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La santé au coeur des présidentielles ? Encore un rendez-vous manqué

Aujourd'hui à 9h30, les principaux candidats à la présidentielle étaient invités au palais Brongniart par la Mutualité Française afin de débattre des questions de santé. Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon, Yannick Jadot puis François Fillon avaient chacun à leur tour 5 minutes pour convaincre leur auditoire, avant d'être gentiment "cuisinés" par un journaliste ou un analyste de think tank. On aurait pu regretter qu'il n'y ait pas eu de confrontation directe entre les candidats : au final, chacun a donc pu réciter sa leçon et dérouler ses arguments bien huilés sur le sujet.

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Les mutualistes s'invitent ainsi dans le débat sur la santé dans les présidentielles en proposant ce grand oral aux cinq candidats présents. Un grand oral assez gentillet qui nous laisse un peu sur notre faim...

Ce qu'il faut retenir

Le premier candidat à intervenir a été Emmanuel Macron. Absolument rien de neuf n'a été dit pas rapport à ce qu'il avait déjà dévoilé à Nevers le 6 janvier dernier : aucun déremboursement prévu pour "garantir un accès aux soins à tous", une prise en charge à 100% du dentaire, de l'optique et de l'audition en remettant à plat les conventions et en appelant les mutuelles à une plus grande concurrence en fixant "3 contrats type" (quitte à rogner leurs marges) afin de que le "reste à charge soit réduit à 0 d'ici 2022", un service sanitaire d'astreinte de 3 mois des étudiants "pour développer des actes de prévention". Il préconise de maintenir un ONDAM à 2,3% pour 2018-2022.

On en sait un peu plus sur ses perspectives de financement concrètes de l'Assurance maladie : il propose de reporter 3,1 points de charges sociales salariales vers 1,7 point de CSG taux normal. Discussion technique qui l'assure-t-il ne doit bénéficier qu'à l'assuré.

Lire : Programme santé de Macron, "révolution culturelle" ou paroles creuses ?

Nicolas Dupont-Aignan quant à lui  s'est posé en habituel héraut de la "relance" à la française. Il souhaite ainsi "relancer la dépense de sécurité sociale" afin d'"assurer une médecine de proximité" mais en se préservant de la "gangrène" des complémentaires santé (qui absorbent les remboursements abandonnés par l'État) qui plombent le portefeuille des ménages. Cette relance passe également par une augmentation du numerus clausus. Nous avons déjà évoqué plusieurs fois ici, ou  : c'est une erreur dangereuse qui ne conduira qu'à polariser davantage les installations... Laurence Parisot qui l'a questionné par la suite l'a d'ailleurs répété.

"Politique incitative pour les médecins qui s'installent dans les déserts médicaux", "revalorisation de la consultation à 35€", "suppression du tiers-payant" ... mais quid des autres professionnels de santé ? 

Grosso modo, il s'agit de relancer l'économie en dépassant les "politiques malthusiennes" et la privatisation souhaitée par certains. Car l'Assurance maladie "coûte moins cher en frais de gestion". Quelques rires -paraît-il- ont été entendus dans la salle...

Le candidat socialiste, Benoît Hamon, a cherché bien loin les réformes de santé en s'attaquant aux "déterminants de santé" : la lutte contre les perturbateurs endocriniens, les particules fines et le burn-out. Il souhaite lutter contre les addictions (en particulier alcool et tabac), mettre en place un grand plan alimentation (signalétique, favoriser l'accès au bio, …). On ne s'attendait pas à mieux... Hors-sujet. Un pas dans la lutte contre la sédentarité avec une "culture du sport santé" via un remboursement par la sécurité sociale d'une activité physique pour les maladies chroniques prescrite par un médecin.

Lire : Mobilisons-nous pour l'activité physique !

Yannick Jadot a proposé une vision très étatiste de la santé avec une "régulation" (qui est un mot qui est revenu très souvent dans son discours) incluant les complémentaires santé mais également les "usagers" au sein du CEPS lors de la fixation du prix des médicaments, trop longtemps assurée comme une "cogestion entre l'État et les firmes pharmaceutiques".

François Fillon s'est voulu rassembleur et consensuel en souhaitant un "travail de concertation avec tous les acteurs" et promettent d'"organiser des assises de notre système de santé fin 2017- début 2018". Trois idées forces :

  • "mieux soigner" en proposant une "consultation de prévention tous les deux ans", sortir de tout hospitalo-centrisme en donnant une large part à l'hospitalisation privée et à la médecine de ville, "pivot des parcours de soins". Rien de bien extraordinaire...
  • "mieux rembourser" en associant les caisses, les complémentaires et les professionnels de santé dans une gouvernance "collégiale" de notre système de santé.
  • "mieux gérer" un déficit quasi "structurel" : "20Mds d'économies sur 5 ans en maintenant l'ONDAM en-dessous de 2%".
Lire : À propos du petit risque, la reculade de Fillon

Le candidat était très attendu sur un programme présenté en fin d'année dernière et qui avait suscité de fortes polémiques. Il s'est ainsi défendu de "privatiser" l'assurance maladie mais a défendu le rôle des mutuelles "en concertation" avec la sécurité sociale : "Comment justifier ce refus de poser la question de l’articulation des rôles entre Sécurité sociale et organismes complémentaires ? C’est bien un sujet central".

Un rendez-vous important mais manqué

Les 5 minutes octroyées aux candidats n'ont pas suffit à approfondir des sujets qui peuvent vite s'avérer techniques. De fait, les argumentations se révèlent tièdes et molles, sans grand intérêt. La Mutualité Française a eu le mérite d'organiser cette rencontre tant attendue; mais les candidats n'ont pas été au rendez-vous. Et les interrogateurs manquaient certainement de pugnacité...

Les propositions de candidats continueront à être décryptées et il faudra garder un oeil sur les différentes plateformes citoyennes qui existent, dont celle de la Mutualité Française.

On l'aura donc compris, il n'y aura pas de réforme majeure de la santé lors du prochain quinquennat. À 60 jours des élections présidentielles, les candidats ont gommé toutes les aspérités de leur programme pour plaire aux électeurs. Car, pour une fois, les sondages ont raison : présentés en introduction de la matinée, ils révèlent paradoxalement que si les Français estiment que le système de santé devient inégalitaire et le sera de plus en plus, ils ne sont favorables à une large majorité à aucune réforme d'ampleur, ni à aucun changement.

Crédits photos : Frédéric Bisson.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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