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La Lettre de Galilée

L’École de la Sécurité Sociale, cette belle inconnue

En 1960, l’Etat met de l’ordre dans les organismes de la sécurité sociale : il sort le décret du 12 mai, véritable « loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat » dans la sécu.
Églises ? Le terme « chapelles » est plus approprié tant il est vrai que le texte vise les syndicats de salariés auxquels le gâteau de la jeune sécurité sociale a été donné par de Gaulle au sortir de la guerre. Et l’Aristide Briand de l’époque n’est autre que son antithèse, un certain Raymond Marcellin, connu pour sa fermeté et sa rigueur, celui-là même qui envoya les forces de l’ordre au quartier Latin en 1968.
Le décret du 12 mai 1960 fabrique le dirigeant de la sécurité sociale : un statut, une liste d’aptitude publiée au JO, un agrément par l’Etat et …une école.

L’école nationale supérieure de sécurité sociale, installée dans l’ancienne usine des pianos Pleyel, à deux pas de la rue où Edith Piaf commença à chanter, quitte, en 1977, ses locaux du 19me arrondissement de Paris, sous l’assaut des tractopelles et à la satisfaction des bobos venus s’installer dans ce nouveau quartier à la mode.
C’est Michel Durafour, ministre des affaires sociales de Raymond Barre, en même temps maire de Saint Etienne, qui bénéficiera de l’aubaine. L’école s’installe à Saint Etienne dans des locaux flambants neufs et toute la technologie qui va avec.

LEN3S termine mercredi le recrutement de sa 48ème promotion qui fera son entrée en juillet prochain. Presque un demi-siècle donc que cette école formate sans discontinuer les dirigeants de la sécurité sociale. Malgré quelques tentatives d’ouverture, les escadrons de Sciences-Po déferlent chaque année sur ce concours difficile pour rafler plus de 50% des places offertes. C’est la même histoire à l’école nationale de la santé publique (ENSP) et à celle de la magistrature (ESM), la prestigieuse ENA étant choisie en premier comme il se doit.
Si la scolarité dure 18 mois dont un bon tiers en stage dans les organismes français et étrangers, l’EN3S qui se veut être une école d’application, ne fabrique pas pour autant des « ingénieurs » de la protection sociale. Dans le domaine de la santé qui nous intéresse ici, les futurs dirigeants de l’assurance maladie ne sont pas aguerris à la gestion du risque. La politique de l’école, pourtant présidée par Jean-Marie Spaeth l’ancien président bulldozer de la CNAMTS, forme des cadres polyvalents interbranches et inter-régimes.
Or, on sait que la mobilité entre les différents domaines de la sécurité sociale est extrêmement faible. Le rapport de l’IGAS sur la question (cf. Lettre de Galilée n° 14) nous apprenait déjà qu’un jeune diplômé sortant de l’école serait directeur d’organisme au bout de 12 ans, qu’il partirait à la retraite à 62 ans « sans connaître un autre univers professionnel, administration centrale ou service extérieur de l’Etat, établissement de santé, collectivité locale ou tout autre employeur public ou privé de la sphère sanitaire et sociale ».

Les ogres de Sciences-Po deviendraient-ils des cadres « plan-plan » au contact du terrain ? Le management des branches (nous pensons en particulier à celui de la branche maladie depuis la loi du 13 août 2004) serait-il à ce point normalisateur ?
C’est sûr, la sociologie de la population diplômée ne correspond pas au dynamisme de l’école.
Son directeur, Claude Bigot renouvelle, inlassablement, son bouquet de formations et les collaborations avec d’autres grandes écoles pour offrir aux anciens élèves des compléments « métiers » qualifiants. Son prédécesseur, Yannick Dhaene, a parcouru le monde entier pour construire avec la Chine, le Maghreb, l’Europe centrale, l’Afrique, des coopérations institutionnelles.

L’appel du large reste pourtant assez exceptionnel. Le site de l’Association des anciens élèves de l’EN3S nous renseigne sur les quelques iconoclastes qui ont quitté l’institution pour faire autre chose. Quelques juristes, quelques directeurs de collectivités locales, un peu plus de consultants… On y trouve même un sculpteur et un curé.
La production littéraire est aussi une activité à laquelle s’adonnent quelques diplômés de l’école. La majeure partie des livres publiés, rien d’étonnant à cela, concernent la sécurité sociale : Xavier Prétot, Vincent Ravoux, Gérard Ropert sont les plus prolixes. Claude Frémont a fait ses débuts d’essayiste en 2006.
Quelques productions purement littéraires qui ne manquent pas d’intérêt sont aussi signalées : Frédéric Marinacce (le rajah des rivières, Thiou l’enfant du Mékong…) Francois Tiburce Fortuné (la Calebasse maudite, Le pas de deux, Mémoires d’un rendez-vous manqué…), Véronique Braure de Callignon (Veiller tard).
Le dernier sorti, écrit par Fabrice Glockner, un élève de la 36ème promotion qui a quitté la sécu pour se consacrer uniquement à l’écriture (Charles Baudelaire un frère en idéal) est l’histoire imaginaire d’une initiation maçonnique au cours de laquelle on découvre un Baudelaire étonnant de vérité.
Comme quoi…

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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