La Lettre de Galilée

Été meurtrier ?

Tout le monde ne part pas en vacances mais parmi ceux qui iront quand même s’aérer les pieds après le marathon conventionnel de la semaine dernière, beaucoup d’entre eux laisseront leurs téléphones branchés et leur blackberry sur le coin de la serviette. Marathon ? Non pas vraiment. Personne, à ce qu’on sait, n’est mort en annonçant la victoire. Plutôt entraînement de préchauffe avant les retrouvailles de septembre.
S’il n’y a pas eu d’accord le 24 juillet c’est bien parce que l’été est incertain et que la marge de manœuvre des discutants manque de clarté. Qu’on s’aventure à proposer des économies sur les ALD et vlan ! retour à l’expéditeur sous forme de soufflet cinglant de la ministre. Qu’on s’amuse à piétiner sur l’asphalte et faire semblant de courir, et la menace vient de plus haut, de très haut, sous forme de droit d’ingérence régalien dans une relation contractuelle. Sur la scène du ticket modérateur, tous les ministres, de droite ou de gauche, depuis 30 ans, ont joué les souffleurs plus ou moins bruyants. Feu Maurice Derlin, le « sphinx » de l’assurance maladie pendant 25 ans, était l’expert du ménage à trois. Mais là, le souffleur sort carrément de sa trappe pour faire ses rodomontades sous les feux de la rampe.
Sans entonner le refrain de la FFSA (fédération française des sociétés d’assurance) il est vrai que le débat sur les ALD recèle une bonne dose d’hypocrisie. Tout le monde sait que ce dispositif doit être kärchérisé mais personne ne s’aventure à le déloger de la galerie poussiéreuse des avantages acquis.
Sur les promesses conventionnelles de la rentrée, plusieurs choses à souligner :
- la sempiternelle question de la démographie médicale avec la perspective d’une solidarité entre médecins installés en zone excédentaire et ceux qui veulent goûter de la maison médicale dans la France profonde ;
- la perspective d’un partenariat de l’assurance maladie avec les organismes complémentaires représentés au sein de l’UNOCAM (union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie) sur le secteur optionnel ;
- les contrats individuels sur lesquels, pour l’instant, les réserves restent assez fortes.
Autre sujet intéressant, à traiter comme devoir de vacances, celui de la fiscalisation de la taxation de l’industrie du médicament, qui vient de faire l’objet, le 22 juillet, d’un intéressant et copieux rapport parlementaire présenté par le sénateur Jean-Jacques Jegou devant la commission des finances du Sénat.
Inventaire précis et complet de l’économie du médicament en France et en Europe, ce document, à remettre en main propre à tous les étudiants en économie de la santé, donne effectivement à l’imbroglio réglementaire et fiscal autour du « taux K »… des relents kafkaïens.
Dernier risque d’incendie à signaler pendant l’été, celui des ARS. Moissonneuse-batteuse à débroussailler large, le secrétariat général des ministères sociaux, piloté par Jean-Marie Bertrand, doit remettre sa copie à la ministre le 24 septembre. Pour reprendre le titre de Protection Sociale (n°651 23 juillet) «  il manque encore des pièces au meccano ».
Il ne faut pas être grand clerc pour pointer du doigt la grande difficulté de l’opération : une agence régionale de santé, oui, mais pour quoi faire ? On devine la coupe, on ignore le breuvage. Parler de la structure évite de s’étendre sur la mission. Car, évoquer un but, une finalité, c’est se mettre à nu sur son intention. Le système de santé sera-t-il administré ou géré ? L’offre de soins sera-t-elle planifiée ou négociée ? Apparaîtraient alors deux dangers antagonistes qui ne tranquillisent personne : l’étatisation ou la régulation par une certaine dose de marché.
Pour éviter le ras de marée l’assurance maladie tente de se positionner comme un recours. La gestion du risque (cf. lettre de Galilée n° 40) apparaît comme une clé dans le choc des deux cultures.
Si l’été n’est pas totalement meurtrier, il laisse déjà des meurtrissures…
En attendant, Rémy Fromentin, Jean-Pol Durand, Françoise Assémat et Émilie Paris envoient la Lettre en colonie de vacances. Elle reviendra le 2 septembre.
Bon repos à tous...

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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