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Faut-il lyncher les médecins payés par les laboratoires pharmaceutiques ?

Éditorial de la 459ème

Ce matin, un premier volet d'une enquête vient d'être publié. Il est consacré aux liens d'intérêts tissés par les laboratoires pharmaceutiques avec la profession médicale. Avec une annonce fracassante : 14 millions de liens ont été répertoriés en France depuis 2012, pour un montant total de plus de 3,5Md€ versés aux professionnels de santé. Faut-il y voir un véritable scandale ?

Lire : Affaire Levothyrox, retour sur un scandale

L'information est révélée, en partenariat avec l'Observatoire des Multinationales, par BastaMag, un magazine dirigé par Mathieu Lapprand, journaliste Force Ouvrière. Manque de bol, le Parisien a révélé hier les notes de frais salées de ses cadres... Après l'histoire du prix des cigares de Blondel, l'histoire se répète mais le timing tombe bien mal.

Les deux médias, l'Observatoire des multinationales et BastaMag, sont soutenus par de nombreuses fondations (pour la plupart basées en Suisse) et des aides publiques (Culture, réserve parlementaire des députés), notamment la Fondation pour une Terre humaine, fondée et dirigée par Jean-Louis Gueydon de Dives, militant d'une écologie radicale et décroissante, soutien de José Bové et fils de Jacqueline Beytout, ex-propriétaire et PDG des Échos. "L’écologie a un grand avenir devant elle si l’économie venait à s’effondrer" n'hésite-t-il pas à lancer. On retrouve aussi la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme qui vit sur les dividendes (plusieurs centaines de millions d'euro bien placés) issus du patrimoine financier de son fondateur, le milliardaire Charles Léopold Mayer. Des organismes sans but lucratif qui ont le sens des affaires.

Le décor est planté. Mais, s'il est parfois intéressant de savoir qui se cache derrière une information, l'argument de l'arroseur arrosé ne suffit pas... Pure jalousie diront les contempteurs, pour une Lettre de Galilée qui peine à glaner quelques euro auprès de lecteurs fauchés...

Les gestions politiques des derniers scandales sanitaires ont renforcé les suspicions et les craintes populaires. Un terreau parfait pour faire le buzz. L'article relève la "densité des liens d’intérêts tissée par les labos autour de la profession médicale, en particulier avec quelques "influenceurs" privilégiés." Depuis 2012,  chiffres à l'appui, le magazine recense près de 14 millions de liens d'intérêts et  3,5Md€ de "rémunérations perçues" par les professionnels de santé. Ce qui fait à peu près 200€ par an et par médecin en France.

Non. Il s'agit certainement de ces "influenceurs". Le problème est connu et repose sur le fait que ces influenceurs sont des personnes expertes. Et leur expertise est convoitée tant par les laboratoires que par l'État. Ce qui est plutôt bon signe : "l’indépendance totale n’existe pas à moins de faire appel à une personne totalement extérieure au sujet, ce qui est contraire à la notion même d’expert" rappelait Laurent Degos. La transparence pour la transparence, poussée à l'extrême, écarte les experts les plus renommés. C'est ce qu'avait d'ailleurs pointé du doigt Agnès Buzyn et qui lui avait valu ses premières critiques : si vous voulez un expert, il aura forcément un lien avec une industrie. Un médicament sans médecin en amont comme en aval ne peut se concevoir.

Lire : Mais qui est vraiment Agnès Buzyn ?

L'argument de BastaMag repose sur une logique de "réciprocité" qui viendrait à entamer la déontologie des médecins par le biais de "mécanismes psychologiques d’influence". Car au final le magazine ne relève aucune irrégularité : depuis 2016, les données sont rendues publiques sur le site transparence.sante.gouv.fr . "Mais celui-ci, sous la responsabilité du ministère, est si mal conçu que ces informations sont au final inaccessibles aux citoyens et difficiles à exploiter. En cause  la mauvaise volonté aussi bien des laboratoires pharmaceutiques que du gouvernement." Certes. Alors les lanceurs d'alerte ont travaillé ces données publiques pour les rendre plus accessibles.  Problème : pour se connecter à la base de BastaMag, il faut accepter l'utilisation de ses données personnelles. Zut. On ne verra pas la belle ergonomie...

Bref. Beaucoup de fumée. Reste à connaître les conclusions pénales de ces accusations. Faut-il lyncher les médecins qui ont accepté de se faire rémunérer pour leur expertise ? La justice des réseaux sociaux le dira.

En attendant, La Lettre de Galilée risque bien d'être clouée au pilori des collabos de Big Pharma...

Crédits photos : Môsieur J. [version 9.1]

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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