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L’hôpital, rien que l’hôpital

La FHF revendique une plus grande liberté de gestion et une diminution sensible de la pression de la tutelle de l'État au prix d'une politique de terre brûlée à l'égard de la médecine de ville.

Opportune austérité

Le registre lexical du document de la FHF peut surprendre. Comme si plusieurs mains avaient participé à la construction de l'édifice sans un plan de masse commun tant il renferme de contradictions.
Le texte de la FHF commence par un paradoxe : le plan de redressement présenté par Manuel Valls "peut devenir une chance pour le secteur hospitalier". Assertion assez redoutable car si l'on se réjouit de réduire la production des soins au nom des économies utiles, c'est qu'assurément on ne se sent pas concerné. Les économies sont pour les autres. "En clair, poursuit le texte, il s'agit de faire rapidement des économies à court terme, comme la lutte contre les prescriptions inutiles..." mais "les économies seront structurelles avant d'être conjoncturelles".
La réaction du secteur libéral ne s'est pas fait pas attendre, elle l'a même anticipée. Le communiqué de l'UMESPE, organe représentatif des spécialistes rattaché à la CSMF, piloté depuis peu par Patrick Gasser, dénonce "l'entreprise de démolition des ARS". Il est vrai que les 2/3 des ARS sont dirigées par des anciens directeurs d'hôpitaux qui, sortis du moule de l'école de Rennes, ont une conception du service public plutôt hypertrophiée dont la conséquence serait quelques favoritismes un peu trop voyants.

Pourtant la FHF dénonce l'excès de pouvoir des agences. "Le mouvement en cours de centralisation du système de santé doit être stoppé, affirme la FHF et d'ajouter une parenthèse explicite : "tutelle  des ARS, remise en cause de la capacité d'emprunt des hôpitaux, remise en cause du patrimoine des établissements, centralisation extrêmement forte des procédures et décisions d'investissement".
La FHF voue aux ARS un avenir en demi-teinte puisqu'elle propose la réduction de leurs moyens de 50% en cinq ans. Qui serait alors chargé de donner l'impulsion à la dynamique des territoires ? La question est incongrue, car il ne fait aucun doute que, détenteurs à part entière d'une mission de service public, les hôpitaux  seraient investis de cette noble besogne : "l'hôpital public doit devenir localement l'organisateur du système, garant du service public et de l'atteinte des objectifs de santé publique".

Terre brûlée

C'est dans la proposition n° 2,  qu'apparaît dans un halo conceptuel franchement indigeste la notion du service public soutenue par la FHF. Il s'agit pour la puissante fédération de "subordonner les autorisations d'activité et d'équipement aux seuls offreurs de soins engagés dans le service public ". Les cliniques privées, qui pompent 11 milliards à la sécu, sont priées de circuler, "car il n'est pas acceptable que les crédits de l'assurance maladie viennent financer des établissements privés ou des professionnels de santé n'assurant aucune mission de service public." Pour appuyer sa démonstration, la FHF fait référence à l'exemple de l'éducation nationale qui n'autorise le financement public qu'à des établissements sous contrats. Si l'image paraît exagérée, elle n'en demeure pas moins significative d'un état d'esprit car on attend désespérément la définition du service public ou, à tout le moins de l'intérêt général ...introuvable au fil du document.

Le schéma idéal décrit par la FHF se poursuit avec des propositions pour le moins iconoclastes sur la mise au pli de la médecine de premier recours. Puisque "l'hôpital assure les missions que les autres acteurs ne veulent pas ou ne peuvent pas assumer", il appartient à celui-ci de retrouver sa place centrale. La médecine de proximité doit être régulée par la force, permettant "aux coopérations de voir le jour, à la médecine de se structurer et à l'hôpital de retrouver sa juste place".

La FHF propose de transférer les moyens de contrôle des caisses aux ARS pour contrôler les actes inutiles dans la médecine de ville mais demande, pour les hôpitaux, de "stopper définitivement le projet de facturation au jour le jour des séjours des patients qui va générer des coûts administratifs, informatiques élevés dans le seul but de permettre un contrôle détaillé de l'assurance maladie sans aucune plus-value"
En d'autres termes, la fédération hospitalière aspire à détenir seule le monopole du service public mais revendique, paradoxe d'autant plus étonnant, une liberté de gestion qui la rapproche de certaines idées émises par le MEDEF.

Lire : Les étranges convergences entre la FHF et le MEDEF

La dernière proposition de la FHF caresse une ambition gigantesque :  "faire du système de santé et hospitalier un moteur de croissance et de développement économique international". Velléité ô combien louable et sûrement justifiée quand on mesure l'excellence des équipes médicales notamment dans les CHU mais s'appuyant sur un modèle économique monopolistique impliquant la subordination de la médecine de proximité et une politique de terre brûlée pour la médecine libérale.

Crédits photos : O Palsson.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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