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Loi de santé : L’Éléphant et le Singe de Jupiter

Éditorial de la 472ème

 Alors que la loi de santé, "Ma santé 2022", a entamé la semaine dernière son parcours parlementaire, 57 députés dont Joël Aviragnet, Pierre Dharréville, Caroline Fiat,  André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault ont signé une tribune dans Le Journal du dimanche pour dénoncer le "manque de concertation" d'une loi "qui compte 7  ordonnances pour 23  articles".

Lire : Grand Débat National : le retour de la coercition

"Face à la désertification médicale, tout n’a pas été essayé. Le conventionnement sélectif des médecins permettrait leur meilleure répartition et une meilleure prise en charge des patients dans tous nos territoires. Or, le gouvernement et la majorité se refusent à cette idée malgré le très large consensus qu’elle recueille tant chez les associations d’acteurs de la santé qu’auprès de la Cour des comptes ou encore du CESE (Conseil économique, social et environnemental). Faut-il en déduire que l’opposition menée par les syndicats de médecins libéraux est plus forte que la raison ? Tout semble l’indiquer"

Pourtant la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a rappelé son attachement à la liberté d'installation des médecins libéraux. Au Quotidien du médecin, la ministre est catégorique : "Je m’opposerai à tous ces amendements punitifs car c’est une mauvaise idée". Mais avec plus de 3 000 amendements déposés pour détricoter cette loi de santé, difficile de tenir la barre. 

Une volonté, certainement sincère mais toute politique, pour éviter de se mettre la profession à dos comme l'avait fait sa prédécesseur, Marisol Touraine. Dans Les Échos, Solveig Godeluck en fait un portrait croisé. Elle ne fait "pas de vague" mais arrive à convaincre même l'opposition; cette "pédagogue infatigable, qui s'énerve rarement" a même su "apaiser les médecins libéraux". Cela suffira-t-il ?

Pour Éric Favereau dans Libé, le portrait est un peu moins tendre : il craint le "secret des cabinets ministériels". "Qu’importe que les ministres soient de gauche ou de droite, qu’importe que les déserts médicaux s’aggravent en France, il ne faut surtout pas restreindre le sacro-saint principe de la liberté d’installation." Quitte à gouverner par la voie des ordonnances.

Face à la grogne générale, "un certain doigté sera nécessaire" pour mener cette réforme santé. "L’administration de la santé l’aura-t-elle ?"

La coercition est dans les débats. Elle est agitée comme un argument électoral susceptible d'apaiser le climat politique. À l'Assemblée, Jean-Carles Grelier, député de la Sarthe, témoigne sur son expérience ratée : « Moi aussi, je pensais que la régulation suffisait. J'ai créé un centre de santé avec des médecins salariés. Aujourd'hui, le centre est vide car, même avec le salariat, je ne trouve pas de médecins. Le problème est mal posé, il n'y a plus de généralistes. Il faut peut-être trouver des solutions pour que les jeunes se dirigent vers ce beau métier, au lieu de se battre comme des chiffonniers. »

Difficile de convaincre quand le problème est mal posé et ne fait que s'adapter avec complaisance aux revendications les plus simplistes.

Crédits photos : [ftl:-]

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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