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La Lettre de Galilée

Les premières volutes de fumée de l’an neuf

Le seul motif d’autosatisfaction des pouvoirs publics dans les premières heures de la nouvelle année a été de constater que l’interdiction de fumer dans les lieux publics n’avait pas provoqué de soulèvement populaire... Ni même de marques de désobéissance civile susceptible d’ébranler la conviction de la ministre de la santé, partie mesurer elle-même, dès le 2 janvier, la pureté de l’air dans une brasserie parisienne.
Paradoxalement -le phénomène est sociologiquement intéressant- l’interdiction de fumer regroupe régulièrement, à la porte des immeubles, des communautés d'« accros » qui, au-delà de la drague, confirme la dimension sociale de la cigarette. Et si, au final le besoin de rencontre qui caractérise notre époque était plus fort que l’interdiction...
Autre sujet d’interrogation : la grève hospitalière. Allumée le 24 décembre, sera-t-elle un simple feu de paille ? Les urgentistes et les anesthésistes réanimateurs, qui font une grève à la japonaise puisqu’ils continuent d’assurer les astreintes, savent bien que la paille humide dégage une fumée âcre et épaisse qui fait tousser la ministre sur la question embarrassante du paiement inégalitaires des gardes. Reste à savoir comment seront répartis les 700 millions d'euros que la ministre vient, ce lundi, de mettre sur la table.
2008 est aussi l’année de la mise en oeuvre des franchises. Fermement combattu par l'opposition, le dispositif vient de passer le cap du Conseil constitutionnel qui a estimé que leur montant ne remettait pas en cause ni le droit universel à la santé, ni l’égalité devant la solidarité. Voilà donc un souci de moins pour le gouvernement sur un sujet, qui aurait pu s’embraser sous les « bufadou » de gauche, si les sages du Palais Royal lui avait donné tort. D’autant que, pour la première fois, l’image du président de la République (comme l’activité économique d’ailleurs) n’a pas été dopée par les fêtes de fin d’année et la crédibilité du pouvoir issu des idées de mai commence à s’essouffler.

Il faut dire que, pour le moment, personne ne s’est trop rendu compte de la façon dont le système allait fonctionner. A commencer par les patients qui, pour une large partie des actes, bénéficient du tiers payant et pour lesquels la retenue se fera sur les remboursements consécutifs. Les caisses d’assurance maladie vont mettre en place un compteur individuel, accessible sur Internet, pour vérifier régulièrement si le plafond de 50 euros par an n’est pas dépassé.

Pourquoi faire simple… Le système n’a pas fini d’alimenter la chronique des histoires à dormir debout.
Les franchises ont donc reçu la bénédiction constitutionnelle mais on notera au passage qu’il faudra, au gouvernement, faire preuve d’imagination pour réintroduire dans des supports législatifs nouveaux deux mesures considérées par le Conseil constitutionnel comme des « cavaliers » inopportuns : l’instauration de sanctions pour les laboratoires qui ne réalisent pas d’étude postérieure à la mise sur le marché d’un médicament, et la possibilité pour les hôpitaux de recruter à temps partiel des médecins libéraux.
Le moral des français est en baisse. C’est enfin ce qu’affirment les économistes. La question de l’accessibilité du système de soins par les assurés sociaux les plus démunis sera en 2008 une question centrale et le déplacement de la ministre dans un centre de paiement de la région parisienne pour remettre à des assurés sociaux les premiers chèques santé est chargé de sens.

Au chapitre des petites fumées qui font écran, on soulignera la remise au gouvernement du rapport de mi-parcours de la « commission de concertation relative aux missions de l’hôpital » par son animateur Gérard Larcher qui l'a commenté face à la presse à la veille de Noël.
Court, incisif et pertinent, ce rapport donne néanmoins le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes tant il est vrai que « les questions qui restent à résoudre », qui constituent l’essentiel du document, et qui trouvent un écho inévitable dans la conférence de presse présidentielle de ce mardi, sont les mêmes depuis 20 ans : continuité des soins, gradation des soins dans le cadre de filières et de réseaux, territorialisation (concept ô combien à la mode depuis la réforme hospitalière de 2003), régulation des tarifs, pilotage à repenser, capacité de l’hôpital à attirer les compétences…
La remise de ce document intervient concomitamment à la publication par la DRESS d’une étude sur l’activité des hôpitaux en 2006 et qui révèle une augmentation de 2,6% de l’activité derrière laquelle apparaissent des différences importantes entre les disciplines.
Les petits incendies qui éclatent ici ou là ne sont peut être pas infondés… et dans ce genre de situation, les pompiers recommandent de ne pas laisser les portes ouvertes.
Ainsi, l’année 2008 commence par des petites bouffées de fumée qui s’élèvent dans l’air en petites circonvolutions. Le tout est de pouvoir repérer les feux qui couvent sous la cendre.
A tous et chacun, l’équipe de La Lettre vous présente ses meilleurs vœux pour 2008

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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