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La météo des plages 2015 : l’argent, l’économie et l’innovation

Dans notre panorama sur les tendances de rentrée, nous nous étions attardés dans notre météo des plages aux orages grondant dans le ciel lillois. Les universités d'été de la CSMF et celles de l'ANAP qui, toutes deux, avaient élu domicile dans la capitale de Flandres, en septembre dernier, n'avaient pas défrayé la chronique. La Ministre avait tenté de rassurer ses ouailles, en vain. Tour d'horizon sur la CHAM, les universités d'été du MEDEF et les Premières Assises Internationales de la Silver Economie. Tout un programme !

Liberté, santé, inégalité !

Les dernières assises de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), la danseuse du médiatique Guy Vallancien, à Chamonix, les 26 et 27 septembre dernier. Elles ont pour but d'être "un lieu privilégié d’une réflexion libre et innovante sur l’organisation et le management des systèmes sanitaires, grâce à la rencontre et aux échanges entre décideurs et experts de premier plan issus d’horizons divers." Cette année le thème était porteur. C.H.A.M a été inauguré par une vibrante interrogation morale sur le capitalisme et le social. Le capitalisme peut-il être solidaire ? Repenser le capitalisme sanitaire. C’est à la mode.

Lire : Piketty, Pisani et le Pape


On y entend ainsi un Kervasdoué revigoré, passant de John Rawls à Coluche, en passant par Tocqueville, s’attaquer au lobby pharma sans vergogne : "du fait de la financiarisation de l’économie, on peut se demander aujourd’hui si les entreprises pharmaceutiques qui autrefois gagnaient de l’argent pour produire des médicaments, ne se sont pas mises à produire des médicaments pour gagner de l’argent. Il suffit pour s’en convaincre de constater les sommes considérables consacrées par beaucoup d’entre elles à racheter leurs actions et ainsi à augmenter la rentabilité du capital investi, plutôt que d’utiliser cet argent pour développer de nouveaux produits. On pourrait également souligner la productivité faible de cette industrie, sa faible prise de risque, si bien qu’elle n’innove qu’en achetant des start-up !" C’est concis –un peu court- mais le message est clair.

Ce n’est pas le même son de cloche à l’université d’été du MEDEF qui mettait l’innovation au cœur de ses débats de ses universités d'été. Et la santé n’était pas en reste. Les 27 et 28 août derniers, la santé était à l'honneur des ateliers des universités d'été du MEDEF.

L'innovation de rupture

La Lettre de GaliléeSi la nature innove depuis plusieurs milliards d’années, elle l’a fait par un hasard de sérendipité pour s’adapter à la contrainte du milieu. La véritable innovation, l’innovation de rupture, fait se rapprocher des savoirs différents, des mondes qui n’étaient pas forcément prêts à se rencontrer. C’est le cas des recherches de Galvani et Volta dont il a fallu attendre bien plus tard leur mise en relation pour que l’électricité bouleverse le monde ! En santé, l’innovation de rupture consiste en une nouveauté à l’interface de plusieurs domaines qui change fondamentalement la donne pour les patients.

Au fil des ateliers, on apprend les résistances typiquement françaises à l’innovation : Luc Ferry parle d’innovation destructrice. Notre société a peur de l’innovation. Comment croître et rivaliser avec de grands laboratoires déjà établis ? Comment construire son plan d’investissements sans aller chercher à l’étranger ? Hélas, souvent, il faut malheureusement aller chercher les structures de financement adéquates ailleurs qu’en France. Comme le rappelle l’INSEE, les subventions publiques sont le moteur de l’innovation : selon l’étude, une entreprise innovante sur deux a bénéficié d’une aide publique. Et les freins pour en bénéficier en découragent plus d’une…

Lire : La santé en panne d'innovation

Comme le déplore le prix Nobel d'économie, Edmund Phelps, la crise de l'Europe est largement due à une perte d'innovation. Les pays occidentaux sont en perte de vitesse car ils ne soutiennent pas l'innovation. Et les entrepreneurs doivent être rassurés pour sauter dans cet inconnu. L’équation du MEDEF est simple : si les industries du vivant et de la santé ne sont pas considérées réellement comme un moteur majeur de l’économie de la santé, mais comme des vaches à lait pour des économies court termistes, la France se tire une balle dans le pied et hypothèque son avenir.  Le télescopage de deux discours qui ne se comprennent pas…

Miser sur les cheveux blancs

Les 16-17 septembre derniers se sont déroulées également les premières rencontres internationales de la silver economy. Au moins là, tout le monde est d’accord : on sait où est l’argent. La silver économie, grosso modo, c’est miser sur les cheveux blancs. Et sachant qu’en France, les plus de 60 ans représentent aujourd’hui environ 15 millions de personnes, soit 20 millions en 2030, le pactole est garanti et ne risque pas de se tarir. En fanfare, fin 2013 la Silver Economie est créée par le Gouvernement et regroupe toutes les entreprises gravitant autour des personnes aux tempes blanchies. Un appel  de fonds a été constitué pour aider les entreprises, souvent jeunes et innovantes, à développer des produits adaptés dans les domaines des produits et des services : domotique, e-autonomie, technologies pour l’autonomie, robotique pour l’autonomie, téléassistance/bouquet de services, géronsolutions, gérontechnologie, etc. Malgré le marché potentiel, le secteur peine à s’imposer. C’est vrai que depuis que Michèle Delaunay a été débarquée du Gouvernement, la Silver Economie est devenue la cinquième roue du carrosse et s’essouffle quelque peu.

Durant ces journées, une large part aux retours d’expérience a été donnée. Surtout aux projets en provenance d’Asie. Là-bas, en particulier au Japon, réputé être le "pays le plus vieux au monde", le marché est en croissance exponentielle : +58% depuis 2012. Des villes comme Hong Kong ou Singapour pourront compter une large part de population âgée : 38% pour cette dernière sera âgée de plus de 60 ans, soit près de 2,3 millions de personnes.

En France, le marché de la Silver Economie est estimé à 92 milliards d’euros et dépasseraient les 130 milliards en 2020. Alors que certaines agences de notation y voient déjà un signe d’alarme du fait de l’augmentation des dépenses de santé, le vieillissement de la population pourrait être un marché en plein essor.

Pour reprendre les trémolos de Jean de Kervasdoué, accusant la droite parlementaire d'avoir fait avec la loi HPST une "réforme soviétique", les mécanismes de marché dans le domaine du financement des soins sont "inefficaces". La concurrence est devenue une croyance que "l’Europe a imposée à la France en matière d’électricité ou de chemin de fer". "Heureusement l’assurance maladie universelle y a échappé." Les acquis ont encore de beaux jours devant eux. Et l'innovation semble bien en panne dans le ciel français.

Crédits photos : Play4smee.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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