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Le capitalisme de santé « allié objectif » de la politique de maîtrise des dépenses ?

Une nouvelle génération de raiders déferle sur la santé ! La discrétion est le levier de son efficacité mais le milieu de l’hospitalisation privée ne bruit que des dernières acquisitions -Strasbourg, Brest, Montauban- qui précipitent, cette fois pour de bon, les derniers bastions du capitalisme de papa dans le monde impitoyable de la finance internationale.
Le phénomène des chaînes a fait son apparition en France il y a une vingtaine d’années, dans le milieu des cliniques privées d’abord -avec la Générale de Santé, Medifutur, Hexagone- puis, plus récemment, dans le secteur de la biologie privée où la France est mise en demeure, par Bruxelles, de lever ses barrières réglementaires à la constitution de chaînes. Du moins reste-t-on sur une logique « métier » dont on peut contester la légitimité -ce dont ne se privent pas les tenants de l’immobilisme en France- mais ni la réalité ni la performance. Antonino Ligresti, auteur à succès de l’OPA sur la Générale de Santé, explique son ambition par des motifs louables : renforcement de la qualité des soins, du lien avec les médecins et des partenariats public-privé sur le « modèle » développé par le groupe à Saint-Tropez.
Rien de tel avec ses successeurs et désormais concurrents dont le moteur est d’abord la création de valeur boursière.
En moins de deux ans, 4 sociétés de capital-investissement (en anglais « Private Equity ») ont pris place sur le marché de l’hospitalisation privée :

  • Barclays Private Equity, associée à Cobalt Capital, a pris une participation majoritaire en avril 2005 dans Medi-Partenaires (21 établissements MCO, 4300 collaborateurs dont 1600 médecins), fondé en 1990 par le Dr Frédéric Dubois et qui s’est développé sur une politique d’acquisitions très sélective d’établissements abonnés au « Top 50 » des palmarès du Point ou du Figaro Magazine. Dernière acquisition en date : la Polyclinique Vauban de Valenciennes (110 lits)

 

  • APAX Partners Worldwide a réussi une OPA sur le suédois Capio, numéro 2 de l’hospitalisation privée française en septembre 2006 (25 établissements, 3700 lits/places, 5100 collaborateurs dont 1300 médecins). Dernière acquisition en juillet avec un groupe de 4 cliniques bayonnaises dont le regroupement avec un établissement antérieurement détenu, va donner lieu à la construction d’une nouvelle entité d’ici 2012. Capio vient également de finaliser l’acquisition du groupe suisse Unilabs de laboratoires de biologie opérant dans six pays européens dont une dizaine en France). Le groupe est donc aujourd’hui présent depuis la Suède (où il a vu le jour) jusqu’à l’Espagne où il dirige (parmi 22 autres établissements) un centre hospitalo-universitaire en concession de service public et il expérimente localement une formule de HMO ! …

 

  • APAX-Partners.sa, filiale française du précédent a pris, en janvier 2006, une participation minoritaire au capital du groupe Vedici, créé en 2001 au Mans (où le groupe projette également la construction d’un établissement de 500 lits) par M. Jérome Nouzarède et le Dr Bodkier. Le groupe (14 établissements, 2100 lits/places, CA multiplié par 3 en 2 ans) vient de signer un accord de « coopération stratégique » avec le groupe de cancérologie privée nord-parisien Seny (Clinique Hartmann de Neuilly s/Seine et site de Sarcelles, doté du premier TEP-scan privé de France). Vedici ne cache pas ses ambitions hors de son axe stratégique initial Bordeaux-Paris et du « Grand-Ouest ». Original, son partenariat avec Icade (filiale de la Caisse des Dêpots) qui prend en charge la logistique immobilière, lui permet de concentrer son action sur la seule exploitation des établissements

 

  • Blackstone enfin est le plus remuant des acteurs du marché avec Vitalia son bras armé piloté par le Dr Chistian Le Dorze, un ancien de la Générale de Santé, qui -en une année- s’est constitué un groupe poids-lourd (45 établissements, autres chiffres non communiqués, rapidement évolutifs).

Ce qui interpelle dans la démarche de Vitalia est d’abord la technique d’ingénierie financière mise en œuvre pour chaque rachat, fondée sur le LBO (Lowerage Buy Out, en français « rachat par levier financier »). Elle consiste à mettre sur la table 30% du prix d’acquisition, le solde étant couvert par un emprunt remboursable … par les dividendes produits. La dette supportée par l’entreprise rachetée peut, dans ces conditions, atteindre 75 à 85% de sa valeur, ratio supportable à la condition d’assurer très vite une rentabilité à deux chiffres. La restructuration des établissements est toujours au rendez-vous, stimulée par une politique d’intéressement du management local. La question posée par Vitalia, et qui agite ces jours-ci la communauté médicale spécialisée libérale, porte sur les niveaux d’acquisition, généralement de l’ordre de 4 à 5 fois l’Ebitda … L’autre question, formulée par les agences de notation boursière, porte plutôt sur le modèle économique du dispositif, parfaitement efficace lorsque les taux d’intérêt sont bas, ce qui était le cas jusqu’à la crise estivale des subprimes américaines mais beaucoup moins désormais. Entré à Wall Street en juin dernier à 31 $, l’action Blackstone a, depuis, dévissé à 22,16 !

En France, ces jours-ci Vitalia a, dans son collimateur, quelques établissements de prestige dont la fameuse Clinique de l’Orangerie à Strasbourg, navire amiral des cliniques privées de l’Est.

Comme le dit l’économiste Claude Le Pen dans une analyse récente du phénomène parue dans la Lettre du Collège des Économistes de Santé : Si l’intervention des investisseurs "va modifier radicalement la morphologie du secteur [...] c’est le mode de production des soins qui évolue en France où la petite entreprise indépendante s’efface derrière le groupe « capitaliste », où l’artisanat cède à l’industrie. Le financement public ne change rien à l’affaire. Au contraire, il accélère le mouvement en recherchant systématiquement des gains de productivité et en promouvant la qualité par la normalisation des pratiques. Dans ces domaines, les structures industrielles ont toujours mieux su faire que les petites entreprises artisanales. Ce n’est peut-être donc pas si paradoxal de constater que le capitalisme financier profite en quelque sorte de la maîtrise des dépenses de santé, surtout si cette maîtrise est médicalisée"

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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