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Jean de Kervasdoué : nostalgies et portes ouvertes

Plutôt décevant, le livre de Jean de Kervasdoué "ils ont perdu la raison" est resté  discret. Normal :  les lecteurs ont connu mieux.

La Lettre de GaliléeJean de Kervasdoué fait partie de cette aristocratie catho bretonne qui a viré à gauche, en gardant la particule, le regard altier et cette façon de parler avec componction comme si chaque mot produit devait être une pépite que s'arracherait un auditoire conquis.
Le livre qu'il vient de commettre, ils ont perdu la raison, paru en février 2014 aux Éditions Robert Laffont est un essai, écrit à la première personne, livrant pêle-mêle ses coups de blues et ses nostalgies de militant socialiste, ses coups de gueule sur les grands sujets de société, ses coups de griffe (plutôt succulents) sur des écolos devenus imbéciles, ses analyses (plutôt pertinentes) sur les faux dangers qui menacent la planète. Un livre qui eût été plaisant s'il n'avait pas été un peu bâclé, un livre amer aussi, écrit par un grand bonhomme qui n' a peut-être pas compris que le monde avait changé plus vite que prévu. La dernière phrase de son essai est empruntée à Mendès France  : "La République a besoin de savants", et l'auteur d'ajouter : "Oui, plus que jamais elle a besoin de les entendre et de les écouter".

Extraits

Nota : Nous n'avons sélectionné que les réflexions relatives à la politique de santé et le chapitre qui y est consacré (p.151 à 187). Par ailleurs c'est la rédaction de La Lettre de Galilée qui souligne.

Héritiers du progrès

A l'instar de ce qui s'est passé dans les années 1950 au Parti communiste pour les intellectuels, pour d'autres raisons, les scientifiques et les ingénieurs qui on accompagné le Parti socialiste depuis sa création s'en éloignent : je suis l'un d'entre eux. Ce mouvement se fait à bas bruit médiatique : pas de pétition, pas d'éclat, mais la distance s'accroît et avec elle la tristesse de ceux qui ne cherchent plus à être compris, voire entendus.(...)

(...) Quarante années se sont écoulées depuis que, débarquant d'un doctorat dans une université américaine, je participais aux premières réunions de la "commission recherche" du Parti socialiste. La croyance au progrès allait de soi et, avec elle, la foi dans les vertus de la raison. Nous militions, vendions l'Unité par des froids matins d'hiver, collions des affiches, (...)

(...) La passion s'était estompée, l'investissement n'était plus le même, d'autant que j'avais appris la difficulté de créer des entreprises. Je m'y consacrais.
Alors que les débats légitimes sur les mille manières de répartir la richesse produite par les entreprises accaparaient l'essentiel du temps des militants, ils ignoraient tout des conditions de production de cette richesse et du harcèlement administratif auquel était soumis un chef d'entreprise. (...)
(...) Les entreprises étaient plus que jamais noyées par des vagues de réglementations toujours plus nombreuses, toujours plus détaillées et de moins en moins applicables. (...)
.

(...) je constatais que l'émotion chez "mes amis" avait remplacé la raison. Ils réagissaient, compatissaient, pétitionnaient mais n'analysaient plus les bouleversements du monde et leurs conséquences sur notre pays. (...)

La gauche devient conservatrice

(...) Nous sommes [engoncés] aujourd'hui dans les trois mille pages du code du travail, les quatre cent mille règlements et la bien-pensance qui fait croire à nos concitoyens que l'Etat va pouvoir toujours les protéger de tous les aléas parce que l'on construit des règles de plus en plus strictes, (...)

(...) ils devraient chercher le "vrai", or ils s'intéressent au "juste" et à l'"équitable". (...)

(...) Pour se faire une idée des études financées par la Région Ile-de-France dans le cadre du "partenariat institutions-citoyens pour la recherche et l'innovation et dont Marc Lipinski veut s'inspirer, ils ont financé la fondation Nicolas-Hulot pour une étude sur "le pain bio dans l'assiette", SOS-Racisme pour 'la lutte contre les discriminations en Ile-de-France" ou encore le réseau Semences paysannes pour l'étude intitulée "un pain bio de qualité"? Comme le souligne l'Afis : "nous sommes bien dans le pur financement d'activités politiques militantes souvent très éloignées d'enjeux scientifiques quelconques. C'est l'inverse du Téléthon : au lieu de voir un militantisme citoyen soutenir l'effort scientifique, on impose à la science de soutenir un effort politique".

Pesticides

(...) la semaine sans pesticides. Pour se rendre compte de ce que cela signifie en agronomie, il suffit d'imaginer que l'équivalent médical de cette brillante initiative serait "la semaine sans médicaments". Pas besoin d'aller chercher loin pour justifier une semaine sans médicaments, l'argument est le même : les médicaments peuvent être dangereux pour la santé. Effectivement ils le sont toujours quand ils sont actifs, mais ils soignent aussi et c'est pour cela qu'ils ont été conçus à grands frais, pas pour être dangereux, mais pour guérir. (...)

L'excellente santé des agriculteurs et des ouvriers agricoles

(...) les agriculteurs ne sont pas plus malades que le reste de la population, au contraire. Selon l'étude "Agrican", financée par la Mutualité sociale agricole, "les agriculteurs français sont en meilleure santé que la population française (...)

Une perception biaisée des causes de cancer

(...) Les Français surestiment la mortalité par cancer, ils connaissent en revanche bien l'effet du tabac et de l'exposition au soleil sans protection sur la survenue des cancers. Toutefois, leur compétence s'arrête-là. (...) Les Français estiment être, sur ces sujets, bien informés ! L'ignorance se conjugue avec la prétention et ...le rôle de la presse. (...)

(...) "Certains facteurs de risque prennent une place disproportionnée par rapport à leur impact cancérigène. L'information est noyée par les articles présentant des facteurs variés, parfois fantaisistes" souligne le même rapport* qui poursuit en montrant qu'Internet n'arrange pas les choses". (...)
*
NDLR : rapport le La Ligue contre le Cancer de juin 2013, cité par l'auteur.

(...) On peut s'interroger sur l'impact de cette littérature sur un internaute qui la lirait avant d'effectuer des examens ou de prendre un traitement. La blogosphère militante y trouve un argument pour contester le système économique et les lobbies des laboratoires pharmaceutiques. (...)

(...) la population peut opter pour des stratégies individuelles de prévention aux conséquences catastrophiques : ainsi parce qu'ils font de l'exercice physique, mangent cinq fruits et légumes par jour ou mangent bio, certains pensent que leur risque de cancer est réduit et en déduisent qu'ils peuvent continuer de fumer. (...)

La politique de l'émotion

(...) Au nom de la santé, l'Etat réglemente, interdit, taxe. Mais, avant tout, la santé publique est liberticide (...) jusqu'où est-on, individuellement et collectivement, à abandonner la liberté au nom de la santé ? Quand personne d'autre n'est concerné, il me semble que l'Etat ne devrait pas s'en mêler; en revanche, quand le comportement de l'un peut nuire à l'autre, L'Etat devient légitime, à la condition toutefois que les mesures prises soient fondées et efficaces, ce qui est loin d'être toujours le cas (...)

Le tabou du rationnement

(...) il y a deux fois plus de pharmacies dans le sud que dans le nord de la France, alors que les règles et les indices sont les mêmes sur tout le territoire depuis plus de soixante ans ! Plus grave, il existe surtout de profondes inégalités de traitements médicaux selon le lieu de résidence. (...)

Une incapacité à comprendre l'évolution de la médecine

(...) Les connaissances médicales doublent tous les trois ans. Il se publie chaque année 700 000 articles médicaux dans des revues à comité de lecture. (...)

(...) Les généralistes peuvent encore, en droit, presque tout prescrire, alors qu'ils ne peuvent plus tout connaître : comment lire 2 000 articles par jour ? Pourquoi alors la liberté de prescription n'a-t-elle pas évolué ? (...)

(...) Le ministres successifs s'échinent ainsi à laver plus blanc que blanc pour tenter d'éviter des conflits d'intérêts, au point que seuls les incompétents auront le droit à la parole. (...)

Des réformes pour faire croire

(...) en 2004, Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé, annonçait que toutes les informations médicales de tous les Français se trouveraient enregistrées sur un dossier médical... (...) Trois ans plus tard, rien ne s'était produit, aucune économie n'était apparue et le ministre avait quitté son poste. (...)

En France, les inégalités de soins sont plus graves que les inégalités d'accès aux soins dues aux questions financières, mais les Français adorent débattre des principes de droit, surtout quand il s'agit d'égalité... (...)

(...) ...ces rapports sont le plus souvent des rapports "Kleenex" qui ne servent qu'une fois, au moment de leur présentation à la presse, puis sont oubliés. Ainsi le rapport Gallois remis au gouvernement dès juillet 2012 semble avoir subi en 2013 le même sort que le fameux "compte rendu au roi" qui fut remis à Louis XVI par M. Jacques Necker en janvier 1781. Ses recommandations restèrent lettre morte, Necker démissionna, le roi le rappellera en juillet 1788, il était trop tard. (...)

Les dépassements d'honoraires

(...) ...une consultation dure en moyenne vingt minutes, le lecteur pourra ainsi aisément comparer le revenu horaire d'un médecin à celui d'un avocat ou d'un consultant et le tarif d'une consultation en secteur conventionné (23 euros), inférieur à celui d'une coupe de cheveu pour homme dans le centre de Paris ou à une épilation de jambe... (...)

Les ONG ont des intérêts et donc aussi des conflits d'intérêts

(...) les associations, même quand elles sont de bonne foi, représentent toujours un autre ordre que celui de la recherche scientifique. Comme les partis politiques elles cherchent à convaincre et non pas à trouver une vérité. Les associations qui s'autoproclament "citoyennes" ne représentent qu'elles-mêmes et ne sont que l'expression d'un idéologie particulière. (...)

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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