi Taubira, la droite LR était bien plus soudée : seuls Franck Riester et Benoist Apparu avaient osé voter pour, avec 5 abstentions sur 196 députés LR.

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Le 6 octobre dernier pourtant les manifestants hostiles au projet de loi avaient réussi à mobiliser les foules pour battre le pavé parisien (un record de mobilisation pour le cabinet de comptage Occurrence). Une mobilisation plutôt à destination des sénateurs qui doivent prochainement examiner le texte afin de les alerter sur les trois graves injustices de ce texte : "l’instauration d’un droit à l’enfant sans père", "l’intensification de la sélection prénatale" et "l’instrumentalisation croissante de l’embryon humain", confie Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita.

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Contrairement à l'apaisement que veut laisser croire l'exécutif, les débats ne sont pas prêts d'être clos comme en témoigne la récente désinformation au sujet des embryons chimères. Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche à Alliance Vita, avait été accusée de dire "n'importe quoi" par une journaliste : "Nous contestons aujourd’hui ce projet de loi qui est devenu une sorte d’immense lieu… un guet-apens de toutes les revendications les plus outrancières puisque nous pourrons modifier le génome des embryons humains, nous pourrons fabriquer des embryons chimères mi-animal, mi-homme." avait-elle dit devant les micros, une punch line suscitant de nombreuses réactions.

Or, l'article 17 du projet de loi bioéthique porte sur la possibilité d’utilisation des outils de modification ciblée du génome en recherche fondamentale et prévoit bien de modifier le Code de Santé Publique en substituant l’article L2151-2 actuel, "la création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite", par les termes suivants : "la modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite". Une aubaine pour la recherche scientifique et la renommée des équipes françaises... du moment que l'embryon ne donne pas naissance à un enfant.

Beaucoup de questions restent encore en suspens et le travail du Sénat ne sera pas mince. Les lois bioéthiques ont été votées à l'Assemblée Nationale. Mais le débat est loin d'être dépassionné, malgré ce que veut nous laisser croire l'exécutif. Jusqu'au vote à l'Assemblée nationale, le projet de loi spécifiait initialement que les gamètes ne pourraient être conservés que dans des établissements publics ou privés à but non lucratif. Or, un amendement, adopté, a franchi la ligne rouge : quelles conséquences aura la possibilité donnée aux établissements de santé privés à but lucratif de conserver des gamètes en cas de rareté de l'offre ?

Crédits photos : Boby.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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