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La Lettre de Galilée

Fond de sauce, mises en bouche et mignardises

Dans l’attente du renouvellement de l’assemblée nationale, n’attendons rien de très spectaculaire. Car dans le miroton des promesses présidentielles l’essentiel des réformes annoncées relève de la loi. Le nouveau menu (la nouvelle ardoise ?) du gouvernement fraîchement constitué sera donc connu dans le détail le 3 juillet prochain, date d’ouverture de la session extraordinaire du Parlement et, probablement, du discours de politique générale.
Pour faire patienter sa clientèle de gauche et surtout ne pas la décevoir trop tôt, le nouveau chef étoilé de l’avenue de Ségur –qui, selon la presse de la semaine, se rapprocherait plus d’Anne-Sophie Pic que de Maîté– doit recourir à trois règles : mitonner, rassurer, régaler.

Première règle donc : renouveler la brigade.
Les premières nominations sont parues aux journal officiel du 19 mai. Le président et le premier ministre ne sont pas allés chercher des apprentis de cuisine (Les Echos).
Michel Yahiel, énarque comme il se doit et inspecteur général des affaires sociales, situation de repli naturelle pour les crânes d’œuf des ministères pendant les périodes d’alternance, a été au service de Georgina Dufoix et de Jean-Louis Bianco à l’ère mitterrandienne avec un crochet à la mairie de Paris comme directeur des ressources humaines, pour finir au service d’Alain Rousset à l’Association des Régions de France. Flanqué d’Olivier Lyon-Caen, ce neurologiste de la Salepétrière, ancien conseiller de Jospin, co-signataire avec Didier Tabuteau et André Grimaldi d’un brûlot qui à l’époque (cf. notre Lettre n° 191) n’avait pas laissé indifférent le champion des primaires socialistes, l’Elysée a tapé dans l’élite mais pas dans les modérés.
Idem à Matignon, avec à la fois, Christophe Chantepy, le directeur de cabinet, spécialiste des questions sociales et Christophe Devys, conseiller technique, qui occupa les mêmes fonctions en 1997 avec Lionel Jospin alors premier ministre.
Univers assez masculin en fin de compte que ces maîtres-queux et autres sauciers du médical et du social désignés dans le nouveau gouvernement puisque c’est encore un mâle, Jean-Luc Nevache, lointain directeur de l’agence régionale de l’hospitalisation de la Guadeloupe plus connu comme ancien préfet de Haute-Corse, nommé en juillet dernier délégué général de la prévention routière, qui dirigera le cabinet de Marisol Touraine.
Bruits de gamelles dans les cuisines : le retour de caciques aux postes clés fait grincer les sortants. La « chasse aux sorcières commence » exulte Xavier Bertrand sur le site de TF1. Hollande, dans une formule de campagne en février, avait dénoncé « l’Etat UMP » alors que les troupes de droite reprochaient justement le contraire à Sarkozy, accusé de munificence échevelée en faveur de collaborateurs de gauche nommés ou maintenus souvent à des postes importants dans les ministères. N’exagérons donc rien, le ménage avait déjà été fait pour partie paradoxalement par le prédécesseur.

Deuxième consigne : distribuer quelques mises en bouche pour faire taire les borborygmes provoqués par la faim soudaine de changement qu’une campagne sans pitié a excitée pendant plusieurs mois.
Si les caméras et les micros suivent le président dans ses pérégrinations internationales, c’est aujourd’hui davantage pour scruter sa gestuelle, mesurer la fluidité de son anglais ou encore vérifier l’ouverture outre-atlantique des américains vis-à-vis de la first girlfriend française (cf. Le Parisien) que pour immortaliser un improbable chamboulement des grands équilibres diplomatiques.
Idem dans la santé. Le premier déplacement de Marisol Touraine participe de cette même distribution de symboles, politiquement hypocaloriques mais efficaces, destinés à rassurer un électorat encore tout émoustillé par sa victoire. C’est l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis qui a été choisi par la ministre pour signifier urbi et orbi devant les personnels des urgences de cet établissement qu’elle était « déjà au travail ».

Troisième consigne enfin, servir sans tarder les premiers plats chauds.
Mission plus délicate car on sait que la plupart des plats de « résistance » risquent de bien porter leur nom si le parti socialiste ne parvient pas le 17 juin à rassembler une majorité confortable. Pour éviter une aile gauche turbulente qui rêve d’en découdre, François Hollande aura-t-il la tentation de caresser le centre droit dans le sens du poil au risque de temporiser sur certains dossiers sensibles.
La plupart des promesses du nouveau président relèvent en effet du débat parlementaire : modification de la LFSS 2012 pour abroger la TVA sociale, fin de la convergence tarifaire, réforme de la dépendance…
Que reste-t-il du domaine réglementaire ?
Peu de choses à vrai dire dans les quatre semaines qui viennent, si ce ne sont les règles de tiers-payant sous certaines conditions qui pourraient rapidement faire l’objet de textes baclés à la signature du ministre et de toute façon, comme la TVA, inapplicables immédiatement compte tenu des adaptations techniques nécessaires. Il reste aussi les décrets d’application de la loi sur le médicament portée sur les fonts baptismaux par Xavier Bertrand le 29 décembre dernier, tout en essayant de faire oublier que l’opposition de l’époque ne l’avait pas votée.

Quelques mignardises en quelque sorte, et doucereuses sucreries, sans intérêt gustatif en attendant… le salé !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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