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États Généraux de la Bioéthique : la PMA au menu

Éditorial de la 452ème

Ce jour, se tient à 14h à la Maison de la Chimie la présentation du rapport de synthèse des États Généraux de la Bioéthique qui viendra clore le cycle de consultation citoyenne initié le 18 janvier dernier sous la houlette du Pr Jean-François Delfraissy, président du comité consultatif national d'éthique (CCNE).

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Une mobilisation des citoyens apparemment importante puisque près de 30 000 personnes ont participé aux argumentaires (65 000 contributions) sur le site Internet dédié et presque 20 000 ont assisté à 250 débats organisés par les Espaces éthiques régionaux. Pour avoir une appréciation globale de l'avis des citoyens, le CCNE a auditionné 87 associations, 36 sociétés savantes, 9 groupes de courants philosophiques ou religieux, 15 institutions et 3 entreprises ou syndicats d'entreprises. Une consultation bien plus importante que les États généraux de l'alimentation qui n'avait reçu qu'à peine 17 000 contributions sur 4 mois.

Quelle synthèse va en retenir le CCNE ?
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Dans une tribune du Figaro, Jacques Testard et Marie-Angèle Hermitte n'y vont pas par 4 chemins. "Le principe cardinal d’indisponibilité des éléments du corps humain est de plus en plus écarté au profit du désir des personnes mais aussi de la possibilité de vendre ou louer ces éléments (...) Les données recueillies seront en général pauvres en termes d'innovation de choix politiques du fait de l'absence de temps de délibération collective et de confrontations créatrices. Une fois obtenues, qu'en faire? La loi de 2011 a prévu un «rapport de synthèse», exercice difficile, et a eu tort de le confier au CCNE qui, commanditaire de l'exercice, ne doit pas être à la manette pour les conclusions. Il ne saurait malgré ses efforts être «objectif», ayant déjà rendu des avis sur la plupart des thèmes abordés. Des doutes sur la validité et l'honnêteté du processus sont vite apparus, même s'ils ont été exprimés de manière sommaire. Certains journalistes ont pointé la mobilisation de la «Manif pour tous» accaparant les débats publics pour s'opposer à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes ; mais ils ont oublié de mentionner la mobilisation des pro-PMA et GPA, sur Internet, dans les médias et dans les auditions. Didier Sicard, ancien président de CCNE, s'est inquiété de la diabolisation dont sont victimes les opposants à cette ouverture de la loi, traités de «réacs, d'obscurantistes ou désignés comme croyants... accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires, c'est une manière de fermer le débat...»."

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Comme le critique également le Dr.Nau sur son blog, les discussions deviennent  "consanguines" et autour d'un "entre-soi" proprement "anti-démocratique". Un CCNE juge et partie qui a déjà rendu un avis sur tous les sujets évoqués.

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Dans un entretien à Valeurs Actuelles, le Pr Jean-François Delfraissy, le président du CCNE, prévient sans ambages : "chacun a sa vision de l’éthique, je considère que l’un des objectifs est d’arriver à un équilibre entre les avancées de la science et les avancées de la société. Parfois, c’est la science qui avance très vite et la société qui est en retard, parfois, la société avance plus vite. Entre les innovations de la science et celles de la société, il n’y a pas de bien et de mal.(...) sur les questions comme la PMA ou la fin de vie, je regarde ce qui est en train de se passer et je constate une certaine forme d’évolution sociétale. (...) si la vision de la société a changé ? Si les besoins de la société ont changé ? Ce n’est pas aux experts d’en décider."

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En même temps, Emmanuel Macron, selon une indiscrétion de Loup Besmond de Senneville dans le journal La Croix (décidément, La Lettre de Galilée ne s'abreuve cette semaine que de revues réacs), organisait "discrètement" à l'Élysée un dîner sur la PMA. Que s'est-il dit ?

"Nous sommes  au carrefour des possibles, a affirmé le Président, nous pouvons désormais introduire dans la loi quelques-uns de ces possibles’’ en restant dans une forme de neutralité.

Une attitude toutefois bien différente de celle plus tranchée à propos du suicide assisté. "Le suicide est toujours un acte violent" avait-il alors affirmé lors d'un autre dîner sur la fin de vie qui s'était tenu le 13 février dernier. Sur la PMA, pourtant, le Président semble de plus en plus réticent à ouvrir le droit à la PMA. Certains proches ont même signé une tribune dans Libération pour lui rappeler ses engagements de candidat.

Il faut certainement relire le (long) discours d'Emmanuel Macron aux Bernardins devant la Conférence des Évêques qui avait fait arracher les cheveux de plus d'un. "J'entends les recommandations que formulent les instances catholiques, les associations catholiques, mais là encore, certains principes énoncés par l'Eglise sont confrontés à des réalités contradictoires et complexes qui traversent les catholiques eux-mêmes (...). L’Eglise accompagne inlassablement ces situations délicates et tente de concilier ces principes et le réel. C'est pourquoi je ne suis pas en train de dire que l’expérience du réel défait ou invalide les positions adoptées par l'église ; je dis simplement que là aussi il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s'étendre à l'infini sans remettre en cause l'idée même de l'homme et de la vie. Ainsi le politique et l'Eglise partagent cette mission de mettre les mains dans la glaise du réel, de se confronter tous les jours à ce que le temporel a, si j’ose dire, de plus temporel."

"La politique, c'est mystique" confiait l'année dernière Emmanuel Macron au JDD. C'est certainement mieux que ce qu'en disait Édouard Herriot. Mais on verra bien plus tard si la réalité aura été plus prosaïque.

Car après la remise de ce rapport de synthèse à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), l’objectif est d'aboutir à un projet de loi à l’été 2018 pour un examen par l'Assemblée Nationale à la rentrée et une adoption de la loi dans le courant du 1ersemestre 2019. La consultation citoyenne aura-t-elle été prise en compte ? Ou restera-t-elle un divertissement trompeur ?

Crédits photos : The 5th Ape.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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