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Les Big Pharma peinent à innover

Une étude d'Idea Pharma classant les 30 laboratoires pharmaceutiques les plus innovants vient d'être publiée. En tête de classement : Johnson & Johnson, Takeda (+14 places par rapport à 2014) et Novo Nordisk (+15). Trois constats : ce ne sont pas les plus gros poids lourds en termes de chiffres d'affaires qui sont représentés, ils le sont d'ailleurs moins qu'en 2014 et les labos français ne sont pas dans le Top 10. Quelles en sont les raisons ?

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Du marketing plutôt que de l'innovation ?

Les Chroniques d'un jeune médecin quinquagénaire reviennent sur un ouvrage de Peter Gøtzsche, intitulé Psychiatrie mortelle et déni organisé (en anglais) qui décrypte la novlangue de bigpharma. Et notamment l'évolution des noms des médicaments qui s'adoucissent et séduisent davantage au fil du temps pour s'adapter et mieux toucher leurs cibles. "Les noms commerciaux des médicaments sont de toute évidence l’objet d’études savantes (études marketing s’entend) car leur influence sur la perception par les médecins en dépend. Dans le genre, Aerius (Desloratadine) est une merveilleuse trouvaille pour la rhinite allergique – alors même qu’il n’apporte rien de nouveau par rapport à la Loratadine (La Revue Prescrire Décembre 2011/Tome 31 N°338 p 906, Desloratadine, juste un métabolite de la Loratadine). Pourtant peu après son lancement dans les années 2000, il caracole en tête des ventes des antihistaminiques loin devant la Clarityne (qu’il remplace pour cause d’obsolescence de brevet) et de ses génériques. Bien que l’effet soit le même, il est si facile de retenir que l’Aerius est plus efficace que la Loratadine."

Lire : l'innovation en santé est-elle un moteur de croissance ?

Au-delà de l'anecdote du nom de médicaments, Philippe Escande dans Le Monde avance 4 hypothèses pour expliquer la "fièvre des fusions-acquisitions" : pour lui, "l’argent est abondant et très bon marché du fait des taux d’intérêt très bas. Ensuite, la taille permet de dégager des synergies en matières de coûts et de peser dans les négociations tarifaires. Ajoutons à ces motifs généraux, la pratique désormais courante du nomadisme fiscal (...) La dernière cause de cette fièvre est plus spécifique à l’industrie pharmaceutique. C’est l’effet de ciseau meurtrier entre des coûts de recherche et de développement qui explosent et un nombre de médicaments très rentables qui diminue.". Ainsi, puisque l’argent n’est pas cher, on court-circuite la longue et coûteuse phase de recherche et développement : il suffit de racheter de nouveaux médicaments mis au point par un concurrent. Et si possible en visant les secteurs en forte croissance.

La fin des brevets et la concurrence générique

Dans les années 1990, un nombre très importants de médicaments sont lancés qui tombent aujourd'hui dans le domaine public, créant ainsi une forte concurrence des modèles génériques. Le rapport Idea Pharma révèle ainsi que la concurrence des génériques a occasionné une perte de revenus de 2,8 millions de dollars en 2015 pour Novartis.

Lire : le rapport de l'OCDE pointe du doigt la dérive du coup des médicaments

Par ailleurs, les champions de l'innovation ont tendance à se spécialiser sur des marchés spécifiques. Comme le note Jean-Yves Paillé pour La Tribune, "on note que trois des cinq premières entreprises de médicaments en termes d'innovation tirent une grande part sinon une majorité de leurs revenus d'un domaine précis. Pour Novo Nordisk (2e), 85% de ses produits sont dédiés à la lutte contre le diabète et l'obésité. Gilead (4e) se focalise sur les antiviraux (les deux tiers de ses revenus)  prescrits contre l'hépatite C (dont le fameux Sovaldi) et le VIH. Abbvie (5e) concentre plus de la moitié de ses revenus dans des traitements contre la polyarthrite rhumatoïde (mais développe plusieurs traitements contre l'hépatite, ou encore dans l'oncologie)." 

Ces entreprises innovantes connaissent une très forte croissance : "le chiffre d'affaires de Novo Nordisk a bondi de 22% sur l'année 2015, celui d'Abbvie a gagné 18% au troisième trimestre, quand Gilead a vu ses revenus enfler de 31%, alors qu'aucun des cinq plus gros géants pharmaceutiques n'atteint une croissance à deux chiffres, subissant même pour certains un recul de leurs revenus avec les effets de change".

La Lettre de Galilée

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Crédits photos : Alvaro Tapia.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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