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Les Français parlent aux Français

Éditorial de la 378

8 minutes. C'est le temps que mettent les Français en moyenne pour se rendre chez leur médecin généraliste selon une nouvelle étude de l'Irdes sur l'accès aux soins ambulatoires (généralistes, spécialistes et chirurgiens-dentistes) en France et les distances parcourues par les patients.  Pour les spécialistes, c'est entre 18 et 22 minutes. Surprenant ? Faut-il rappeler que 84 % des Français ont un médecin généraliste dans leur commune de résidence ?

Lire : Et si les déserts médicaux étaient un mirage ?

L'étude de l'Irdes recoupe 3 indicateurs connus : l'accessibilité potentielle localisée (APL), le temps d'accès par la route au travers d'une maille territoriale regroupant les 6 zonages d'aires urbaines définis par l'Insee. On y apprend -sans surprise- que plus l'offre de soins est proche, plus on consulte... Ainsi, "il existe un gradient important de recours aux soins selon la distance d’accès au spécialiste le plus proche : 12 % des individus qui résident dans une commune où exerce au moins un dermatologue y ont recouru, contre 8 % de ceux habitant entre 16 et 30 minutes du dermatologue le plus proche et 7 % pour ceux situés à plus de 30 minutes." (p.5)

Lire : Médecine de proximité, retour sur les fondements d'un slogan politique

Ce n'est pas le cas pour les consultations chez le chirurgiens-dentistes. Le taux de recours (39% en moyenne) est assez constant selon les zonages urbains sauf pour les communes très éloignées; "les variables d’offre semblent avoir peu d’influence sur le recours aux chirurgiens-dentistes en comparaison des variables socio-économiques qui apparaissent déterminantes". Rire général, même chez les sans-dents ?

Lire : La révolution du premier recours

D'une manière générale, ce sont les pauvres, les chômeurs, les inactifs et les CMU qui parcourent le moins de distance pour consulter (p.6). L'étude ne le dit pas, mais peut-on en conclure que quand on est riche on peut se permettre de choisir son praticien ?

Lire : Bassins de vie, zones d'attraction, quel territoire pertinent ?

Autre sujet politique : la vaccination. L'Institut de Veille Sanitaire (InVs) a publié le 6 octobre dernier une étude sur l'impact d'une campagne de promotion de la vaccination auprès des professionnels de santé de l'hôpital de Rouen. Les résultats sont assez édifiants : la campagne de vaccination menée par l'agence régionale de santé de Haute-Normandie dans les établissements de santé volontaires "n’a pas eu l’impact souhaité" puisque la couverture vaccinale des professionnels de santé a même baissé entre 2014 et 2015. 41% des professionnels de santé jugent le vaccin inefficace, 28,6% craignent des effets secondaires ou des douleurs liées à l'injection (p.14) . Et seulement 5,3 % des professionnels de santé se sont fait vacciner à la suite de la campagne... Selon différentes études (notamment une étude de l'InVS aussi de 2010), la couverture vaccinale des professionnels de santé est estimée entre 25 % et 34 %. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres...

Lire : Polémiques, crispations et conflits d'intérêts autour de la vaccination.

Une étude du Conseil d'Analyse Économique remise au Premier Ministre le 6 octobre dernier sur la dépendance  qui représente en 2011 entre 41-45 Md€ (dont 23 Md€ de dépenses publiques) propose des pistes de réformes de son financement.

  • Soit une réforme qui conserve la logique actuelle : fusion de l'aide personnalisée à l'autonomie (APA) et de l'aide sociale à l'hébergement (ASH) "qui couvrirait l’ensemble des dépenses de dépendance autres que les soins, y compris le surcoût d’hébergement dû à la dépendance" (p.11), pour limiter le reste-à-charge des personnes âgées (dont la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie souligne le poids dans son dernier rapport annuel) l'étude propose un prêt-dépendance, sorte de viager amélioré, qui permettrait de financer la prise en charge ou de servir de prêt relais avant la vente du logement par la famille.
  • Soit une réforme "ambitieuse" et "à deux étages" :
    • pour le risque de dépendance lourde, une assurance mutualisée et obligatoire couvrant l’intégralité de la population ;
    • pour les situations de dépendance légère, un financement public sous condition de ressources.

"On pourrait concevoir soit une assurance publique comme une nouvelle branche de la Sécurité sociale, soit une assurance obligatoire et mutualisée sur la base d’un contrat défini par la puissance publique dont la gestion serait confiée à des assureurs privés en concurrence régulée." (p.12) Voilà le 5ème risque de nouveau sur la table. On se souvient du rapport d'Hélène Gisserot en 2007, de la mission commune du Sénat pour la création d'un 5ème risque, son enterrement discret par François Fillon en 2011...

Encore faut-il que les crédits de la CNSA soient utilisés pour la dépendance. Car, depuis sa création en 2004, outre les 4,5Md€ initialement fléchés pour les personnes dépendantes, mais qui sont attribués arbitrairement aux établissements de santé, l'article 50 du projet de loi de financement de 2016 prévoit de prélever une nouvelle fois "à titre exceptionnel" 50 M€ sur les fonds de la CNSA pour aider les départements à financer ... le RSA. Une nouvelle fois car en décembre dernier, 50M€ avaient déjà été prélevés pour aider les départements en situation de fragilité. La CNSA représente une cagnotte juteuse de 700M€, bien loin d'être sanctuarisée. 

Et l'annonce par Najat Vallaud-Belkacem en août dernier de renforcer la sécurité des universités et de payer des vigiles en puisant directement 30M€ sur le Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la Fonction Publique (FIPHFP) a de quoi hérisser le poil tant le tour de passe-passe budgétaire est cynique.

Mais l'Histoire a montré que quand les Français parlent aux Français, tout le monde ne comprenait pas le message...

Crédits photos : Andrew Taylor.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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