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Keytruda : le prix du médicament anticancéreux négocié dans le plus grand secret

Éditorial de la 432ème

Cela fait plus de six mois que, dans le plus grand secret, le laboratoire MSD (Merck) et le comité interministériel chargé de fixer le prix des produits de santé négocient de pied ferme pour trouver un accord financier pour un anti-cancéreux révolutionnaire : le Keytruda.

Un nouveau blockbuster qui pourrait rapporter 4,5Md$ pour Merck

C'est une information que livre Solveig Godeluck des Échos : "les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d'euros par an la dépense liée à Keytruda et Opdivo, les deux traitements vedettes de l'immunothérapie en oncologie, communément appelés anti-PD1. En 2016, la dépense pour ces deux molécules sous ATU s'est élevée à 318 millions d'euros. Le prix d'Opdivo a été arrêté il y a un an, et s'élève aujourd'hui à 5.400 euros par mois pour un malade de 70 kilos - sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement."

Mais aucune information sur le prix fixé ne filtre.

La Lettre de Galilée« Pour l’instant, on ne peut pas dévoiler le prix qui a été fixé », botte le Comité économique des produits de santé (CEPS).

On se souvient de la tribune d'une centaine de cancérologues dans Le Figaro l'année dernière dénonçant le prix des nouveaux traitements calculés par les industriels "en fonction de ce que les marchés sont capables de supporter" et de la campagne de publicité menée par Médecins du Monde pour demander à la Ministre de la Santé "d’user de tous les moyens juridiques et politiques en [son] pouvoir, afin de faire baisser drastiquement le prix des médicaments innovants".

De son côté le Leem (Les entreprises du médicament) se défend.  "Si les coûts de production ou de promotion sont faciles à déterminer par médicament, les investissements réalisés par les industriels en matière de recherche et développement s’inscrivent le plus souvent dans des logiques de portefeuille de produits. Il est donc quasiment impossible de les individualiser par médicament."

Les entreprises du médicament ont fort judicieusement lancé une campagne de publicité le 1er octobre : "la maladie ne dort jamais, nous non plus."

Une contrainte financière encore inconnue pour l'Assurance maladie.

Toutefois, dans son rapport annuel sur les comptes de la sécurité sociale, la Cour des Comptes prévient : "en oncologie, le développement des immunothérapies, qui devrait s’accélérer dans les années à venir, marque un tournant thérapeutique majeur susceptible de peser sur la situation financière de l’assurance maladie. (...) Le coût de ces [nouveaux] traitements s’échelonnerait, selon les estimations, de 250 000 € à 1 M€, pour un coût de traitement médian de 500 000 € par an et par patient.

Selon les prévisions d’IMS Health401, le chiffre d’affaires mondial du secteur pharmaceutique, soit 1 049 Md$, augmenterait de 300 Md$ entre 2016 et 2020, soit deux fois plus vite qu’entre 2010 et 2015. Sur cette même période, 225 nouvelles molécules seraient introduites (contre 184 sur la période précédente), notamment dans des thérapies ciblées.

L’arrivée prochaine de ces nouveaux traitements place ainsi le système français d’assurance maladie sous une contrainte financière dont l’ampleur n’est pas encore connue.

Afin de permettre aux patients d’y accéder, il convient par priorité de se mettre en situation de financer cette dépense non seulement par des efforts de négociation de leurs prix, mais aussi de révisions des prix des spécialités princeps existantes plus systématiques, plus rapides et plus ambitieuses." (p.380)

Un grand saut vers l'inconnu.

Crédits photos : Kim Wang.

À propos de Vincent Fromentin

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