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Grande conférence de la santé : pas de quoi en faire un fromage

Éditorial de la 347

Il y a tout juste 15 ans, presque de date à date, le ministre des affaires sociales et de la Solidarité, Elisabeth Guigou, réunissait son « Grenelle de la santé ». Il était question de «modernisation de la médecine » et, comme aujourd’hui, on se situait à un an d’une échéance électorale majeure.

La similitude avec la "grande conférence de la santé" du 11 février dernier est frappante.

Même solennité, même charabia, même clins d’œil, même microcosme avec des bidules créés ex nihilo représentant des réseaux, des pôles, des coordinations, des comités, des collectifs et autres machins. Et aussi – et surtout - des experts, ceux qui savent, ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un cabinet à Coucou-Les-Nuées mais qui savent, qui connaissent la saine écriture par cœur.

En 2001, échaudés par la douche froide du plan Juppé, les syndicats de médecins libéraux y étaient venus à reculons. Mais toute la planète santé était là, en costume du dimanche, persuadés, comme aujourd’hui, de vivre l’histoire en direct.

Il y a cependant de grandes  différences entre 2001 et 2016.

La première tient à ce que, cette fois-ci, les 5 syndicats représentatifs des 120 000 médecins libéraux français ont carrément boudé la fête de Marisol tout juste reconduite dans ses fonctions de ministre lors du dernier remaniement. Comme l’analyse Le Monde les syndicats ont préféré tenir, au même moment, leurs « assises de la médecine libérale », évitant ainsi « la mascarade médiatique » du gouvernement et espérant bien entamer des négociations conventionnelles avec un rapport de force favorable.

La deuxième tient au calendrier. Guigou (et Kouchner) préparait une loi alors que Touraine a déjà fait avaler la sienne. Chez Touraine le monde de la santé tourne à l’envers. On décide et après on cause. Après le deuxième round du « Grenelle de la santé » (car il y eut à l’époque deux réunions, une en janvier 2001 et l’autre en juillet 2001), le cabinet de Kouchner s’est mis à phosphorer sur un texte devenu la loi du 4 mars 2002, une loi sur le droit des patients, une loi fleuve, une « loi testament » comme diront certains car à l’époque la gauche étaient souffreteuse et les sondages peu flatteurs (là-dessus, les choses n'ont pas changé !)

La troisième grande nuance de taille tient aux participants. Il y a quinze ans, siégeaient à la table des discussions les représentants des assurés sociaux, « les payeurs » disait-on encore, ceux qui abondent le système en puisant sur le travail et sur la production de la richesse nationale (cette notion paraît tellement désuète aujourd’hui tant il est vrai que tout le monde pense que la santé relève de l’impôt).

Le représentant du Medef de l’époque, Denis Kessler, comme le rappelait Libération, avait mis les pieds dans le plat en s'interrogeant sur l'intérêt qu'il y avait à « réunir quatre-vingts organisations, entendre cinquante interventions et conclure par des décisions préparées à l'avance dont certaines engagent des dépenses qui ne sont même pas chiffrées !» Et d'ajouter : « Cela nous conforte dans notre décision de ne plus participer à la gestion des organismes de protection sociale. » Et effectivement, en 2001, les représentants des employeurs quittèrent les conseils d’administration des URCAM, aujourd’hui englouties dans les ARS.

Pas de partenaires sociaux, pas de médecins libéraux. Mais alors qui ? Il suffit de jeter un œil à l’ordre du jour ministériel pour se rendre compte de l’importance qu’ont pris les associations de patients dans le débat public et combien le rêve d’un « An III de la démocratie sanitaire » devient une réalité (voir Café Nile demain avec Jacques Bernard).
1996 (droite), 2002 (gauche), 2004 (droite), 2009 (droite), 2015 (gauche)... Lentement mais sûrement, le système de santé se construit par couches successives immuables. Les partis politiques, tantôt au pouvoir et tantôt dans l'opposition, chipotent sur des vétilles mais ne reviennent jamais en  arrière.
Quand demandera-t-on vraiment aux citoyens ce qu'ils en pensent ?

Crédits photos : RM.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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