Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Loi de santé : panser la plaie, penser l’après

Loi de santé : panser la plaie, penser l’après

Éditorial de la 325

Sur le pied de guerre, les syndicats de médecins libéraux, ou en tout cas ceux qui en revendiquent encore l'appellation d'origine contrôlée, fourbissent leurs armes pour un combat qui n'intéresse certainement qu'eux mêmes. Allez donc demander aux patients ce qu'est une "URPS"; il y a fort à parier que nombre d'entre eux prennent cette invention de 1993 (Loi Teulade) baptisée à l'époque "URML", pour la lointaine planète d'un monde inhabité. Combien de médecins eux-mêmes connaissent les enjeux de cette élection ? Ils étaient 45% à voter en France métropolitaine en 2010, combien seront-ils à voter pour les prochaines élections ?

On l'aura compris, pour les médecins excédés, la marque la plus significative des bouleversements qui ont jalonné l'évolution du monde de la santé est que cette élection est placée sous le haut contrôle de l'ARS, invention plus récente (Bachelot 2009), mais inscrite dans les tables de la Loi par Moïse lui-même, en la personne de Raymond Soubie, dès 1982. Ce patriarche de la protection sociale française, condisciple de Jean-Jacques Dupeyroux, l'un des tout premiers papes de l'énarchie, grand confident élyséen des princes de droite comme de gauche, a été l'artisan le plus appliqué de la soviétisation du système de santé français.
Car, à n'en point douter, l'étatisation du système de santé, et de l'assurance maladie qui va avec, a atteint un point de non retour. "Les carottes sont cuites" disent les plus pessimistes, d'autant que, parmi ceux qui ont encore de la corde vocale, beaucoup sont dans le train du papy-boom et n'en n'ont pas pour longtemps à être entendus.

Et la loi de santé en rajoute une couche : Juppé, Barrot, Aubry, Kouchner, Douste-Blazy... tous, reniant leurs engagements de campagne, ont appliqué la prophétie. Marisol Touraine ne fait pas différemment, la maladresse en plus.
Même si la prise en main par l’État depuis presque 20 ans n'a pas apporté la moindre preuve de son efficacité (il suffit de jeter un œil sur les comptes de la santé pour vérifier que le mécanisme de Juppé ne marche pas) cette loi de santé s'attaque aujourd'hui aux dernières espèces d'un monde en voie de disparition : les dinosaures de la médecine sont dans les rets d'acier d'une haute fonction publique sans pitié.

Pas d'affolements, les partenaires sociaux sont passés par là. La mort s'est faite sous sédation. Pas de souffrances, quelques uppercuts tout au plus, un premier en 1967 sous De Gaulle, un autre en 1974 sous Giscard, encore un en 1991 sous Mitterrand, le dernier en 2009 sous Sarkozy. Syndicats de salariés sous tutelle pour cause d'incompétence supposée.

Lire : Assurance maladie... de mort lente

Les vieux éléphants FO du syndicalisme de gestion, Derlin, Bergeron, Blondel, sont morts dans l'indifférence. Il reste aujourd'hui à la CFDT quelques utopistes pour croire au renouveau apostolique.
Du côté des patrons, pas un mot sur le social. Installées sur le campus d'HEC, les universités d'été du MEDEF viennent de se terminer sur "la promesse de l'aube". On n'avait d'yeux que pour cette jeunesse conquérante et pour cette Afrique qui décolle dans le concert euphorisant de la mondialisation. En oubliant de dire que l'un des pieds du développement (en particulier en Afrique) reste la lutte contre la pauvreté et la remise en état d'une population décimée par la maladie.

La conquête des URPS (et des avantages financiers qui vont avec) incite à quelques extravagances. Chacun revendique la défense des intérêts d'une profession dont les cadres n'ont pas forcément bien compris la profonde mutation intrinsèque qu'elle subit. Il n'est pas inutile de se référer aux publications du conseil national de l'ordre (en particulier son atlas) pour se faire une idée du changement.

Lire : Conventionnement des professions libérales : la fin d'un système ?

Dans ce désert d'idées, Jean-Paul Hamon, le tonitruant président de la FMF, martelant que son syndicat n'avait pas de conflits d'intérêts (comprenne qui pourra), a tenu sa conférence de presse en juin dernier pour annoncer la création d'un site dédié aux élections mais resté depuis désespérément vide.
Le dernier communiqué de MG-France remonte au 27 juillet. Claude Leicher, son président, vise certains syndicats ingrats au travers d'un appel vindicatif aux sénateurs. Dénonçant la reprise du "thème usé" (sic) du conventionnement sélectif, "Quels syndicats leur inspirent cette vision hémiplégique et discriminatoire du corps médical français ?" interroge le leader de la médecine de soins primaires.

La conférence de presse de Jean-Paul Ortiz, le patron de la CSMF, date de mercredi. Le seul probablement à avoir compris que le tiers-payant généralisé était, avant d'être une usine à gaz technocratique, la dernière scorie d'un vieux volcan en train de s'éteindre c'est lui, Ortiz, l'inattendu successeur de Michel Chassang. Appelant ses troupes "à la désobéissance civile", et au boycott de la grande conférence sur la santé prévue par le premier ministre au début de l'année prochaine, l'état-major de la CSMF veut "rebattre les cartes" et en appelle opportunément à en découdre au cours de son université d'été prévue à Hyères les 11 et 12 septembre prochain.

À un mois du scrutin pour les élections aux URPS, la mise en exergue des difficultés de la médecine est sûrement utile, mais c'est dans la perspective de 2017 que la médecine entrepreneuriale doit assurément "penser l'après".

Crédits photo : Open Grid Scheduler / Grid Engine

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Grande conférence de la santé : pas de quoi en faire un fromage

Éditorial de la 347 Il y a tout juste 15 ans, presque ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer