La quadrature de l’ovale

Éditorial de la 328

D’habitude, les lignes noires, les chiffres rouges et les vertes recommandations qu’émet la Cour des Comptes, pour nombreux qu’ils fussent, ne nous font pas pâlir. Certes, un cachet est parfois nécessaire pour déterrer de cette aride prose le sens caché. Dans Challenges, Didier Migaud se définit d’ailleurs comme un "lanceur d’alertes". Ce n’est pas pour nous déplaire.

Mais ce coup-ci, publier un pavé de 765 pages sur les comptes de la Sécurité Sociale à quelques jours de la Coupe du Monde de rugby relève du sadisme. Qui lit d’ailleurs encore des documents aussi volumineux ? La paresse inciterait à écouter la presse… Mais Galilée les lit, devant un bon match de rugby…

Il y a 10 ans (en 2005 donc pour ceux qui sont fâchés avec les chiffres), le rapport de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale comptait 396 pages. Quasiment deux fois moins ! Et le nombre de pages n’a cessé d’augmenter depuis : l’année suivante le rapport compte déjà 418 pages, puis 508 pages en 2007, 522 pages, 547, 576, 631, 673, 765 ! Un nouveau record pour 2015. Le pire, c’est que si le nombre de pages a doublé en 10 ans, le déficit de la sécurité sociale, quant à lui, a diminué de moitié passant de 28 Mds en 2010 à 13,2 Mds en 2014… Faut-il y voir une corrélation ? Si l’on considère qu'une équipe de rugby en 10 ans a pris en moyenne 20 kilos de masse, on a tout à gagner à supporter nos joueurs pour réduire le déficit de la Sécurité Sociale…

A manipuler les chiffres, on ne finit par ne voir qu’eux. C’est certainement ce que reprochent les infirmiers et les kinés à la Cour qui leur tire les oreilles en raison de l’explosion de leurs dépenses. Une "dynamique très vive (+5,7 % par an en euros constants depuis 2000) des dépenses liées à l’activité des infirmiers et des masseurs-kinésithérapeutes (soit 10 Md€ au total en 2014)" (p.303). Si le rapport reconnaît que "forte augmentation des dépenses remboursées par l’assurance maladie résulte d’abord d’un accroissement continu du nombre des actes et donc des prescriptions de soins d’auxiliaires médicaux par les médecins " (p.308), le "virage ambulatoire" a un coût, qui au goût de la Cour n'est que fort peu documenté : "aucune analyse approfondie n’a été réalisée ni par le ministère de la santé, ni par l’assurance maladie pour objectiver les différents déterminants des dépenses de soins infirmiers et de masso-kinésithérapie." (p.313). Lorsque l’hôpital rogne ses dépenses en privilégiant parfois excessivement une sortie rapide vers la ville, ce sont les professionnels ambulatoires qui récupèrent le patient, et en premier les infirmiers et les kinés. Forcément que les économies de l’un engendrent les dépenses de l’autre, mais que la balance finale tend vers les économies. Reste encore à le démontrer.

L'occasion, unanimement approuvée, de se pencher sur un zonage conventionnel, souvent inadapté pour gommer les déséquilibres démographiques constatés sur le territoire, ainsi qu'une nomenclature des actes (NGAP) trop complexe...

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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