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Inégalités de santé : acteurs de santé et territoires

Joy Raynaud est géographe de la santé. Son travail s'intéresse particulièrement à l'amélioration de l'accès aux soins, la démographie médicale, les organisations de l'offre de soins et la sociologie des professionnels de santé. Elle a déjà contribué à La Lettre de Galilée au travers d'un dossier spécial sur l'accès aux soins. Aujourd'hui, elle publie un livre intitulé "Inégalités de santé" aux éditions Economica et se prête à une interview pour nous.  

La Lettre de GaliléeVous êtes géographe, un métier peu répandu, en quoi cela consiste ?

La géographie est une discipline de sciences humaines enseignée à l’Université, elle comprend plusieurs branches telles que la géographie environnementale, économique, urbaine, la géopolitique, etc. J’ai choisi d’étudier la géographie de la santé et l’aménagement du territoire car l’accès aux soins est l’une des préoccupations majeures des français, il constitue donc un enjeu majeur pour les pouvoirs publics et les professionnels de santé. Au quotidien, il s’agit à la fois de réaliser un diagnostic des inégalités d’accès aux soins sur les territoires et de les anticiper pour mieux planifier et organiser les ressources. Ce qui rend ce sujet passionnant est la multiplicité des acteurs concernés ainsi que les domaines qu’il recouvre : économie, sociologie, démographie, politique, psychologie, etc. Concrètement, mes missions sont, par exemple, de cibler des territoires pour mener des actions prioritaires, de proposer des scénarios pour améliorer la cohérence territoriale d’une décision politique ou encore mener des actions de terrains en concertation avec l’ensemble des acteurs.

Vous avez réalisé une thèse sur l’accès aux soins et vous venez de publier un ouvrage consacré aux inégalités en matière de santé, qu’est ce qui a motivé ce travail ?

Je travaille auprès d’une association de médecins libéraux qui ont à cœur d’améliorer l’accès aux soins dans leur région. Ces médecins ont souhaité faire appel à un géographe afin de mieux comprendre ce que l’on entend par « accès aux soins » et donc pour agir plus efficacement sur les territoires. J’ai effectué un travail universitaire puis j’ai mené une enquête auprès de 1 000 patients et 500 médecins généralistes et spécialistes pour identifier quelles sont réellement les difficultés d’accès aux soins des patients. Bien que les « déserts médicaux » soient souvent évoqués par les pouvoirs publics et la presse, les résultats ont montré que les principaux obstacles des patients pour consulter un médecin sont le temps d’attente en cabinet chez les généralistes et le délai d’obtention d’un rendez-vous chez les spécialistes. Ainsi, l’ouvrage présente les concepts et les outils nécessaires pour analyser l’accès aux soins qui ne limitent pas seulement aux difficultés financières ou géographiques des patients.

Pourtant les politiques et les médias ne cessent de rappeler que près d’un tiers des français ont des difficultés financières pour se soigner, comment expliquez-vous que cette difficulté ne concerne que 5% des patients dans vos études ?

En effet, lors des débats sur le tiers payant par exemple, il a souvent été rappelé que 30% des français renoncent à consulter pour des raisons financières, mais ces chiffres sont faux. Il ne faut pas faire d’amalgames entre le renoncement aux consultations qui concernent environ 5% des français selon plusieurs études, le renoncement aux soins dentaires (18% des français) et le renoncement aux soins optiques (10% des français). De plus, une enquête du Fonds CMU, de l’Assurance Maladie et du Cetaf, réalisée en 2011, a montré que près d’un quart des français bénéficiant de la CMU-C ont renoncé à des soins pour raisons financières au cours de l’année. Ce résultat s’expliquerait notamment par la méconnaissance des bénéficiaires de ce que la CMU-C prend en charge. C’est donc l’Etat qui est en mesure de diminuer le renoncement pour raison financière, notamment en mieux informant les bénéficiaires de la CMU-C de leurs droits.

Vos études ouvrent de nouvelles perspectives mais quelles solutions préconisez-vous pour améliorer l’accès aux soins en France ?

Il faut tenir compte de l’avis des médecins et des patients avant toute décision politique. Ainsi, les solutions présentées dans l’ouvrage proviennent d’un travail d’enquête effectué auprès des médecins et des patients, il s’agit notamment du regroupement des professionnels de santé (maisons de santé pluriprofessionnelles, etc.) et de la télémédecine. A travers l’étude de plusieurs expérimentations, on observe que ces coopérations entre professionnels de santé favorisent la qualité et la durabilité des services de soins sur les territoires, notamment lorsque qu’elles sont à l’initiative des acteurs locaux.

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