La Lettre de Galilée

Le canard, le boomerang et la chasse aux éléphants

Alors que la Loi HPST issue de l’Assemblée se retrouve soumise à l’exégèse active des Sénateurs, eux-mêmes exposés à l’activisme – totalement inédit – des lobbyistes de toutes obédiences, pourvoyeurs de « suggestions d’amendements » plus corporatistes les unes que les autres, les observateurs comptent les jours. Et pour certains les points !
Les jours car il semble acquis que le Sénat ne sera pas en mesure d’achever l’adoption du texte avant le mois de juin. Qu’il conviendra, dès lors que l’urgence est prononcée, évidemment de réunir une Commission mixte paritaire et attendre de l’Opposition une immanquable saisine du Conseil Constitutionnel … La publication au JO ne saurait donc intervenir avant juillet, … dans la meilleure hypothèse !

Seule certitude : le mercredi consécutif entérinera la nomination des directeurs d’ARS, aujourd’hui tous pressentis ou peu s’en faut. Mais évidemment pas nommés ! Même en Ile de France où Le Canard Enchaîné a récemment confirmé la rumeur, évoquée la veille par Le Quotidien du Médecin, de la promesse faite à Claude Evin au nom de la politique d’ouverture. Et accessoirement de la zizanie que jetterait cette nomination dans le marigot socialiste : Bertrand Delanoe et Jean-Marie Le Guen, respectivement maire de Paris et président du Conseil d’Administration de l’AP-HP (Assistance Publique, Hôpitaux de Paris), la citadelle justement mise sous tutelle de l’ARSIF, n’apprécieraient pas forcément le geste comme « bien intentionné » à leur égard.

Wait and See : en politique comme dans la vie professionnelle, le boomerang est une arme de maniement délicat ! Et pas forcément adaptée à la chasse aux éléphants !…

Toujours pour rester dans le domaine d’HPST, on sera également attentif à quatre ou cinq leviers putatifs, justement mis à disposition ou non, des futurs directeurs d’ARS :

– la mécanique et le calendrier d’élaboration des communautés hospitalières de territoires : le reportage réalisé dimanche soir à Carhaix-Plouguer sur l’émission Capital (qu’on devrait théoriquement être en mesure de re-visionner sur M6 Replay) et notamment l’interview de Mme Annie Podeur, directrice de la DHOS, prouve assez l’urgence du chantier ;

– la gouvernance des établissements, qu’il conviendra sans doute de reprendre au profit d’une clarification des rapports du directeur et du président de la CME. La mobilisation à l’AP de Paris (sans doute importante pour la grève du 28 avril) n’a d’égale que celle des praticiens de cliniques, horripilés de voir leur directeur en état de « statuer pour leur compte » ;

– les mesures en faveur de l’accessibilité, géographique et tarifaire, de l’ensemble des patients à des soins d’égale qualité à un coût également abordable. La disposition retenue par l’Assemblée de renvoyer aux calendes les mesures coercitives à l’installation sont clairement inopérantes, l’incitation aujourd’hui envisagée (bourses promises aux amateurs de déserts) étant aussi clairement inadaptée à l’ampleur du problème rappelé par le Président de l’Ordre dans la dernière newsletter de l’institution (sur abonnement) : à ce jour sur 100 nouvelles inscriptions au tableau, 66 se font sous statut de salarié, 25 comme remplaçant et … 9 seulement sous statut libéral …

– c’est donc bien un « modèle » qui est en train de s’effriter sous nos yeux incrédules … Même la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques au Ministère) ordinairement prudente, se hasarde à des projections douteuses de démographie médicale à l’horizon 2030. A la lire, nous serons, après la chute inéluctable de 2020, revenus à l’étiage de 100 000 médecins généralistes… Prospective évidemment en « trompe l’œil » car prolongeant les tendances actuelles, « toutes choses égales par ailleurs », … En fait un scénario toujours déjoué par « la vraie vie » !

– l’autre levier auquel il faudra être enfin attentif est corrélé au précédent et porte sur la représentativité libérale et la balkanisation syndicale, déjà bien entamée et que le législateur se propose rien moins que d’accélérer… sans respect pour les mammouths issus … du XXème siècle. Quasiment le néolithique à l’échelle de la vie politique !

Ultime observation : l’étude de la DREES aura au moins le mérite d’illustrer les vertus de la politique de « filiarisation » engagée en matière de démographie médicale. A prolonger les tendances actuelles, les spécialités gagnantes de demain sont les perdantes d’hier : chirurgie, obstétrique, pédiatrie. Plus intéressant encore : il en va pareillement pour les régions avec des perspectives favorables aux démunies d’hier : Nord, Normandie(s), Poitou, Pays de la Loire. Et moins avantageuses aux nanties d’hier : Ile de France, PACA, Alsace, …

Des vertus du Darwinisme en économie de santé !

À propos Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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