La Lettre de Galilée

Le masque et la plume

Dans la tradition mitterrandienne, Jacques Chirac nous avait habitués à lancer un scoop sanitaire le jour de la fête nationale. Le Plan Cancer pour ne prendre que cet exemple a  été annoncé entre deux rondelles de saucisson et trois gorgées de bière à la Garden party élyséenne de 2002.
Depuis deux ans : rien.

L’actualité sur la santé est encore cette année d’une grande platitude. La loi HPST a épuisé les réserves d’adrénaline des ténors de la médecine et ni le président Sarkozy le 14 juillet ni Luc Chatel à la conférence de presse après le dernier conseil des ministres n’ont bruissé quoi que ce soit sur le marathon parlementaire. Les Champs Elysées étaient aux couleurs de l’Inde.
À se demander si l’overdose d’informations de ces trois derniers mois sur notre système de santé n’a pas conduit les services ministériels à recourir à une sagesse toute ayurvédique sur les questions de santé : un communiqué sibyllin sur la grand-messe œcuménique organisée le 9 juillet par Roselyne Bachelot et ses deux secrétaires d’Etat avec les directeurs de DRASS, d’ARH et d’assurance maladie sur la mise en place des ARS ; peu d’échos non plus sur la réunion le même jour de la presque ASIP sur la relance des projets régionaux de dossiers médicaux partagés et personnels. Le grand calme après la tempête.
À se demander aussi si les bruyants satisfécits de la CNAMTS sur ses résultats depuis 5 ans (notre lettre de la semaine dernière) et sur le succès des CAPI ne viennent pas troubler la quête du Shantivanam*  voulue par la Ministre.

Bref ! Un calme tout estival qui masque la préparation d’un PLFSS probablement ardu. Quelques semaines de répit avant les coups de bâton de la récession, la publication des comptes de la sécurité sociale après ceux de l’Etat, les menaces de la H1N1 et autres réjouissances.
Quelques semaines de calme aussi pour lire l’opportun N° 23 des « tribunes de la santé » publié par les Editions de santé, consacré aux rapports étroits entre la littérature et la santé. De quoi se souvenir que l’histoire de la médecine n’est pas un long fleuve tranquille et que le regard porté par les médecins écrivains sur notre système est souvent plein d’enseignement. L’occasion de lire ou relire le « voyage au bout de la nuit » (mis en images par Tardi, ça passe mieux sur un coin de serviette), « la maladie de Sachs » de Henri Winckler (sur la routine d’un généraliste) ou encore « la constance du jardinier » de John Le Carré (et la traque d’un médicament pourri testé sur des africains analphabètes).
On pourrait y ajouter « le cas Prioré » de Jean-Pierre Bader, véritable polar sur la recherche médicale qui date de 1982 et qui hélas, doit être difficile à trouver.
Notons dans ces « tribunes de la santé » le remarquable article de François Tonnelier, géographe et ancien directeur de recherche à l’IRDES, sur l’apparition d’un genre littéraire créé au début du XIXème siècle par Balzac avec son « médecin de campagne ».

Fresque de l’histoire de la médecine au travers de la littérature dans laquelle on passe de la médecine à la maladie, comme s’il avait fallu que les médecins prennent la plume pour découvrir, au bout d’un siècle, qu’il y avait aussi… des malades.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Big Data en santé : le grand naufrage européen

La quasi-totalité des data center, les bibliothèques numériques du XXIe, sont sous ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer