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Hôpital : le plan d’économies affectera-t-il les effectifs ?

Guillaume Guichard, dans un article paru hier dans Le Figaro, affirme, carte à l'appui, que le plan d'économies pour les hôpitaux présenté par la Ministre en février 2015 prévoyant 3 milliards d'économie de 2015 à 2017, imposera une suppression de 16 000 lits qui "ne pourra se faire sans toucher à la masse salariale". Quelques heures plus tard, la Ministre s'est empressée de démentir par un communiqué : "il n'existe pas de plan de fermeture de lits, pas plus qu'il n'existe de plan de fermeture des sites d'urgences". Dont acte pour la FHF qui "attend donc aujourd’hui des pouvoirs publics qu’ils donnent des consignes fermes aux Agences Régionales de Santé afin que prennent fin les injonctions qui sont actuellement adressées aux établissements pour qu’ils procèdent à des fermetures de lits d’ici 2017", lit-on dans son communiqué. Marisol Touraine s'est-elle pris les pieds dans le tapis de la communication  ?

Pétard mouillé ?

Déjà en août 2015, Guillaume Guichard, dans un article sur les urgences, s'était attiré les foudres de l'avenue Duquesne.  "Loin des images d'urgences saturées, un certain nombre de services fonctionnent en sous-régime. Pas moins de 67 [sur 650 NDLR] d'entre eux connaissent une affluence inférieure au seuil de référence des 10 000 personnes par an" osait-il écrire en se basant sur les données Hospi Diag. Il citait en référence le rapport de Jean-Yves Grall à peine remis à la ministre sur les urgences qui proposait la transformation de "certains services d’urgence à faible activité (< 8 à 10 000 passages) en centres de soins non-programmés (CSNP)" (p.23). On pouvait donc comprendre que près de 70 établissements étaient menacés de fermeture.

Lire : Faut-il fermer les petites maternités ?

Le Ministère avait alors tancé vertement le journaliste, au passage estampillé "conservateur" par l'AFP, dans son communiqué : "cette liste, construite par le journaliste, résulte seulement d’une extrapolation et d’une lecture partielle et erronée des conclusions de ce rapport." Tout en réaffirmant que "le gouvernement renforce, depuis 2012, le service public des urgences, conformément à la promesse du Président de la République lui-même de garantir à chaque Français un accès aux soins urgents en moins de trente minutes".

La Lettre de Galilée

Hier, dans son article "les non-dits stratégiques et dangereux de Touraine", le journaliste en remet une couche. "Marisol Touraine aurait pu expliquer que la grande majorité des urgences, surtout dans les petits hôpitaux, sont de simples consultations sans gravité. Que les urgentistes, ressource médicale de plus en plus rare, ne sont alors pas nécessaires. Mais au lieu de cela, la ministre préfère répéter que le gouvernement renforce depuis 2012 le service public des urgences".  Citant un courrier "discrètement" envoyé à la FHF qui prévoit une "concertation sur le schéma territorial des urgences [qui] doit être engagée dans délai dans chaque région" ("rééquilibrage des effectifs médicaux", "organisation cible", "ajustement des effectifs" y sont entre autre évoqués), le journaliste en conclut que la ministre "a choisi de cacher plutôt que d'expliquer".

Réduire la masse salariale, secret de Polichinelle ?

Basé sur la loi de finances 2015, le plan triennal d'économies annoncé par la Ministre en février dernier prévoit 3 Mds d'euro d'économies d'ici à 2017, "dont 860 millions d'économies sur la masse salariale" selon un "kit de déploiement" transmis aux DG des Agences de Santé, relate Eric Favereau dans Libé. Le Ministère s'était déjà fendu d'un communiqué pour maintenir qu'il ne s'agissait aucunement de baisser les effectifs hospitaliers.

Lire : les propositions explosives de la Cour des Comptes pour la Fonction Publique

Or, pour nombre d'économistes et de spécialistes, pas d'économies réelles sans une réduction des effectifs : la masse salariale représente près de 65% des dépenses de fonctionnement des hôpitaux déjà fortement endettés.

Lire : Emprunts toxique des hôpitaux, qui paie la facture ?

Selon un rapport de la Cour des Comptes de 2014, la dette des établissements publics de santé a triplé en dix ans. Elle représente fin 2012 près de 30 Md€, soit 1,4 % du PIB. Pour les 32 CHU, la dette dépasse les 11 Md€. Un seuil d'ailleurs jugé "critique", qui obère sérieusement la "capacité [des hôpitaux] à financer leurs investissements courants". Et le nouveau régime minceur exigé par le Ministère de la Santé depuis l'année dernière risque de limiter l'ampleur du plan concocté par Macron pour valoriser l'export de l'innovation...

Lire : Petit manuel de Macron-économie à l'hôpital

A quelques encablures des présidentielles, il s'agit de faire des économies sans trahir et se mettre à dos soit les électeurs, attachés à leur maternité ou à leur service d'urgence, soit les syndicats du personnel, prompts à la vindicte. Pour faire face à la réduction des durées de séjours et à l'émergence de l'ambulatoire, les projets d'établissements, notamment au travers des groupements hospitaliers de territoire (GHT) obligatoires, prévoient des réductions capacitaires. Mais les établissements de santé, face aux efforts exigés par le plan triennal d'économie et la baisse des tarifs de soins, n'auront d'autre choix que de se réorganiser en réduisant leur masse salariale.

Difficile de parler de maîtrise des effectifs quand Manuel Valls souhaite un "geste significatif" sur la revalorisation de l'indice des fonctionnaires, gelé depuis 2010. Le 17 mars dernier Annick Girardin, la Ministre de la Fonction Publique, a précisé l'ampleur du geste : +1,2%, soit un coût annuel de 2,4 Md€ dont 552M€ pour les hôpitaux. En pleine grogne sociale, on comprend le geste.

Mais ce "cadeau", décidé unilatéralement, risque de mal passer auprès des hôpitaux aggravant d'autant leur déficit. Frédéric Valletoux, président de la FHF, prévient : "si on nous rajoute des dépenses non financées, on court à la catastrophe." Les hôpitaux risquent de se sentir bien seuls...

Crédits photos : Jurgen Leckie.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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