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Les étranges convergences entre le MEDEF et la FHF

À quelques semaines d’intervalle, la Fédération Hospitalière de France et le MEDEF publient leur plateforme respective. On y relève quelques étonnants points communs.

La Lettre de GaliléeAllons donc ! Ne nous mettons pas à imaginer que les scribouillards de la Fédération Hospitalière de France et les gratte-papier du Medef se réunissent à la nuit tombée pour tremper leur plume dans le même encrier quelque part entre l’avenue Bosquet et la rue Cabanis.
Notons seulement qu’à la lecture des propositions de la FHF, présentées par son fringant président, Frédéric Valletoux, le 11 avril dernier, on y pêche quelques similitudes avec la "contribution du Medef au débat sur la stratégie nationale de santé" parue en février dernier.

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Desserrer l’étau de l’État

O n peut s’en douter, quand l’État annonce 10 milliards d’économie sur l’assurance maladie, on entend rugir des sauve-qui-peut dans les fonds de cales. Même s’il n’est pas facile à identifier, le plan de redressement économique annoncé par le premier ministre aura au moins la vertu de stimuler les cerveaux de l’intelligentsia sanitaire pour trouver des exécutoires et sauver son pré-carré.

La FHF en vient à considérer le plan comme une chance pour l’avenir du secteur hospitalier.

La FHF en vient à considérer le plan comme "une chance pour l’avenir du secteur hospitalier. En clair, il s’agit de faire rapidement des économies à court terme, comme la lutte contre les prescriptions inutiles, tout en mettant fin à l’inflation de procédures bureaucratiques source de surcoûts prohibitifs".

On trouve un peu plus loin le rappel d’un principe qui s’annonce au menu comme un véritable réquisitoire contre la tutelle : "Le mouvement en cours de centralisation du système de santé doit être stoppé (tutelle des ARS, remise en cause de la capacité d’emprunt des hôpitaux, remise en cause du patrimoine des établissements, centralisation extrêmement forte des procédures et décisions d’investissement)…". Le document, rageur, ne peut être plus clair, car en effet, c’est dans la proposition n° 6 que la FHF abat ses cartes.

La Lettre de GaliléeLe feu couvait depuis la loi du 21 juillet 2009, l’arrivée des ARS a été mal vécue. Dépitée, la FHF indique de guerre lasse que "la mise en place des ARS s’est traduite par une bureaucratisation du système de santé, là où le législateur attendait au contraire une meilleure coordination des actions".

Fatigués d’être "soupçonnés d’irresponsables et n’avoir aucun sens de l’intérêt général", les gestionnaires des établissements publics de soins demandent de "recentrer les ARS sur leurs missions stratégiques et diminuer de 50% en 5 ans leurs moyens en personnels."

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Pour d’autres raisons (celles liées aux différences de traitement entre le public et le privé), le MEDEF exprime la même chose :
"Le régulateur (ARS) est nécessairement juge et partie : comment être neutre lorsque les moyens alloués le sont entre des établissements administrés par la puissance publique (les hôpitaux) et des établissements privés à statut commercial".

Le document du MEDEF dit un peu plus loin :
"Le pilotage stratégique, qui relève par définition de l’Etat n’est pas suffisamment affirmé, et n’est pas suffisamment distinct de la mise en œuvre opérationnelle".
C’est la raison pour laquelle les patrons optent pour une "responsabilisation accrue des directeurs généraux d’ARS" en veillant à ce que l’État cesse d’être à la fois le régulateur et gestionnaire des hôpitaux.

Les hôpitaux comme moteurs de la croissance

Le MEDEF se déclare donc favorable à une "véritable autonomie de gestion" des établissements de soins "en favorisant la contractualisation entre l’assurance maladie et les fédérations hospitalières".
Nous voilà, avec le MEDEF, revenus 40 ans en arrière, à l’époque où l’assurance maladie, cogérée par FO et le CNPF, finançaient les hôpitaux au prix de journée et assuraient l’investissement par des emprunts à taux zéro (quand il ne s’agissait pas carrément de subventions non remboursables).

La FHF, certes nostalgique, ne va pas jusque-là puisqu’elle réclame de "stopper définitivement le projet de facturation au jour le jour des séjours des patients qui va générer des coûts administratifs, informatiques élevés dans le seul but de permettre un contrôle détaillé par l’Assurance Maladie sans aucune plus-value".
En revanche, dans sa proposition n° 7, la FHF réaffirme qu’avant d’être une charge pour les comptes publics, le système de santé et les hôpitaux peuvent devenir "un levier de croissance considérable" et une économie exportatrice de "l’excellence française".

"Il faudra aussi engager une véritable « réingénierie » du système de santé, c’est‐à‐dire la promotion d’une « vision d’ingénieur » s’appuyant sur l’économie de la santé du futur, domaine dans lequel la France dispose des atouts pour le développement d’une offre d’excellence (médecine personnalisée et régénératrice, immuno‐vaccins, hôpital numérique, industrialisation de la télémédecine...)". Et ça, c’est le MEDEF qui le dit.

La fédération hospitalière aspire donc à se dégager de la tutelle en recourant, comme dans les entreprises privées, à des commissaires aux comptes.

Le MEDEF rejoint aussi la FHF sur la valorisation du patrimoine immobilier des hôpitaux.

Si elle ne manque pas d’idées pour le développement de la chirurgie ambulatoire et l’hospitalisation à domicile, deux secteurs susceptibles de créer des nouveaux métiers (il y a déjà 1 million de personnes qui travaillent dans les hôpitaux, affirme-t-elle, générant 2,5 millions d’emplois indirects), allant même jusqu’à évoquer le développement du concept "d’hôtels hospitaliers", la FHF ne va pas jusqu’au bout de son raisonnement. Car enfin, la bouillonnante fédération n’aborde pas le "comment".
Le MEDEF avance, lui, quelques analyses, dont la FHF pourrait utilement s’inspirer.
S’appuyant sur le rapport de l’OCDE, panorama de la santé en 2013, le document du MEDEF montre bien le drame français. La France est le pays (voir page 155 du rapport de l’OCDE) dans lequel la part publique des dépenses est la plus importante avec "un reste à charge des patients (...) l’un des plus bas du monde (8% des dépenses contre 20% dans l’OCDE)". Cette donnée, à elle seule, justifie l’intervention pesante de l’État et les politiques de restriction budgétaire destinées à alléger le déficit public au regard des critères de Maastricht.
Alors bien sûr, on peut rêver d’exporter "des hôpitaux clés en main", comme le suggère la FHF, histoire de faire entrer dans la balance commerciale quelques devises bienvenues de pays émergents, mais l’essentiel de la valeur ajoutée viendra du développement d’un secteur libre et concurrentiel et du recul du financement public.
Le MEDEF a au moins le mérite d’aller jusqu’au bout de sa démonstration économique. Son "modèle réaliste" se situe entre un modèle étatique, redoutable, et un modèle purement concurrentiel, redouté.

La plateforme de la FHF ne s’aventure pas sur le terrain de la réforme du financement de l’assurance maladie. C’est là où s’arrête la convergence.

Crédits photos : UMP photos, Dilona.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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