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La Lettre de Galilée

L’Institut Futuribles, sentinelle de l’innovation sociale. Iconoclaste et tellement stimulant !

De l’Institut Futuribles International on connaît à la fois les fulgurantes prospectives de la revue et le charisme de son patron Hugues de Jouvenel pour les porter sur la scène médiatique. Ses incursions dans le domaine social sont toujours percutantes. Et les trois scénarii imaginés en 1986 avec le concours de Christian Charpy (aujourd’hui patron du Pôle emploi après avoir dirigé le cabinet de Philippe Douste-Blazy) mériteraient encore d’être revisités aujourd’hui : le premier scénario était fondé sur un regain de croissance, le second sur son marasme et le troisième sur une politique volontariste.

C’est en fait à un autre exercice de veille que s’est livré l’Institut en mettant pendant un an « Les politiques sociales au défi de l’innovation ». Avec, cette fois, le concours scientifique de Louis Charles Viossat, ancien directeur du cabinet de Jean-François Mattéi, puis directeur adjoint de celui de Dominique de Villepin et, depuis mai dernier, de retour dans le secteur privé (Laboratoire Abott après avoir travaillé chez Lilly).

A la tête d’un staff d’une dizaine de « veilleurs », ils ont scruté, puis évalué, pendant un an de par le monde, les innovations sociales susceptibles d’intéresser les responsables et acteurs du système français. Sur la centaine d’innovations publiées, une quinzaine sont relatives à la santé, toutes graduées selon leur degré d’avancement : « idée possible », « projet », « état d’avancement », programme en place ».

Au titre des idées possibles, par exemple, celle du « Permis de fumer » imaginé par l’organisme « Health England » dont on peut postuler qu’il ressemble quelque part à notre Haut Conseil de la Santé Publique et qui a suggéré la vente de ces permis à 10€ annuels (fléchés sur le financement du NHS) et dont la présentation serait obligatoire pour acheter des cigarettes ! Technique évidemment radicale de gestion du risque…

Beaucoup moins provocatrice, car déjà opérationnelle depuis 2005 à l’initiative du service de santé estonien : l’idée d’une hot line téléphonique ouverte 24 h x 24 et permettant à quiconque, assuré social ou non, d’avoir au bout du fil un médecin de famille ou une infirmière clinicienne permettant de répondre à une question de santé, de donner un simple conseil ou de relayer sur le service d’urgence, d’orienter éventuellement sur le professionnel le mieux indiqué. Une sorte de « Super-centre 15 » dont seules sont gratuites… les cinq premières minutes histoire de dissuader les bavards. Selon l’évaluation qui en a été faite, ce programme a permis de faire baisser les consultations classiques.

Autre formule visant à désengorger les cabinets de médecine générale de tout un pan de « bobologie » qui les embolise, les « boutiques de santé » (retail clinics, dont la première a vu le jour dans un centre commercial de Minnéapolis en 2000), ouvertes tôt le matin et fermant tard le soir, sont fondées sur le fait que 90% de l’activité d’un médecin généraliste tourne autour d’une dizaine de situations cliniques simples … Une idée pas forcément vouée au succès en France mais qui aurait assurément pu (dû ?) inspirer les promoteurs de la campagne de vaccination contre la grippe A !

Beaucoup moins iconoclaste encore : le DMP sur Google – déjà une réalité et sans doute le seul « vrai » concurrent de notre système domestique - , ou encore le système des « chèque-santé » pratiquement en usage chez nous pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire mais qui pourrait être facilement généralisée en entreprise pour favoriser la concurrence ou, enfin, le développement du « Disease Management » qui ne fait, heureusement, plus vraiment débat aujourd’hui quant à son urgence, au même titre que le développement de la télémédecine (pour porteurs de stimulateurs cardiaques).

L’assurance maladie obligatoire, enfin, se retrouvera confortée dans ses ambitions à la lecture de la fiche descriptive des systèmes « NHS Direct » ou « NHS Choice »… Que les médecins libéraux s’empresseront de réfuter en chœur : l’évaluation a posteriori des hôpitaux et des praticiens directement par le patient/usager. Et le gouvernement, mais il en fait la promesse, serait assez bien inspiré de s’intéresser, lui, au portail américain HHS.gov où les hôpitaux sont notés sur un ensemble de critères, intégrant... le risque de décès dans les 30 jours suivant la sortie du malade.

Toutes méthodes qui peuvent, légitimement ou non, nous apparaître culturellement ou sociologiquement inadaptées mais qui seront discutées vendredi à l’occasion d’un colloque co-organisé par Futuribles et l’EN3S qui comptait au nombre des sponsors de l’étude.

Qu’il nous soit ici permis d’en soutenir au moins deux :

- la première, facile à mettre en œuvre (elle l’est dans les Starbuck’s new-yorkais depuis 2007) d’obliger les restaurateurs (qui nous doivent bien cela après leur contre-performance sur la TVA) à afficher devant chaque plat… sa valeur calorique ;

- la seconde, venue du Canada, consiste à insérer un podomètre… dans les boites des céréales, initiative associée à une campagne télévisée public/privé en faveur de la marche à pied avec collecte des données par internet.

En quelque sorte le mariage du Téléthon et de la lutte contre l’obésité. Une façon de faire entrer la santé publique dans le XXIème siècle !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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