La Lettre de Galilée

Bonne année Eugénie

La comparaison des prévisions de l’an neuf avec celles de l’an dix, offre une curieuse asymétrie. D’abord, il y a un an, on présageait l’arrivée d’une pandémie qui n’aura été qu’une grippette à peine un peu plus corsée qu’une épidémie saisonnière.

Il y a un an, le président de la République nous annonçait une crise économique frontale; voilà que nous l’avons dans le dos. C’est en tout cas ce que nous révèle le même président dans ses vœux doucereux à la nation.
Il y a un an, on annonçait une loi HPST révolutionnaire et on ne donnait pas cher des CAPI.
Il y a un an, encore, la presse people s’acharnait avec tapage sur la naissance du bébé Dati. Un an après, on évoque avec une respectueuse compassion la mort de Maximilien, le doyen des Français, à l’âge de 109 ans.

Ainsi se distille notre actualité, va et vient incessant d’événements et de leurs contraires qui aiguisent à 12 mois d’intervalle le même esprit critique avec une remarquable et cynique permanence.
L’H1N1 est l’exemple le plus accompli de l’hypocrisie. Car, en râleurs impénitents, que n’aurions-nous dit si le gouvernement n’avait rien fait.
Les partis d’opposition, Jean-Marie Le Guen en tête, s’indignent de la gabegie de vaccins. Jeu facile dès lors que la menace s’éloigne… et que les élections régionales approchent.
Il est vrai que le ministère de la santé n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : 92 millions de doses pour 5 millions de personnes vaccinées, la marge d’erreur est colossale. Les médecins généralistes vont pouvoir enfin s’occuper utilement à partir de la semaine prochaine. Heureusement, « le ridicule ne tue pas » dit Claude Bronner dans son premier zapping de l’année. Pour le reste, à défaut de centrales nucléaires, la France pourra revendre ses vaccins.

Le renflouement de la balance commerciale (et accessoirement de la trésorerie des fabricants de vaccins qui se disent prêts à discuter) avec le déficit de l’assurance maladie, une première en économie politique, est plutôt de nature à contrarier le directeur de la CNAMTS. Car si se confirme l’embellie économique sur laquelle Nicolas Sarkozy fonde son optimisme, les résultats de l’assurance maladie, que la crise avait considérablement ternis en 2009, se révèleront avec plus d’éclat. Or, le dispositif contre la grippe A coûte aussi cher que certaines économies attendues.

Et notre homme, qui vient d’en reprendre pour 5 ans, a des comptes à régler avec la loi HPST qui a failli arracher à l’assurance maladie ses derniers oripeaux. Le relatif effacement de la ministre en attendant sa sortie supputée lors du prochain remaniement laisse le champ libre à Rocky pour un moment. Les animaux politiques ont horreur du silence. Et celui des ARS, nouveaux fusibles pour circuits présidentiels en surtension, est particulièrement assourdissant.
Autant de raisons pour l’assurance maladie de fourbir ses armes et de démontrer le moment venu sa capacité à équilibrer les comptes de la santé. On parie même sur le zinc de certains bistrots de la Porte de Bagnolet que les ARS ne dépasseront pas le quinquennat.
La vague des CAPI aussi inattendue pour les syndicats de médecins que –il faut bien le dire– pour l’assurance maladie, serait bien le signe d’une restructuration profonde du système conventionnel. Quel syndicat va se saisir de cette donnée sociologique indéniable ? La rubrique nécrologique s’ouvre en 2010 pour la médecine du baby-boom. C’est une nouvelle médecine qui s’annonce, avec des nouveaux cadres juridiques, des nouveaux rapports avec les payeurs, des nouvelles technologies…

La plutôt bonne nouvelle du 31 décembre est pour Barack Obama dont la cote de popularité commençait à s’essouffler (et accessoirement pour les 31 millions d’américains concernés). Le projet de loi sur la couverture maladie américaine, l’une des mesures-clés du programme présidentiel, a franchi la barre du Sénat. Il reste à le fusionner avec celui déjà voté par la Chambre des Représentants en novembre. L’équivalent de notre commission mixte paritaire en quelque sorte, avant sa promulgation par le président fin janvier.

Les bonnes nouvelles viendraient-elles d’outre-Atlantique ?
Probablement.
Nous ne résistons pas à celle-ci, qui nous vient des Antilles, la doyenne des Français, 114 ans le mois prochain, s’appelle Eugénie Blanchard et habite à Saint-Barth.

Bonne année Eugénie !

Et tous nos vœux de réussite et de bonheurs, petits et grands, à nos fidèles lecteurs.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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