Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Les faits secondaires de l’actualité médicale

Les faits secondaires de l’actualité médicale

Éditorial de la 343

L’accident d’essai clinique survenu à Rennes a remis le projecteur sur les questions de santé. Il faut un pépin de ce genre dans un environnement plat pour que le buzz médiatique joue en faveur des toubibs et remette sur la nappe à carreaux la vaisselle conventionnelle. Pour concurrencer nos petits drames hexagonaux Ouagadougou était bien trop loin !

Nous le disions dans nos précédents articles (ici, ou encore ) et Claude Bronner dans son Zapping n° 113 le dit aussi : « 2015 aura été d'abord une année très sombre pour la France avec les attentats des 7 janvier et 13 novembre. Sans aucun rapport, bien évidemment, ils auront curieusement réussi à chaque fois à mettre fin à des actions très importantes des professionnels de santé ».

Si « l’assassin court toujours », les attentats de Paris auront au moins permis à Patrick Pelloux de vendre un nouveau livre pour nous annoncer, comme il l’a fait au Parisien, qu’il allait se consacrer à la médecine (Sic). On peut-être sûrs que si l’on n’a pas entendu parler de la grève des médecins libéraux, on risque à nouveau d’entendre parler de celles des urgentistes.

Rendez-vous compte, malchanceux libéraux, le mot d’ordre avait été lancé pour le 13 novembre ! Et pour une fois, les syndicats de médecins libéraux, comme dans les coups durs (1995, souvenez-vous) montraient une unanimité sans failles capable de faire vaciller Marisol Touraine aussi raide dans la voix que Juppé était droit dans ses bottes.

Pas de pot, les Parlementaires tout émoustillés de se rendre à Versailles pour voter un état d’urgence avec la conviction larmoyante de vivre un moment historique, auront oublié de lire les multiples amendements d’une loi déjà bien défigurée.

En fin de compte, c’est après le vote, le 17 décembre, que, dans un sursaut magnanime, plusieurs recours, devant le conseil constitutionnel, ont été déposés.

Celui qui nous intéresse ici est celui sur le tiers payant généralisé. Sujet d’autant plus épineux que le public y est très favorable (tautologie direz-vous quand il s’agit de ne pas payer) et que la dispense d’avance des frais existe déjà pour 70 % des actes.

Le paiement direct, vieux principe de la médecine libérale, repose sur une disposition législative de 1971, entérinant la première convention médicale nationale conclue à l’époque entre Derlin le sphinx de la Cnamts, et Jacques Monnier le président de la CSMF.

Même s’il se perpétue de convention en convention depuis 45 ans, le principe du paiement direct ne bénéficie pas pour autant d’une valeur constitutionnelle et une loi de 2015 peut parfaitement balayer une autre loi de 45 ans son aînée.

Alors ? Alors il sera bon de suivre la dissertation des sages du Palais Royal sur l’argument relatif à « la liberté d’entreprendre » utilisé par les sénateurs. En quoi le tiers payant généralisé peut empêcher ou freiner la médecine entrepreneuriale si chère notamment à l’Umespe, la branche spécialiste de la CSMF ?

Le problème est bien que la médecine libérale n’est pas vue comme un système créateur de valeur ajoutée mais comme un système dépensier d’argent public. Comme dans la plupart des pays industrialisés, et même les autres, la priorité des gouvernants est de réguler les dépenses de santé sans se préoccuper de savoir si l’argent économisé est lui-même créateur de richesses. Alors autant rendre le paiement invisible aux yeux d’un usager devenu ainsi totalement irresponsable.

Même s’il apparaît avec moins d’évidence, l’industrie pharmaceutique souffre de la même ambiguïté. Le LEEM a beau se battre comme un diable dans un bénitier, il peine à convaincre la gente publique que chaque euro arraché au bénéfice de l’industrie est amputé à l’innovation et à la santé du futur.

Le tiers payant, vétille juridique, est au fond une question de regard sur la médecine et de rapport de force.

Et il n’est pas sûr que la « désobéissance civile » soit bien comprise des citoyens.

Après les attentats de novembre, les turbulentes élections régionales de décembre, auront éclipsé les conséquences d’une autre élection : celle des URPS. On en aura peu parlé.

Il est clair qu’avec une participation de 39%, en recul de 5% par rapport à 2010, les médecins libéraux se désengagent. Autrefois l’un des corps de métier les plus syndicalisés, les plus organisés et les plus pugnaces, la médecine libérale est aujourd’hui dans l’oubli. Pour les 61 % d’abstentionnistes, il n’est pas sûr que le tiers payant soit une priorité.

Crédits photos : Eric Parker

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Élections professionnelles des médecins : une rentrée musclée

A en croire les gesticulations des syndicats de médecins à l’approche de ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer