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Les colonels, les gorilles et les plantons

Éditorial de la 350

Après le premier round du kriegsspiel conventionnel, les augures restent sombres sur l’issue d’un accord concluant pour la fin de l’été. Même si les 5 syndicats représentatifs se sont mis d’accord sur un socle commun de revendications, les économies drastiques prévues (3 Mds d’euros par an jusqu’en 2017) restreignent d’autant le cadre des négociations. Si le Ministère laisse la porte ouverte sur une revalorisation des rémunérations, reste à savoir "sous quelle forme, de quelle manière et à quel rythme" a hasardé Marisol Touraine le 21 février dernier au micro de RTL. La partie reste à jouer.

Lire : Conventionnement des professions libérales, la fin d'un système ?

Profitant du flou juridique de la convention (article 42.1), les syndicats de médecins, MG-France et CSMF en tête, avait appelé leurs adhérents à majorer leur consultation pour le début d'année "avec tact et mesure" au-delà de 17h. De quoi montrer ses biceps… et irriter les associations de consommateur. Ainsi, 60 Millions de consommateurs a voulu en savoir plus et a demandé l’Assurance maladie des chiffres pour cerner l’ampleur du phénomène : certes, "ces résultats font apparaître une hausse du nombre de consultations donnant lieu à dépassement, avec une accélération du mouvement à partir de la deuxième semaine du mois de janvier 2016". Mais la démarche est "minoritaire, pour ne pas dire anecdotique": moins de 2 % des consultations ont été facturées avec un dépassement d’honoraires égal ou supérieur à 2 € sur les cinq premières semaines de 2016. A peine 675 médecins de plus qu’en 2014. L’association pointe du doigt également le possible "renchérissement des cotisations des organismes complémentaires l’année suivante".

Après le hara-kiri du sous-lieutenant Dietrich la semaine passée, la démocratie sanitaire revient sous les feux de la rampe. On avait lu, avec une certaine circonspection, la diatribe contre Christian Saout, l’indétrônable et iconoclaste patron du Collectif interassociatif sur la santé (CISS), par Dominique Dupagne, pour qui cette "institution financée à 80% pour les pouvoirs publics" représente moins les malades qu’elle ne "soutient activement ou passivement les initiatives gouvernementales". Mais aujourd’hui, ce sont deux associations de consommateurs UFC-Que Choisir et l'Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) qui critiquent dans une lettre ouverte à la Ministre la mise en place de l'Union nationale des associations agréées d'usagers du système de santé (Unaass), prévue par l’article premier de la loi de modernisation de la santé, où le CISS dispose déjà dans le comité de préfiguration de 8 représentants sur 10. La démocratie sanitaire est-elle prise en otage ? En tous cas, on apprend, au détour d’un sondage Odoxa, que 75% des Français estiment que la santé est trop absente des débats électoraux. Un enjeu politique à ne pas négliger…

Lire : Sa-out ! buzz et place de Grêve

Après le scandale du Mediator, Marisol Touraine avait lancé, en juin 2014, la base Transparence Santé pour permettre "à chaque citoyen de connaître l’existence de liens d’intérêts" entre les entreprises de santé et les professionnels de santé. Mais aujourd’hui, alors même le Conseil d’Etat avait exigé plus de transparence le 24 février 2015, l’accès à cette base est toujours très compliqué. La CNIL empêche toute agrégation des données, utilisation de moteur de recherche ou publication des identités. Et même si le citoyen lambda peut accéder à une donnée, toute référence ou tout barème permettant de comparer les données est jalousement gardé. De là à ce que le citoyen devienne un lanceur d’alerte, il y a loin de la coupe aux lèvres. Et sans possibilité de connaître le nom, la démocratie a encore du chemin à parcourir dans l’open data.

Un peu comme la nomination des 32 DG des CHU. Mais, chut c'est un autre sujet...

Crédits photos : Chewk.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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