Le pataquès de l’ARS

Éditorial de la 475ème

Lundi 21 octobre, l'Agence Régionale d'Ile-de-France a décidé d'annuler la procédure de choix de postes pour les 490 internes en médecine générale de la région francilienne pour le semestre d'hiver 2019. Dans What's Up Doc?, Aurélien Rousseau, le DG de l'ARSIF, "reconnai[t] la responsabilité [de l'ARS] de premier plan dans ce dossier" : "lors de la réunion de répartition, les représentants des hôpitaux généraux, le coordonateur de l’AP-HP, les représentants des spécialités, les syndicats d’internes, l’ont validée, mais c’est nous qui aurions dû être la corde d’appel" explique-t-il. Comment en est-on arrivé là ?

Quelques jours auparavant, dans un communiqué, une vingtaine de chefs de service de pédiatrie d'Ile-de-France avaient tiré la sonnette d'alarme concernant le manque d'internes de médecine générale pour cet hiver, craignant une "crise sanitaire". Aurélien Rousseau, dans Le Monde, confirme le diagnostic : "On aurait eu un certain nombre de services d’urgences que nous n’aurions pas pu maintenir cet hiver, on allait vers une crise sanitaire". Treize hôpitaux de la grande couronne parisienne s’apprêtaient à travailler, à partir du 4 novembre, avec un nombre insuffisant d’internes de médecine générale dans leurs services d'urgences pédiatriques.

Dans un communiqué, l'ARSIF déplore que les "résultats de la procédure de choix des internes de médecine générale pour le semestre d’hiver 2019 ont conduit à une légère réduction du nombre d’internes ayant choisi d’effectuer leur stage dans un service de pédiatrie, mais surtout à une répartition de ces 159 internes qui n’est pas en adéquation avec les besoins de fonctionnement des services de pédiatrie et d'urgences pédiatriques. Ces résultats vont conduire à des tensions fortes dans certains services déjà largement sollicités, car ils s’inscrivent dans un contexte global de tension sur la démographie des pédiatres dans la région Île-de-France, qui ne sont pas suffisamment nombreux pour faire face aux besoins."

Agnès Buzyn, interrogée sur LCP/Public Sénat, s'est exprimée sur la situation et semblait assez "agacée par la situation"."Je peux vous dire que suis extrêmement en colère", a t-elle rajouté. Pour elle, l’erreur n'est pas simplement une erreur administrative mais plutôt un manque de discernement et d'anticipation des enseignants en médecine générale qui "se sont trompés dans les chiffres" en ouvrant trop de postes dans le centre de Paris et pas assez dans la couronne. Une prime de 500€ par mois a même été proposée pour encourager les internes à rejoindre un service en sous-effectif. Peine perdue : seul un interne acceptait de changer de stage et une quinzaine à prendre des gardes.

Coup de théâtre : l'ARSIF se rend compte d'une erreur dans les choix effectués, non décelée par le logiciel Imotep : une interne avait été appelée à formuler un choix de stage d'internat alors qu’elle avait déjà validé ses 6 semestres. Une injustice pour les autres puisqu'elle prenait un poste dans un établissement où il n’y avait déjà qu’un seul poste ouvert. Une erreur suffisante pour conduire l'ARSIF à annuler l'ensemble de la procédure.

Au final, 50 à 60 internes devront changer d'établissements d'ici quelques semaines : 20 postes en pédiatrie de plus ont été ouverts sur les contingents de postes en gynécologie et en MAP.  Dans What's Up Doc, Didier Jaffre, directeur de l'offre de soins de l'ARS Ile-de-France, explique : "Nous sommes repartis du nombre d'internes qui se sont présentés au choix, soit 462, auquel nous avons ajouté 30 postes, pour avoir un nombre de postes à proposer de 492. Dans le détail, la nouvelle répartition est la suivante : 217 postes en pédiatrie, 91 postes en gynécologie, 156 postes en MAP et 28 postes en médecine d'urgence".

Les internes sont furax. Aujourd'hui, devant le siège de l'ARSIF, les internes manifestaient pour bloquer la nouvelle procédure. Pour le Syndicat représentatif parisiens des internes de médecine générale (SRP MG), dans Egora, "ce n'est pas un hasard si ces postes de pédiatrie n'avaient pas été choisis par les internes... ils sont soit considérés comme "médiocres" sur le plan pédagogique, soit ils exposaient à des difficultés organisationnelles, les internes n'étant pas assez nombreux "pour constituer des emplois du temps et des lignes de garde dans de bonnes conditions en hiver (...). Les internes sont des médecins en formation et doivent être avant tout dans des stages formateurs, avant d'être la variable d'ajustement de la démographie médicale".

Crédits photos : id-iom

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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