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La santé publique au défi de la vaccination : une histoire complexe et ancienne

Dans un contexte de transnationalisation des politiques de santé(1) et alors que la France reste l’un des derniers États de l’Union Européenne à conserver l’obligation vaccinale contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (vaccin DTP), le fait que la politique vaccinale ait inexorablement évolué vers un système de recommandation en délaissant progressivement le double régime d’obligation et de recommandation - comme le montre l’abrogation de l’obligation du BCG depuis 2007 - amène à questionner, outre les facteurs exogènes, les pressions endogènes qui peuvent influer sur la politique vaccinale en France. Et pour cause, la vaccination est sans doute l’outil de prévention sanitaire le plus médiatisé, le plus décrié mais le moins bien compris.

La Lettre de Galilée la vaccination en France

Les revendications citoyennes et associatives concernant la liberté vaccinale, soit l’abrogation de l’obligation des trois vaccins encore obligatoires en France, suivent l’histoire de l’obligation vaccinale en France depuis la « grande loi » du 15 février 1902 instaurant l’obligation de la vaccination antivariolique. Les positions de chacun sont bien le résultat de la configuration historique du système de santé français, c’est-à-dire des interdépendances et des rapports de forces entre les acteurs qui participent à l’orientation des politiques de santé publique - contraintes institutionnelles, économiques et caractéristiques des médecins généralistes en France, lobbies pharmaceutiques - mais aussi de l’évolution des usagers des services de santé publique qui au fil des scandales sanitaires ont acquis une capacité de mobilisation, des logiques d’action et la diffusion de système de représentation sur un fond de révolution numérique, modifiant en conséquence l’utilisation des services et produits de santé.

Bref aperçu historique d’une technique médicale controversée

L’histoire de la vaccination ne commence pas, comme on pourrait facilement l’imaginer, avec Louis Pasteur. Les premiers rituels prophylactiques renseignés ont été reportés par les historiens en Chine au XVIème siècle, ils visaient alors à combattre la variole dont les épidémies depuis l’Antiquité ne cessaient de faucher des vies ; les premières pratiques documentées(2) revêtent deux formes, la première consistait en un dépôt de squames varioliques sur la muqueuse nasale, la seconde se présentait sous la forme d’une « variolisation » : il s’agissait d’inoculer au patient du pus varioleux prélevé sur un sujet présentant une forme bénigne de la variole, l’objectif visé était de provoquer une variole bénigne pour se prémunir de la forme grave de la maladie. La pratique de la variolisation s’est ensuite répandue le long de la route de la soie et atteignait l’Europe au XVIIIème siècle grâce à l’influence d’une femme : Lady Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre en Turquie. C’est après avoir observé la technique de l’inoculation de la variole, pratique alors courante dans l’Empire Ottoman, qu’elle fit elle-même inoculer son fils en 1715 à Istanbul(3), de retour à Londres elle fit connaître cette pratique à la princesse de Galles qui, assurée des bienfaits de la variolisation fit inoculer ses enfants : l’Angleterre suivit par la suite son exemple(4) puis la France, où la pratique fut introduite par un médecin Suisse, Théodore Tronchin qui après avoir inoculé son propre fils en 1756 introduisit la pratique à la cour de Versailles sur les enfants du duc Louis Philippe d’Orléans.

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À propos de Lucie Guimier

Lucie Guimier a réalisé une thèse sur la "Géographie des disparités de couverture vaccinale en France. Le cas de l'épidémie de rougeole (2008-2011)". Elle co-élabore le projet "GéoVac" soutenu par la Maison des Sciences de l'Homme (MSH) Paris-Nord (thème : "Espace, Environnement et Santé"). Voir tous ses articles.
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