La santé, parent pauvre des présidentielles

Éditorial de la 365

C‘était en 1982. La dernière fois que les partenaires sociaux ne se sont pas entendus pour négocier une nouvelle convention d’assurance-chômage, c’était sous Pierre Bérégovoy alors Ministre des Affaires Sociales : Yvon Gattaz président des patrons avait claqué la porte. Le gouvernement avait du arbitrer lui-même pour renflouer le déficit du régime. Aujourd’hui, de père en fils, l’histoire semble se répéter. Mais à moins d’un an de l’élection présidentielle, le risque politique est trop important pour que le gouvernement bouge le petit doigt. Pourtant l’enjeu était de taille face aux injonctions de la Commission Européenne réclamant près de 800 M€ d’économies annuelles pour l’Unedic dont les comptes accumulent 4,5 Md€ de déficit et 29 Md€ de dettes cumulées. « C’est au moment où les bons indices se multiplient et laissent même, enfin, entrevoir une baisse du chômage en 2016 qu’un coup mortel vient d’être porté au paritarisme à la française. » lit-on dans Le Monde ce samedi. »Pour un président de la République qui avait fait de la démocratie sociale l’alpha et l’oméga de la réforme, c’est le troisième échec en dix-huit mois. » En choisissant le statu quo et en prolongeant l’actuelle convention, Myriam El Khomri évite le « piège » de 1982 mais « le paritarisme aura du mal à se relever d’un tel échec« .

Le même jour, jeudi dernier, était examiné en première séance une proposition de loi LR, à l’Assemblée Nationale. Au cours de 12 articles, les rapporteurs (Jean-Pierre Door, Arnaud Robinet, Bernard Accoyer et Jean Léonetti) se livrent à un détricotage idéologique de la loi de santé de 2016. En première ligne : le tiers-payant généralisé supprimé (article 2). S’en suivent quelques ajustements pour plaire aux médecins (et rien qu’à eux d’ailleurs), un électorat à choyer… Marisol Touraine s’est étonnée de « l’immobilisme et la frilosité » des « onze petits articles » de cette proposition de loi : « Où est l’abrogation du paquet de cigarettes neutre que vous nous aviez annoncée, vous qui aviez déployé une opposition colossale dans cet hémicycle contre cette mesure ? Pourquoi ne pas revenir sur les salles de consommation à moindre risque, cet article que vous avez présenté comme devant faire l’objet d’une des batailles centrales du débat sur ce texte et que vous avez caricaturé à l’infini comme une menace pour les Français ? (…) Vous nous aviez annoncé la suppression de l’action de groupe en matière de santé ; il n’en est plus question ici. J’ai encore en mémoire les débats sur la suppression du délai de réflexion pour l’IVG, au sujet de laquelle vous souhaitiez revenir en arrière. Certains d’entre vous avaient tenu des propos qui ne pouvaient être qu’insupportables pour les femmes. Or vous ne revenez finalement pas sur cette avancée. Vous ne proposez pas la suppression de la délivrance de contraception en milieu scolaire. Vous aviez pourtant clamé systématiquement vouloir supprimer ces dispositions. Vous annonciez, mesdames, messieurs les députés de l’opposition, une grande proposition de loi marquant l’orientation de ce que serait le système de santé ces cinq prochaines années si vous arriviez aux responsabilités, mais je constate que vous affirmez conserver l’essentiel de ce qui figure dans la loi de modernisation de notre système de santé. » Match point. De quoi faire blêmir de rage Madeleine Bazin de Jessey ou Catherine Giner

Au-delà de cette proposition de loi un peu molle, une autre inconnue dans les propos des candidats à la primaire relevée par François Béguin dans Le Monde : « dans quelle mesure les hôpitaux publics seront-ils touchés par la suppression de certaines de milliers de postes de fonctionnaires que les candidats appellent aujourd’hui tous de leurs vœux ? » Dans cette « surenchère libérale« , Nicolas Sarkozy a promis entre 300 000 et 350 suppressions d’emplois publics; François Fillon, 500 000. Des engagements jugés « rapidement intenables« .

Effet miroir entre 2012 et 2017 et kaléidoscope idéologique : la santé est frappée du sempiternel syndrome de la Reine Rouge. Souvenez-vous : dans « Alice au Pays des Merveilles« , la Reine Rouge et Alice se mettent toutes deux à courir avec ardeur. Essoufflée, Alice demande enfin : « Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? » Et la reine répond : « Nous courons pour rester à la même place. »

Crédits photos : Wally Gobetz

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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