La Lettre de Galilée

Grand écart, long vol et petite voix

Au milieu de la tourmente sur l’affaire Williamson, le Saint-Siège vient d’annoncer l’organisation d’un congrès international sur Galilée pour commémorer le 400ème anniversaire des premières observations astronomiques de notre grand homme. Et aussi pour montrer la capacité du Vatican à faire le grand écart. 
L’écho que la Lettre de Galilée fera cette semaine de nos petits défilés sans tambours ni musique du 29 janvier apparaîtra bien tiède. Toutes proportions gardées, on retiendra un paradoxe - un de plus - auquel notre petit monde de la santé s’est habitué. Dans une pagaille finalement moins forte que prévue, la mobilisation des personnels des hôpitaux publics, médecins hospitaliers compris, a été forte. Avec, en vedette, le très médiatique Patrick Pelloux, tête de file des urgentistes. C’est en tout cas ce que rapporte le Quotidien du Médecin du 2 février.
Le même jour, les Echos dévoilent un rapport de l’Inspection Générale des affaires sociales sur les rémunérations dans les hôpitaux français. Le rapport (qui n’est pas encore accessible) dénoncerait les aberrations et l’opacité du système et placerait … les urgentistes en tête du hit parade des revenus, juste après les anesthésistes-réanimateurs et les néphrologues.

Le projet de Loi Bachelot, loi « star » de l’année 2009, est bien l’objet de la grogne. On pouvait regretter (voir nos Lettres précédentes) qu’elle ne contînt pas de dispositions sur les systèmes d’information santé, et notamment sur le DMP (dossier médical partagé – personnel, rayer la mention inutile) que tout le monde croit moribond. Mais cette exclusion de la Loi HPST n’est pas pour déplaire aux responsables du dossier qui se trouvent à l’abri des missiles sol-sol lancés par les syndicats et les partis de l’opposition contre la ministre de la santé à propos de l’hôpital.
À commencer par Jean-Yves Robin, le nouveau directeur du GIP-DMP (groupement d’intérêt public chargé du DMP) qui peaufine la feuille de route de tous les acteurs impliqués dans une expérimentation laquelle, il est vrai, sans être encore un marigot, commençait à devenir un bouillon un peu rance. Avec Michel Gagneux, connu autant pour l’affûtage de ses griffes que pour le pragmatisme de ses propositions, comme président de la future ASIP (agence des systèmes d’information de santé partagés) il faut s’attendre à quelques brushings musclés. On nous annonce un recadrage ferme et clair, aussi bien des industriels et éditeurs que des hôpitaux, avec la mise en place d’un INS (identifiant national santé) dans les prochains mois alors qu’on l’attendait aux calendes grecques. Descendu dans une arène languedocienne en prélude à une tournée des popotes, histoire de se frotter aux réalités du terrain, Jean-Yves Robin, qui cumule la double expérience de médecin et d’industriel, a très vite compris la rigueur de la gestion des deniers publics. On nous annonce des surprises (des bonnes et des moins bonnes sans doute) par la ministre elle-même dans la deuxième quinzaine de mars (le 23 ?). Après un long vol agité, puisse notre hirondelle ministérielle annoncer un véritable printemps du DMP !

Le sujet des systèmes d’information - effet de contagion ? - est en ce moment inépuisable. La Cour des Comptes se penchera demain sur la conduite du chantier DMP et après l’exhortation du président de la République dans son discours de Strasbourg, à recourir à la télémédecine comme une technologie d’avenir, voilà deux documents qui enfoncent le clou. Un premier, rédigé à la DHOS (direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins) par Pierre Simon et Dominique Acker, tous deux conseillers généraux des établissements de santé et qui dément, par la qualité et l’exhaustivité de l’étude (160 pages bon poids), que ce service de la DHOS serait une espèce d’infirmerie centrale des fonctionnaires in-recasables.
Le second, en écho, un livre blanc du conseil national de l’ordre des médecins, sur le même sujet, salué unanimement par les quatre plus grandes organisations d’industriels, qui décline en 9 préconisations le point de vue de l’institution ordinale.
Les deux abordent la question du financement de l’acte de télémédecine. Si le second se limite à évoquer la nécessité d’une rémunération « spécifique », le premier se plaît à rappeler (page 74) que la HAS (haute autorité de santé) a émis en juillet 2007 « un avis positif sur l’opportunité de créer un acte de lecture à distance. Cet avis est aujourd’hui resté sans suite du côté de la CNAMTS. »
Comme il y a 40 ans pour l’investissement immobilier des hôpitaux, l’assurance maladie est quasiment la seule source de financement de l’informatisation de la santé. De payeur aveugle en ferait-on une grande muette ? En tout cas elle a, en ce moment, une bien petite voix.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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