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L’alcoolisme chez les jeunes : un phénomène préoccupant

Depuis les années 60, la consommation d'alcool est en baisse. Néanmoins, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la France reste l'un des plus gros consommateurs au monde, au-dessus des moyennes européennes. L'INPES dans son baromètre santé, ce 1er avril, consacre un numéro spécial sur l'alcoolisme en France, toujours considéré comme risque majeur de santé publique et sujet de préoccupation, particulièrement  chez les jeunes.

Malgré l'efficacité de la loi HPST qui avait reculé à 18 ans l'âge légal pour acheter de l'alcool, les pratiques liées à la consommation d'alcool des jeunes semblent évoluer dramatiquement. Découverte de plus en plus jeune,  la consommation d'alcool  se fait plus violente, plus habituelle et, de fait, ne reste pas sans conséquence sur la santé de ces populations.

La Ministre s'attaque à l'alcool et au "binge drinking"

Dans son article 4, la Ministre de la Santé souhaite "lutter contre l'alcoolisation excessive des jeunes (appelée "binge drinking")". Ainsi, la loi de modernisation de la santé a validé le principe d'une amende de 15 000 euro pour incitation à la consommation excessive d'alcool.

Mais des propositions jugées "hygiénistes", suscitant l'ire de certains, ont réussi à transformer nos députés, craignant que cette "logique prohibitionniste" n'entache une "filière d'excellence" cruciale pour les exportations, en thuriféraires de l'alcool, dignes d'un Baudelaire ou d'un Apollinaire. L'Assemblée nationale a donc validé deux amendements introduits par la Gouvernement et supprimé ce mercredi 1e avril ces mesures contestées, notamment la possibilité d'un "message adapté selon les supports de communication et produits" par arrêté ministériel (et non plus par la seule loi Évin). L'Assemblée nationale a également supprimé la mesure du socialiste Denys Robiliard souhaitant "revisiter la loi Evin en matière de publicité", la définissant comme "un acte de promotion effectué en faveur d'un produit ou service, relevant de l'activité d'une personne ayant un intérêt à la promotion dudit produit ou service et susceptible d'être perçu comme un acte de promotion par un consommateur d'attention moyenne". Cela modifiait "sensiblement les règles de publicité et, en voulant les préciser, risquait de les dénaturer", selon la Ministre.

Une ivresse de plus en plus précoce

Selon plusieurs études internationales que synthétise un Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, "l’expérimentation [de l'alcool] est largement répandue avant même l’entrée au collège, puisque plus de la moitié des élèves de 6ème déclarent avoir déjà bu une boisson alcoolisée. Globalement, 7 collégiens sur 10 (71%) et plus de 9 lycéens sur 10 (93%) ont goûté à l’alcool. En revanche, la fréquence des comportements d’alcoolisation, comme les ivresses ou les usages plus fréquents, croît plus fortement tout au long de la période. Les niveaux de fréquence des ivresses sont multipliés par 10 entre la 6e et la terminale (7% en 6e contre 69% en terminale). Ainsi, toutes classes confondues, environ 1/6e des collé- giens et 3/5e des lycéens disent avoir déjà connu une ivresse alcoolique." 

La Lettre de Galilée

Niveaux de consommations de boissons alcoolisées et ivresses des adolescents selon la classe en 2010 et 2011 (%) en France. Sources : HBSC 2010 (années collège) – Espad 2011 (années lycée).

Dès avant le collège, les jeunes s'initient à l'alcool avec des pratiques qui tendent vers davantage d'ivresses, le recours à des alcools forts et à une consommation régulière d'alcool au cours du lycée : 78% des lycéens déclarent avoir bu un alcool fort (au cours des 30 derniers jours du sondage).

Les ivresses rapides et répétées, en augmentation chez les 18-25 ans

Les 18-25 ans se caractérisent par une consommation d'alcool moins régulière mais plus excessive que les populations plus âgées. Et cette tendance est à la hausse : les ivresses répétées (appelées "binge drinking") concernent en 2010 près de deux fois plus d’étudiants qu’en 2005, et plus du double parmi les femmes. Les consommations d'alcool chez les jeunes tendent à se normaliser : les alcoolisations ponctuelles importantes (API), plus que les ivresses, s'inscrivent dans une habitude de consommation.

Par ailleurs, il existe une normalisation de la consommation d’alcool par les jeunes femmes et le ratio homme/femme tend à diminuer. Selon la publication de l'INPES, les filles sont 28% à déclarer être ivres au moins trois fois par an (contre 8% en 2005 et 19% en 2010), et 11% au moins dix fois par an (contre 2% en 2005 et 7% en 2010). Entre 2002 et 2010, la prévalence des risques liés à la consommation excessive d'alcool chez les femmes a augmenté, passant de 14,1% en 2002 à 17,3% en 2010 (+3,2 points).

Ces constats laissent également supposer un rapprochement vers des consommations observées dans d’autres pays membres de l’Union européenne, en particulier dans les pays nordiques et anglo-saxons, qui se caractérisent par une consommation peu régulière, des épisodes de consommations ponctuelles importantes, voire très importantes (associées à la pratique de "binge drinking", terme désignant la pratique consistant à boire plusieurs verres d’alcool en une même occasion dans une perspective de "défonce"), ainsi qu’à une acceptation sociale globalement plus élevée de l’ivresse publique.

La Lettre de Galilée

Nombre de verres bus lors de la dernière ivresse, selon l'âge et le sexe.

 

Consommation d’alcool pendant la grossesse

Le rapport révèle que "23% des femmes déclarent avoir consommé des boissons alcoolisées pendant la grossesse. Cette consommation est plus fréquente parmi les femmes en situation sociale favorisée, plus âgées et de parité élevée." Par ailleurs, "de nombreuses femmes se demandent quelle quantité d’alcool elles peuvent consommer pendant leur grossesse sans mettre en danger la santé de leur enfant. Les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de fixer un seuil de sécurité au-dessous duquel la consommation d’alcool serait sans danger. Il faut rappeler que la consommation d’alcool pendant la grossesse peut avoir des effets non seulement sur la période périnatale, mais également sur le développement neurocomportemental de l’enfant."

Mais, paradoxalement, "seulement 20% des maternités de métropole déclarent avoir une consultation d’alcoologie ou d’addictologie au sein de leur service (donnée non publiée)." 

Des risques graves sur la santé

Les études font ressortir l'absence de prise de conscience par les plus jeunes sur les dangers de l'alcoolisme sur la santé. Une consommation excessive d'alcool peut entraîner un risque de dépendance fort et perturber le fonctionnement du cerveau qui se développe jusqu'à l'âge de 20 ans. Selon la Société française d'alcoologie, les hospitalisations liées à l'alcool (comas éthyliques, hépatites, cirrhoses ou encore troubles psychiques dus à l'addiction) représentent 400 000 cas par an et touchent de plus en plus les jeunes. Elles sont deux fois plus nombreuses que celles causées par le diabète ou les maladies cardiovasculaires et ont augmenté de 30% depuis 2010. Les urgences sont particulièrement confrontées à ce phénomène, en augmentation auprès des populations jeunes.

La Lettre de Galilée

Évolutions internationales des volumes d'alcools consommés (1970-2010)

Plus de 100 000 passages aux urgences sont dus à des intoxications éthyliques aiguës, dont près de 18 000 concernent des 15-24 ans (17%)

 

Néanmoins, s'il est nécessaire de s'interroger sur l'évolution dramatique des pratiques de consommation de l'alcool des plus jeunes afin de mieux préciser les possibles politiques de santé publique, il ne faut pas focaliser sur les jeunes, les femmes enceintes ou les consommateurs excessifs. Effectivement, comme le rappelle une épidémiologiste participant à la synthèse du BEH, Catherine Hill, l'alcool reste la première cause d'hospitalisation, la deuxième cause de mortalité évitable et constitue également un large facteur d'accidents et de co-morbidités dans la société. Le Baromètre 2014 de l'INPES, quant à lui, propose des "interventions évaluées comme efficaces" pour prévenir les consommations problématiques d’alcool, d’adopter conjointement des "mesures de prévention structurelles et éducatives" : taxes, régulation de l’accessibilité du produit, fixation d’un prix minimum par unité d’alcool, développement des compétences psychosociales des jeunes, des compétences parentales, repérage précoce et interventions brèves, outils interactifs, etc.

Crédits photos : Pierrem Fehr.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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