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Les interventions non médicamenteuses (INM) à la toise

L'évaluation des interventions non médicamenteuses est-elle possible au même titre que les interventions médicales ? Des chercheurs se réuniront du 19 au 21 mars à Montpellier pour répondre à cette question

Une question préliminaire mais essentielle : de quoi s'agit-il ?

Traitement et soin

Lors du dernier congrès sur les INM le cancérologue Henri Pujol, longtemps président de la Ligue contre le Cancer, disait : "il y a d'un côté les traitements, il y a de l'autre les soins. Les malades ne veulent plus être traités, ils veulent être soignés. Les traitements, en cancérologie,  nous les connaissons, il n'y en a que trois : la chimie, les rayons, la chirurgie. Les soins en revanche c'est tout les reste (...) ".
La plaquette de la conférence organisée par l'ICEPS donne une définition plus précise : "Les interventions non médicamenteuses prennent la forme de produits, de programmes ou de services . Dans la majorité des cas, elles complètent les traitements médicamenteux, chirurgicaux et de radiothérapie conventionnels. Les INM couvrent les domaines de la nutrition, des thérapies physiques, des activités physiques adaptées, des psychothérapies et de  l’éducation pour la santé."

Henri Pujol poursuivait en précisant que "pendant longtemps, on croyait que les traitements visaient la quantité de vie, que les soins visaient la qualité. On s'aperçoit aujourd'hui que les soins peuvent intervenir sur la survie elle-même".
Passées à la moulinette des économistes, les INM doivent subir les mêmes règles d'évaluation que le autres interventions médicales, médicamenteuses ou non, basées sur les preuves de l'efficacité (la satisfaction n'est pas l'efficacité dit la plaquette), les preuves du bénéfice.

Un périmètre sans fin

La définition donnée par Grégory Ninot et les chercheurs de l'ICEPS reste néanmoins circonscrite à des interventions identifiables : nutrition, exercice physique, prise en charge psychologique... autant d'interventions dont la discipline est posée sur des concepts clairs et tenue par des professionnels reconnus.
Le recours à ce que les anglo-saxons appellent les complementary  alternative medicine (CAM) est cependant plus fréquent qu'on ne l'imagine et, surtout, fait appel à des domaines plus vastes, parfois même à la limite de la charlatanerie. On y trouve au-delà de l'acupuncture et autres thérapies orientales, les plantes, les injections de gui, la relaxation, l’hypnose, le spiritisme...
La littérature scientifique sur le sujet révèle qu’un bon 1/3 des patients atteints notamment de cancer recourt à des médecines dites « complémentaires ». La thèse de médecine soutenue par Corinne Morandini en 2010 montre que la les médecines alternatives et complémentaires touchent tous les pays. L’enquête menée en Rhône Alpes par l’auteure de la thèse dans les centres anticancéreux avançait le chiffre de 39,6% de patients qui ont recours à ces médecines parallèles pour soulager les effets secondaires des thérapies lourdes.

On pourra s'interroger sur la signification du recours des patients à ces alternatives. Dans un des articles de La Lettre de Galilée, nous disions que l’histoire de la médecine avait décrit un curieux paradoxe. Alors que les techniques médicales ont fait des progrès inimaginables, le médecin a dégringolé curieusement de son piédestal. Le patient en vient progressivement à douter d’une médecine trop technique et va reléguer le médecin dans un rôle de fournisseur de bien-être, lui préférant parfois des médecines plus exotiques inspirées de l’Asie, des remèdes de grand-mère, des rebouteux et autres magnétiseurs.
Le regard que portent les patients sur leur médecin a suivi une évolution bizarre : la confiance accordée aux médecins a été inversement proportionnelle à l’efficacité de la médecine.
L’économiste Claude Le Pen décrit parfaitement « la métamorphose » du médecin dans un ouvrage de 1999[1]. « Le médecin se meurt… » dit-il dans le plat-verso de son livre. Passant d’un statut d’artisan (ne dit-on pas que la médecine est un art ?) à celui d’un technicien, le médecin entre dans une logique médico-économique. Autrefois notable respecté, à l'écoute et écouté, ayant « fait ses humanités », le médecin est issu aujourd’hui des classes scientifiques et se conduit comme un technicien qui applique des procédures. La magie a disparu, la technique a pris le relais.

L'évaluation des INM souhaitée par les chercheurs de Montpellier est donc plutôt une bonne chose, ne serait-ce que pour mettre en lumière l'importance de la relation entre le patient et le soignant dans la conduite thérapeutique

[1] Claude Le Pen : les habits neufs d’Hippocrate – du médecin artisan au médecin ingénieur, Calmann-lévy, 1999.

 

Crédits photos : Community Eyes Health

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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