Il est loin Charlie

L'oeil humide et la mine compatissante, les dirigeants humanistes du monde entier défilaient avec le peuple, guidés par la République éclairée. Nous nous en étions même émus. Tout le monde, Charlie d'un jour, défendait, transi d'amour, alors cette liberté d'expression si chère à la France. Il aura fallu à peine une semaine pour que cette unité nationale autour de la défense de la liberté d'expression vole en éclat. En cause : un dessin sur les murs de la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand , représentant 5 super-héros dans une orgie, a été condamné par "Osez le féminisme !" pour apologie du viol collectif. La peinture doit être effacée et des sanctions disciplinaires voire judiciaires seront prises à l'encontre des auteurs.

A chacun sa caricature...

Les salles de garde, lieu réservé aux seuls soignants, ont pour tradition de figurer des scènes paillardes ou pornographiques ; il est vrai, pour le bon goût, on repassera. Quoique Charb ou Wolinski n'étaient pas réputés pour faire des dessins pour enfants non plus. Pour les médecins, soumis à un stress où la moindre erreur est souvent fatale, ces salles sont des endroits pour décompresser, comme le rappelle sans embage Michel Cymès. Pour certains, c'est un "patrimoine" (auquel le Ministre de la Culture consacre d'ailleurs expositions ou travaux de recherche) qui se retrouve dans tous les hôpitaux universitaires.

CHU-de-Clermont-Ferrand-salle-des-internes

Ci-dessous la caricature incriminée. Cela ressemble davantage à une scène d'orgie bien assumée qu'à une incitation au viol collectif... Mais nous laisserons aux censeurs et aux exégètes en la matière le dernier mot. Dessinée il y a plus de dix ans, des bulles avaient été rajoutées; on pouvait y lire : "Tiens loi de santé. Prends-la bien profond !".

Les ayatollahs de la bien-pensance

A l'heure où l'on plante un plug anal géant sur la place Vendôme, il n'en fallait pas plus pourtant pour que le collectif féministe, qui s'est fendu d'un communiqué outré, y voie une atteinte directe en la personne de la ministre de la santé, Marisol Touraine. Il appelle franco à effacer toutes les fresques pouvant porter atteinte à la femme. Dans un emballement médiatique, tout le monde s'y est mis pour condamner cet acte "infâme" et "odieux". Même le Conseil de l'Ordre est allé dans son sens. "Nous avions tous dit qu’on était Charlie, mais il a suffi qu’une association féministe hausse un sourcil courroucé pour que le Conseil de l’ordre des médecins se couche ; que le directeur du CHU se couche ; que le doyen de la faculté se couche ; que le syndicat des internes se couche. On peut se moquer du Prophète, mais pas d’une ministre." tempête Jacques Drillon dans le NouvelObs. Martin Winckler, ancien médecin exilé au Québec, a commenté ce débat en défendant la position féministe et dénonçant cette paillardise comme une "idéologie de classe"...

En tous cas, en plein bras de fer avec les médecins, Marisol Touraine ne marque pas des points; dévoilant pour certains sa méconnaissance du milieu médical et de ses traditions.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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