La Lettre de Galilée : la face cachée du conflit des internes

La face cachée du conflit des internes

Mauvaise pioche pour Nicolas Sarkozy qui ne s’attendait sans doute pas à mettre 10 000 carabins dans la rue en risquant la carte « Liberté d’installation des médecins » sur la table de jeu de la politique médico-sociale. C’était il y a quelques jours au Sénat à l’occasion d’un discours-programme sur la politique sociale de son quinquennat. A quelques encablures, à Bordeaux devant un parterre hospitalier, il a semblé faire marche arrière en démentant quelque velléité que ce soit de sa part contre les libertés fondamentales du libéralisme médical. Las, sa majorité parlementaire, qui n’avait sans doute pas compris le message subliminal, a provoqué un sérieux couac en retirant d’abord du PLFSS, pour les remettre en l’état quelques heures plus tard, les deux articles « qui fâchent » … Il y a de toute évidence comme un flottement entre l’exécutif et le législatif dans la communication politique à destination des professions de santé. Et les internes ont donc retrouvé le chemin de la rue pour un conflit, comme chaque fois, imprévisible et incontrôlable.

Comme un seul homme, des syndicats que tout oppose à l’instar de la CSMF et de MG-France, se sont retrouvés sur le terrain de la solidarité avec les étudiants : pas touche à « leur liberté d’installation » ! Le problème avec ce genre de bras de fer -né dans l’improvisation, alimenté par inconséquence, entretenu, enfin, par intérêt ou par lâcheté- est qu’il est aussi terriblement « inflammable »!

Voilà donc un front social dont le gouvernement aurait pu faire l’économie ne serait-ce que parce que le choix de la date lui appartenait. La date et, partiellement, l’issue puisque l’avenant 20 de la Convention médicale, vieux d’il y a déjà six mois (JO du 28 mars), prévoyait un arsenal de mesures en faveur de l’installation dans les zones « déficitaires » en médecins. Or ce dispositif laborieusement négocié n’a jamais connu depuis, un début de mise en œuvre. Et l’on voudrait nous faire croire aujourd’hui que les parties à la négociation, dont la crédibilité est quand même en cause, mettront beaucoup de zèle à accoucher de mesures coercitives là où les médecins seraient en surnombre ! Le tout sous le regard sourcilleux d’une génération d’étudiants pas spécialement aptes au compromis politique …
Aucun pouvoir -sauf peut-être aujourd’hui la Chine, l’Ouzbekistan et le Belarus- ne gagne jamais contre une jeunesse convaincue d’injustice et celui de Nicolas Sarkozy gagnerait à se contenter, par les temps qui courent, du seul front des régimes spéciaux.
Et aussi à chercher rapidement un compromis avec le syndicalisme médical qui y est sans doute disposé, car il y est contraint, s’il veut préserver l’essentiel conventionnel. En effet, ce n’est pas tout à fait un hasard si cette question de la démographie médicale -et de la nécessaire régulation des installations- survient au moment de la faillite annoncée de l’ASV, le régime de retraite sur-complémentaire des médecins libéraux. Une génération va aspirer à une retraite que la suivante a modérément envie de subventionner …
Une modulation des cotisations d’ASV s’imposera vite sur le critère de l’intérêt que la collectivité -en l’occurrence l’État et, son bras armé-payeur, l’UNCAM - trouve à l’installation ici ou là d’un jeune praticien. Ou de la participation des caisses à leurs cotisations sociales, ce qui revient au même pour les intéressés : on peut imaginer des contributions de la Caisse plus importantes là où les besoins sont avérés, ou laissés ailleurs à la charge totale des installés pour peu qu’ils veulent suivre leur instinct de liberté. Mais il n’y a aucune raison que la société, confrontée à un péril urgent, abonde une installation dont elle n’attend aucune valeur ajoutée sociale. Là, où les incitations ne suffiront pas, le service public devra évidemment prendre le relais.

On nous objectera que les jeunes trouveront dans ce nouveau cadre législatif motif à invoquer une rupture de ce « contrat moral »  tacitement signé à l’entrée aux études. Un autre compromis dès lors accessible serait donc de n’y condamner que ceux des carabins qui n’ont pas encore choisi leur spécialité, pour n’avoir pas encore passé le concours d’internat.

En tout état de cause, cette affaire de liberté d’installation n’est que la partie émergée de l’iceberg : c’est tout le contrat social de la médecine -aujourd’hui encore fondé sur des principes datant de 1927- qu’il convient de retisser. Ce PLFSS ne fait, comme les précédents, que de le ravauder. Sans efficacité ni ambition. Et avec pour résultat de fédérer ... les seuls motifs de mécontentement.

Comme pourrait le dire le président de la République : « dans un tel dossier, un peu de méthode de nuit pas ! »

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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